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En échange de deux bouteilles vides

Publié le 17 juillet 2016 par Detoursdesmondes
En échange de deux bouteilles vides

Rotterdam, cette ville-monde depuis des siècles et queje viens d'évoquer, est toujours incontournable pour les amateurs d'objets d'Océanie ou du Sud-Est asiatique.

Ainsi, Michel Thième présentera ces deux Korwar au prochain Parcours des Mondes. L'année précédente, il avait fait des recherches précises autour de Jac Hoogerbrugge qui collecta une proue de pirogue à l'est de Humboldt Bay en 1958. Cette fois-ci il nous emmène plus loin dans le temps avec le portrait d'un officier de marine qui a acquis ces deux statuettes lors d'un voyage en Nouvelle-Guinée en 1868.
Qui est donc cet officier ? Dans quelles circonstances eurent lieu le(s) voyage(s), et cette collecte en particulier ?
Il s'agit d'Arnold Weruméus Buning, né à Uithuizen le 21 Janvier 1846. Son père était un notaire, bien considéré dans toute la province de Groningue au nord des Pays-Bas. Très jeune, il passa du temps dans le grenier de la maison paternelle entouré par divers objets de la succession de son grand-père, un officier de marine bien connu ; lesquels ont probablement nourri l'imagination du jeune garçon.
À 13 ans, il alla donc étudier à l'école de marine d'Elburg et c'est ainsi qu'à l'âge de 14 ans, il fut promu au grade d'aspirant de marine de 3e classe.
En 1864, il prit pour la première fois la mer en direction de Java.

En échange de deux bouteilles vides

Dans ces années là, il prit part à des expéditions contre des pirates de la mer des Moluques. Arnold envoyait régulièrement des lettres des Indes orientales néerlandaises à son père qui les archiva de manière précise. Dans l'une de ces lettres, Arnold décrit comment à bord du Hr. Ms. Suriname ils ont recherché les pirates et notamment dans des îles de la baie de Geelvink. Nous sommes au printemps 1868, et les deux korwars ont été obtenus sur l'île de Mioswaar au cours de ce voyage.
Soixante ans plus tard, Arnold Weruméus Buning a écrit sur sa rencontre avec les Papous et sur les korwars qu'il acquît in situ dans De Indische Verlofganger en date du 24 Février 1928.

"Oui, il y a soixante ans, j'étais aussi sur une si petite île, [...] j'étais très jeune officier de marine et à bord d'un petit bateau à vapeur. Après avoir navigué dans les Moluques, nous avons rendu visite à un poste missionnaire protestant de Nouvelle-Guinée et c'est ainsi que nous fûmes introduits auprès d'Honorable Papous. [...] Quelle "pagaille" ce fut. C'était encore des "hommes naturels"; encore des "sauvages" à "l'état sauvage"; peu habillés, rappelant les hommes du Paradis avant à leur "chute".


et plus loin....

"On nous a informés que ces korwars représentaient un certain ancêtre; ou plutôt ils pensent, croient que "l'esprit" du patriarche réside dans cette statuette. Ainsi rien qui ait de l'importance n'est initié ou entrepris avant de demander au 'Korwar' des conseils en la matière ; après un sacrifice préalable consistant en un certaine quantité de coton, de tabac ou de perles de verre. [...]
Cependant, si le 'Korwar' donnait un avis favorable dans une décision qui allait se transformer en catastrophe, ce n'était pas "l'esprit" du grand-père qui était blâmé, mais la statue elle-même. Elle était immédiatement dépouillée de sa haute position et perdait toute sa "sainteté". On disait alors "Le Korwar n'est pas bon et il ne peut pas incarner l'esprit". La statue était punie et "désacralisée", [...]
"En fait, j'ai ainsi réussi à acquérir deux de ces messieurs "déchus" en échange de deux bouteilles vides. Ils n'étaient pas beaux, avaient des visages horribles et grimaçants. À tel point que lorsque plus tard ils trônaient sur la cheminée dans la maison de mon père, plus d'un visiteur jurait qu'il ne voudrait pas les rencontrer par une nuit sombre et souhaitait encore moins à la dame de la maison de ne jamais poser ses yeux sur eux".


Arnold Weruméus Buning connut d'autres aventures passionnantes dans les Moluques et à Bornéo, mais son service actif se conclut en 1876 à cause de problèmes de santé. De retour aux Pays-Bas, il se consacra alors à une carrière littéraire orientée bien sûr vers des récits maritimes.

En échange de deux bouteilles vides


Mais la carrière d'Arnold ne s'en tint pas là puisque le 2 Août 1883, le conseil municipal de Rotterdam décida de créer un Landen Museum voor Volkenkunde (Musée d'Ethnologie). Il devait être situé sur le Willemskade dans le bâtiment de l'ancien Yacht Club où le Musée Maritime 'Prins Hendrik' résidait depuis 1873.
Ainsi, le 1er Février 1884 Arnold Weruméus Buning fut-il nommé le premier directeur du nouveau musée et aussi le directeur du Musée Maritime.
Arnold Weruméus Buning est décédé le 3 Novembre 1933 âgé de 87 ans.
Sources : L'article ci-dessus est réalisé à partir de textes de recherches de Michel Thième.
Texte et photos : Courtoisy Michel Thième. Traduction libre de l'auteure.


Photo 1 : Statuettes Korwar - Baie de Cenderawasih, Papouasie occidentale, Indonésie - Avant 1868 - Bois et perles de verre - H. : 33 cm et 28,5 cm - Publiées dans " Onder De Paoea's ; Zestig Jaar Geleden ", De Indische Verlofganger,A. Weruméus Buning, 1928, p. 341-342 ; " Oude Korwars ", Nederlandsch-Indië Oud & Nieuw, Joh. F., Snelleman, 13e jaargang afl.11, mars 1929, p. 346-348 ;" Pioniers in De Rimboe ", Avonturen van een exploratie detachement in Zuidwest-Nieuw-Guinea, Feuilletau de W.K.H., Bruyn, 1946, illustrées sur la couverture. © Michel Thieme - Tribal Art, photo Jan van Esch
Photo 2 : Le vapeur Zr.Ms. Suriname. © Het Scheepvaartmuseum, S.1277(01)33.
Photo 3 : Arnold Weruméus Buning (assis, second à partir de la droite), à bord d'un vapeur de la Dutch East Indies (1864-1876) © The E.C. Blomsma Archives, The Hague.


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