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[Critique] JASON BOURNE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] JASON BOURNE

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Titre original : Jason Bourne

Note:

★
★
★
½
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Paul Greengrass
Distribution : Matt Damon, Alicia Vikander, Julia Stiles, Tommy Lee Jones, Vincent Cassel, Ato Essandoh, Riz Ahmed, Scott Sherpherd…
Genre : Action/Thriller/Adaptation/Suite/Saga
Date de sortie : 10 août 2016

Le Pitch :
Nicky Parsons parvient à pénétrer les défenses de la CIA et dérobe à distance des dossiers classés top secret. Elle prend alors contact avec Jason Bourne afin de lui dévoiler des éléments clés de son passé, que ce dernier ignore. Rapidement, la CIA contre-attaque et tente de stopper la divulgation de dossiers qui pourraient remettre en cause son intégrité. La chasse à l’homme recommence…

La Critique :
Matt Damon a toujours refusé de retrouver Jason Bourne. D’où le passage de flambeau à Jeremy Renner, qui avec L’Héritage, a initié une saga alternative, liée à l’originale, mais pas trop non plus. Pourtant aujourd’hui, Damon est de retour. Qu’est-ce qui a changé ? Tout simplement Paul Greengrass, qui a lui aussi décidé de rempiler. C’était la condition de l’acteur, qui ne désirait bosser que sous la direction de celui qui avait véritablement offert à la saga ses lettres de noblesse avec La Mort dans peau et La Vengeance dans la peau. Damon et Greengrass donc, qui se retrouvent pour une nouvelle aventure à travers le globe, entre cassages de bras, coups de poings dans les dents et courses-poursuite en bagnole en plein centre-ville…

 Jason-Bourne-Tommy-Lee-Jones-Matt-Damon

Bourne a ni plus ni moins bouleversé l’ordre établi des films d’action modernes. À cause de lui, même James Bond a revu son mode opératoire, passant du gentleman adepte des gadgets et des smoking taillés sur mesure à un gros bourrin parfaitement à l’aise au corps à corps. Le carton de Bourne au box-office a poussé les producteurs a revoir leur copie et à s’adapter au modèle que l’agent secret amnésique a imposé sans crier gare. Depuis, c’est devenu la norme. Quelques rebelles résistent bien, en continuant à suivre les préceptes d’une action plus 80’s, mais beaucoup se sont mis à l’aïkido, font des clés de bras et peuvent tuer un bad guy avec un magazine roulé sans aucun problème. Revoir débarquer Jason Bourne dans un paysage cinématographique qu’il a largement contribué à redéfinir pouvait donc s’avérer très excitant. Qu’allait-il nous apporter de nouveau ? À vrai dire, pas grand chose…

La saga avait dans un certain sens anticipé la situation géopolitique actuelle, ou tout du moins exploité son contexte, pour alimenter sa propre histoire, lui conférer un réalisme toujours palpable et traiter en filigrane de questions cruciales quant à la marche du monde. Jason Bourne, le cinquième volet de la franchise, continue, mais se focalise néanmoins davantage, et peut-être plus que jamais, sur son héros. Ce n’est pas innocent que le film porte son nom car il est avant tout question de Bourne, de son passé, encore et toujours, et de sa faculté à remonter le courant envers et contre tous, pour aller demander des comptes à ceux qui lui ont fait du tort. Dans ce nouvel épisode, Jason revient et découvre de nouveaux éléments sur sa vie. Il n’est plus amnésique mais apprend des choses qu’il ignorait et met à jour les agissements de « méchants » qui se font passer pour des « gentils ». Le gouvernement américain, la CIA et ses opérations secrètes sont dans le viseur d’un scénario qui n’hésite pas à remettre en compte l’intégrité des démarches de l’agence, mais qui ne parvient pour autant pas à empêcher une véritable redondance de s’installer. Au fond, le film nous raconte toujours la même chose. Un type énervé s’aperçoit qu’on s’est servi de lui et veut se venger.

Prévisible, Jason Bourne l’est donc assurément. Ce qui ne l’empêche pas d’assurer niveau spectacle. Au fond, on comprend vite que cet épisode sera une sorte de menu Maxi Best-of de la franchise. Un condensé de tout ce qui a fait le succès des Bourne, avec plusieurs bastons, des poursuites en bagnoles et un suspense basé sur tout ce qui s’est déroulé jusqu’alors. En cela, le retour de Greengrass était vraiment salutaire. C’est lui qui a offert à la saga ses lettres de noblesse et le voir retrouver le personnage lui permet d’offrir aux fans de nouvelles raisons de penser qu’il n’y a pas d’autres réalisateurs plus qualifié pour sublimer les clés de bras de Bourne. Sa mise en scène, saccadée, nerveuse, mais néanmoins lisible, est l’un, sinon le, point fort du long-métrage. Ça va vite et même quand il ne se passe rien de spécial (comprendre par là : même quand Bourne ne tabasse personne), le montage entretient une rythmique soutenue.
Jason Bourne contient forcément quelques morceaux de bravoure pas piqués des vers, à l’instar de cette course-poursuite dans les rues d’Athènes, en pleine émeute, entre Damon et un Vincent Cassel dont le comportement n’est pas sans rappeler celui du T-1000 dans Terminator 2. Un acteur monolithique, qui a tout compris puisqu’il calque son comportement sur celui de la tête d’affiche, en mettant en avant une économie de moyens pertinente. Tous font d’ailleurs la même chose. Matt Damon bien sûr, qui ne décroche pas plus de 10 phrases dans tout le film, parfait à nouveau, plus massif, violent et déterminé, Cassel, implacable et inquiétant, et Alicia Vikander, toujours impeccable et charismatique au possible. Des acteurs qui nous rappellent de par leur sérieux, qu’on est pas là pour rigoler. Que Jason Bourne n’est pas fait du même bois que ces productions modernes parsemées d’un humour calibré pour rameuter le public le plus large possible. Ils soulignent l’intention de la saga de réaffirmer un cahier des charges où l’intégrité est mise en avant, simultanément avec ce désir farouche de ne pas céder aux sirènes d’un entertainment fédérateur quel qu’en soit le prix.

Un peu répétitif, sombre et brutal, Jason Bourne ne fait pas les choses à moitié sur la forme, mais pédale un peu dans la choucroute sur le fond. En tablant sur une histoire qui n’apporte rien de plus au récit global, que ce soit par le prisme de son personnage central ou sur un quelconque autre plan, le métrage mise sur l’efficacité de son mode opératoire. Il est plus simple que ses prédécesseurs. Plus basique aussi, et dans une certaine mesure plus dispensable. Jason Bourne est toujours Jason Bourne mais son retour aurait probablement pu (ou du) rimer avec une remise en question de certains codes, ou du moins avec une volonté plus audacieuse de prendre quelques risques. À l’arrivée, il fait surtout office de baroud d’honneur. Un baroud percutant mais pas vraiment passionnant.

@ Gilles Rolland

Jason-Bourne-Matt-Damon-Alicia-Vikander
  Crédits photos : Universal Pictures France


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