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Valley of love - 8/10

Par Aelezig

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Un film de Guillaume Nicloux (2015 - France, Belgique) avec Isabelle Huppert, Gérard Depardieu

Un décor surréaliste pour un film... qui ne l'est pas moins.

L'histoire : Isabelle et Gérard, divorcés depuis longtemps, se rendent à un étrange rendez-vous que leur donne leur fils, qui s'est suicidé six mois plus tôt. Il vivait aux Etats-Unis depuis des années, ils ne le voyaient plus. Il leur a écrit à chacun une lettre, leur disant qu'il les avait toujours aiméq et qu'il leur réapparaîtra pendant un bref instant qu'ils partageront tous les trois. Il leur communique plusieurs points de rendez-vous, dans la vallée de la Mort, en Californie, où ils devront aller l'attendre à des heures bien précises. A l'un de ces points de rencontre, sans dire lequel, il reviendra des morts pour un ultime au revoir... Isabelle est bouleversée et impatiente ; Gérard est complètement dubitatif et ne pense qu'à repartir.

Mon avis : Qu'il est étrange, ce Nicloux ! Très irrégulier, capable du meilleur (La religieuse, Cette femme-là...) et du pire (Le concile de Pierre...) et même, au milieu, des trucs pas mal mais un peu maladroit (La clef)... Ici le casting m'intéressait : deux "monstres" du cinéma français, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, pour leur démesure (mon chéri n'avait aucune envie de voir ce film à cause d'eux... et finalement ça l'a intéressé), le décor me semblait propice à une réalisation de belle facture, et le sujet était comment dire... intrigant. Je m'attendais un peu à une tromperie sur la marchandise, mais non, il y a bien une part d'irrationnel dans le film, et une grande beauté.

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Le rythme est lent, l'ambiance contemplative. La vallée de la Mort, où se situe toute l'intrigue, nous livre ses multiples facettes, ses points de vue, ses splendeurs. Il y fait très chaud, on le sait (50°) et je me souviens même que pendant la promo Huppert disait que le tournage avait été un peu dur, mais qu'on finissait par s'habituer... Cette chaleur, cette puissance de feu, on la sent. Les personnages se meuvent doucement, ils transpirent, ils s'épongent, ils boivent dans leur bouteille d'eau, toujours à portée de main. Et qu'est-ce qu'ils font ? Ils attendent, ils parlent du passé, ils se disputent... Ca doit être fichtrement barbant, me direz-vous ! Et c'est à l'opposé des films que j'aime d'habitude, où il me faut un minimum d'énergie ! Mais j'ai adoré. On découvre peu à peu que ce rendez-vous est infiniment mystérieux. On pense à une blagounette post-mortem du fiston pour se venger de ses parents indignes mais le mystère s'invite par des événements inexpliqués... La fin m'a beaucoup frustrée car finalement on ne sait rien : ont-ils rêvé, ont-ils halluciné, quel était le message ? Mais toute la puissance du film est là : le non-dit, la souffrance morale et physique (chaleur). Deux êtres en plein désert. Au propre et au figuré. On a la sensation que cette chaleur intense libère les esprits, autant que les corps, de tous leurs fluides toxiques... La fatigue, l'oppression, provoquent aussi un abandon de la parole, cruelle, farouche, blessante ou caressante.

Les acteurs sont particulièrement touchants car Nicloux montre toutes leurs failles, leurs fragilités, et eux s'exposent à nous sans artifice (ils ont même gardé leur prénom, et sont également comédiens dans le film). Isabelle vieillit, inexorablement, et sans retouche, et on est bouleversé par ce visage moins tonique, ces bras qui se plissent, ce corps si gracile et menu ; Gérard, torse nu, nous fait d'abord rire avec son ventre énorme, puis nous émeut dans son humanité, brute de pomme, comme toujours chez le comédien. Sans compter que - on y songe nous aussi - il a dû être fortement ébranlé par le souvenir de son propre fils disparu, avec lequel il avait tissé des rapports d'amour-haine.

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J'ai vraiment trouvé ça très beau. Surprenant, tendre.

Et finalement, la clé de l'énigme, la vie de ce fils a priori négligé (on ne saura pas grand-chose de lui), on s'en fout un peu.

Les critiques sont très élogieuses. Voici les commentaires qui correspondent à mon ressenti : "Il y a du silence et de la tension, de la transpiration et de la retenue, du vide qui se remplit de frissons.Les fantômes rôdent. Ils ont passé le pont et viennent à notre rencontre. C'est un rêve, un cauchemar. Dernière image. Les lumières de la salle se rallument." (L'Express) ; "Si Huppert est impeccable, Depardieu épate, Gargantua tragicomique suant son mal-être. Leur improbable duo tient en haleine jusqu'au final, énigmatique et touchant, à la lisière du fantastique. Une vraie surprise." (Metro) ; "Une histoire d'amour initiatique sur la parentalité, la culpabilité et la spiritualité." (Les Fiches du Cinéma)

Et puis il y en a quelques uns qui n'aiment pas et le disent de façon lapidaire : "Film-pitch et film-casting à l’état pur." (Les Cahiers).

Ce film est une vraie curiosité, un concept, minimaliste et intense à la fois. Je suis curieuse d'avoir vos avis...

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