Les Jeux olympiques, suivis dans le monde entier sur le petit écran par des milliards de téléspectateurs, font depuis longtemps partie du paysage sportif et médiatique. Leur organisation tous les quatre ans semble normale, presque routinière. Pourtant, il n’en fut pas toujours ainsi. C’est ce que découvriront les amateurs en lisant Mémoires olympiques de Pierre de Coubertin (Bartillat, 238 pages, 20 €). L’auteur, après avoir reçu tous les lauriers de l’opinion publique, est désormais souvent décrié. On lui reproche ses positions conservatrices vis-à-vis des femmes et des empires coloniaux, mais ce jugement, qui correspond à une réalité, se fonde sur un anachronisme. On ne peut mesurer les points de vue et les actes qu’à l’aune des valeurs de l’époque qui leur fut contemporaine, non à celle d’aujourd’hui, faute de quoi il faudrait asseoir sur le banc des accusés (pour racisme, colonialisme, et autres « ismes ») une grande partie des écrivains du XIXe siècle. Or, personne ne songerait, par exemple, à écarter Balzac du corpus littéraire où il tient une légitime place de choix pour antisémite parce qu’il se moquait, dans plusieurs de ses romans, de l’accent du baron de Nucingen ou qu’il en fit un escroc de la finance.