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Peut-on aimer une oeuvre d’art sans la comprendre ?

Publié le 18 juin 2008 par Jcgbb

Nous pouvons apprécier un tableau ou un monument sans rien savoir de son auteur ni de ses intentions. Il paraît étrange d’associer amour et compréhension, sentiment et intellect : le goût relève d’abord de la sensibilité. Qu’on me donne autant d’explications qu’on voudra, si l’oeuvre me déplaît, on ne me la fera pas aimer en me la faisant connaître.

Pour autant, être sensible à la beauté ou à la réussite d’une oeuvre d’art n’est pas seulement affaire de sensation. On ne goûte pas un poème, un concerto, un dessin comme on goûte un melon ou une viande. Les oeuvres sollicitent également notre imagination ; souvent elles donnent à penser. L’art s’adresse à l’esprit autant qu’aux sens. Ce n’est pas simplement une couleur qui plaît, une sonorité qui charme, c’est un ensemble qui émeut, d’une émotion nous saisissant tout entier, corps et âme. L’oeuvre d’art satisfait notre intelligence, comme si le plaisir esthétique était d’un autre ordre que les plaisirs strictement sensuels.

Mais il ne s’agit pas d’en faire un plaisir réservé aux plus savants et cultivés. Au contraire, la connaissance de l’histoire, du contexte et de l’origine d’une oeuvre d’art ne tient jamais lieu d’émotion. Je peux demeurer indifférent au tableau dont je sais presque tout. Le jugement de goût n’est pas un jugement de connaissance ; sans quoi on pourrait prouver démonstrativement qu’il faut aimer cette toile, et détester cette autre. Inversement, juger qu’une rose est belle ne m’apprend rien sur les propriétés de cette fleur. La beauté n’est pas une propriété objective des oeuvres ; elle suppose pour apparaître le regard d’un sujet.

Comprendre peut renvoyer à un savoir mais aussi à un sentiment partagé. Quand on dit à quelqu’un “je te comprends”, il s’agit d’une compréhension affective plutôt qu’intellectuelle. Il faut bien que je connaisse sa situation ; encore faut-il que j’en sois touché. Ainsi se reconnaît l’amour en général : la joie de l’être aimé me remplit de joie, et sa peine m’accable de tristesse. Dès lors, l’amour pour une oeuvre suppose peut-être une communion de ce genre avec l’auteur, comme si deux esprits se rencontraient par la médiation d’un objet. En ce sens, le plaisir esthétique traduirait une communauté de sentiment entre celui qui contemple et celui qui crée.

Corrigé bac philo 2008 : série STI, STG

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