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Le préjugé de l’autorité (texte de Kant)

Publié le 17 juin 2008 par Jcgbb

Il y a deux sortes de vérités, celles qui reposent sur l’expérience et celles qui se fondent sur la raison. Les premières dépendent un peu de moi et largement des autres, les secondes ne dépendent que de moi.

Pour les vérités de fait, soit je suis présent et n’ai alors qu’à en croire mes propres yeux, soit je n’ai pu assister à l’événement et je suis forcé de m’en remettre à autrui. Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve aujourd’hui, que mes collègues de travail aient été odieux ou chaleureux, je peux en témoigner, car j’y étais. En revanche, que Vercingétorix, que Jésus, que Charles de Gaulle aient vécu et accompli tout ce qu’on rapporte d’eux, il m’est impossible de le savoir autrement qu’à travers les récits des historiens, qui eux-mêmes ont recours aux témoignages des personnes ayant vécu à la même époque. Ce qui se produit à l’autre bout de la planète, je le sais par les journalistes, de même que je ne connais les circonstances de mon enfance que grâce à mes proches.

Il en va tout autrement des vérités de raison. En mathématiques il n’est pas nécessaire de se fier à l’autorité de quiconque, car je peux retrouver le résultat par mes propres moyens. Autant les témoignages sont personnels — c’est Jules César qui a été témoin de la défaite de Vercingétorix, les apôtres qui ont écouté les paroles du Christ, tel ministre qui a rapporté les paroles du général de Gaulle— autant les démonstrations et les preuves sont anonymes, c’est-à-dire impersonnelles, car accessibles à l’intelligence de chacun. Pour comprendre que la ligne droite est le plus court chemin entre deux points et que par conséquent le côté AB du triangle est toujours plus petit que la somme des côtés AC + CB, qui vont aussi de A à B mais en faisant un détour par C, je n’ai pas besoin du témoignage d’un autre : ma raison suffit. Peu importe qui l’a trouvé en premier ; dès que je comprends cette vérité, j’en suis comme l’inventeur.

Il est donc légitime de se fier au témoignage d’autrui lorsque nous ne pouvons nous-mêmes faire l’expérience : ainsi en histoire et pour la plupart des événements contemporains. Ce n’est pas un préjugé de croire en l’existence de Jules César, même si nous l’avons jamais rencontré, parce qu’il y a suffisamment de témoignages concordants en sa faveur et que de toute manière il nous est impossible de constater par nous-mêmes ce fait. En revanche, c’est un préjugé de se fier aux autres lorsque la vérité est rationnelle, car alors notre intelligence peut suffire à la retrouver : ainsi en science. Peu importe que ce soit Pythagore qui ait démontré le théorème du triangle rectangle ; l’élève peut et doit refaire lui-même la démonstration. De même une réaction chimique peut être observée de nouveau.

Il est vrai que nous sommes sensibles au prestige : si Einstein dit ceci, si “la science” prouve cela, on se dit que ce doit être vrai. Mais ce n’est que préjugé, préjugé sans doute vrai, mais préjugé tout de même, car nous nous fions au jugement d’autrui alors qu’avec un peu de peine nous pourrions en juger par notre propre raison. C’est ce que Kant nomme dans sa Logique le préjugé de l’autorité de la personne. Or, en science et en philosophie il ne devrait pas y avoir d’autorité plus haute que notre propre compréhension des choses.

Corrigé bac philo 2008 : séries STI, STG

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