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[Critique] L’HOMME QUI RÉPARE LES FEMMES

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] L’HOMME QUI RÉPARE LES FEMMES

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Note:

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Origine : Belgique/Congo/États-Unis
Réalisateur : Thierry Michel
Distribution : Denis Mukwege…
Genre : Documentaire
Date de sortie : 17 février 2016

Le Pitch :
À l’est de la République Démocratique du Congo, dans la région du Sud-Kivu, sévit une violence extrême envers les populations et principalement les femmes, en raison de conflits qui perdurent depuis des années. Au milieu de ce tumulte meurtrier, un homme a décidé de faire la différence. Il s’agit du Docteur Denis Mukwege, qui en créant l’Hôpital nommé Panzi, a sauvé la vie de milliers de femmes depuis presque 20 ans. Portrait et explications…

La Critique :
L’Homme qui répare les femmes ne laisse pas indifférent. On en ressort un peu chamboulé et le cœur lourd, soulevé par des images parfois difficiles faisant référence à des faits innommables. C’est là un coup de poing efficace pour non seulement dénoncer des crimes d’une horreur absolue, mais aussi pour rendre un bel hommage à un fabuleux Docteur qui a décidé de dédier sa vie aux autres. Denis Mukwege est né au Congo, il est docteur gynécologue et milite pour les droits humains dans son pays, tout en diffusant son message à travers le monde. Depuis des années, il opère et soigne les femmes et les jeunes filles victimes de viol en République Démocratique du Congo, à l’Est du pays, dans la région du Sud-Kivu. Des viols d’une haute cruauté utilisés comme « arme de guerre », pour reprendre les termes mêmes du Docteur militant. Des milliers de femmes ont déjà été opérées et prises en charge à l’Hôpital Panzi, une structure créée en 1999 par Denis Mukwege lui-même. Il serait question de plus de 46 000 femmes et jeunes filles opérées, mais aussi épaulées, aidées et suivies dans leur rétablissement. Un rétablissement qui s’apparente plutôt à une reconstruction, tant les traumas physiques et psychiques sont grands.

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Le documentaire nous amène donc dans les pas de ce docteur si singulier de part son fort engagement, mais aussi dans ceux des gens qui l’accompagnent au quotidien. La réalisation de Thierry Michel, grand passionné et spécialiste du Congo, dépeint un homme altruiste, courageux et dévoué, mais n’oublie pas d’inclure tous les soutiens que reçoit ce dernier, dans sa quête d’un monde meilleur. Denis Mukwege n’est pas seul dans son combat, et grâce à lui, de nombreuses femmes victimes de violence sont désormais de véritables militantes. S’il y a cette barbarie qui plane il y a aussi tous ces gens impliqués qui représentent un espoir palpable. S’il y a la terreur, il y a aussi tous ces sourires courageux. L’horreur et l’espoir se côtoient toujours, la lumière n’est jamais bien loin de l’obscurité. De cette alternance judicieuse naît un documentaire qui n’est jamais uniquement abordé par le biais d’une vision atroce imposée. Ce chaos désenchanté qui martyrise l’est du Congo trouve d’abord son origine dans les conflits complexes entres ethnies qui perdurent depuis de nombreuses années. Dans les années 90, le génocide des Tutsis au Rwanda entraîna un exode d’une partie de la population rwandaise vers le Congo (anciennement appelé Zaïre). Selon l’ONU c’est 800 000 Rwandais en majorité Tutsis qui auraient perdu la vie dans des conditions atroces, exécutés par les milices Hutus (alors autorités du pays). Milices Hutus à ne pas confondre avec les civiles Hutus. Cet exode d’une partie des rwandais vers le Congo généra, avec le temps, d’autres problèmes d’origine politiques et ethniques, bien que le documentaire stipule qu’au départ les rwandais étaient accueillis comme des réfugiés de guerre. Avec les années, les milices et groupes armés se développèrent, semant la terreur après des populations. L’Est du Congo est aujourd’hui ravagé par le crime et la corruption. Cette situation complexe ne saurait se résumer en quelques mots, mais afin de mieux appréhender le sujet du film, on stipulera que les conflits ethniques créent les groupes armés et donc la violence qui leur est associée. Ces conflits instaurent de ce fait des déstabilisations géo-politiques et installent un terrain favorable à la corruption. Une corruption qui entraîne le pillage des ressources naturelles par les milices et les multinationales diverses avec la complicité des autorités locales et étatiques. Ces négoces obscurs entraînent aussi de l’esclavagisme moderne. Nous voilà dans un cercle vicieux sans fin. Alternant les témoignages poignants, les images d’archives et les prises de vue incroyables sur le Congo, le film nous donne les éléments nécessaires pour comprendre cette situation, celle des viols massifs et de la violence envers les populations. C’est Denis Mukwege qui explique donc lui-même que les milices, les rebelles, pratiquent ce genre de crime afin de déstabiliser des villages entiers, car au Congo beaucoup de choses liées à la communauté reposent sur la femme. Le viol instaure la brisure des liens familiaux et sociaux. Les femmes ou très jeunes filles violées, voire accidentées car cela peut aller jusqu’à la destruction de l’appareil génital, sont rejetées par leur famille mais aussi totalement exclues de la société. La plupart ne pourront pas ou plus avoir d’enfants ni même de rapports sexuels, et se voient aussi vouées à la misère et à l’exclusion. Double peine donc pour ces dernières, qui voient leur vie et leur santé brisées du jour au lendemain, sans parler de toutes celles qui ne survivent pas. Cette violence infâme détruit donc des familles entières, leur structure et leur équilibre, en résignant la population à vivre dans la peur, tout en anéantissant la vie de milliers de jeunes femmes. Les populations sont également brutalisées et parfois chassées de leurs terres. On parle de 6 millions de morts, de 4 millions de personnes déplacées et d’une pauvreté toujours plus présente, depuis 1998 et au fur et à mesure des années. Par conséquent, c’est ces instabilités qui permettent à de nombreuses transactions illégales et contraires aux droits humains de prospérer, avec la complicité de certaines autorités. L’accès aux ressources du pays comme le coltan, minerai très prisé car notamment utilisé pour la fabrication des smartphones, l’or ou encore les diamants se voit facilité à certaines multinationales et industries. Tout ceci fait du Congo l’un des pays les plus riches au monde en ressources naturelles et l’un des plus pauvres en matière de développement. Au cœur des chemins qui serpentent les montagnes surplombant le Congo, le Rwanda et le Burundi, Denis Mukwege s’interroge :

« J’ai toujours comparé le Congo à une bijouterie sans portes ni fenêtres, ni gardes et donc, tout le monde entre et se sert, et nos richesses au lieu de nous donner la possibilité d’un développement harmonieux, ces richesses ont été la source de notre malheur. Aujourd’hui, nous sommes classés parmi les pays les plus pauvres du monde, c’est incompréhensible. »

Et par-là même, il interroge aussi le spectateur.

Sur certains aspects, L’Homme qui répare les femmes nous renvoie au film Blood Diamond, d’Edward Zwick. L’histoire de ce long-métrage avec Leonardo DiCaprio se déroule en Sierra Leone, en Afrique de l’Ouest-Subsaharienne. Il nous embarque directement en plein cœur des exploitations de diamants et aussi des conflits qui en découlent. Blood Diamond qui a au moins eu le mérite de mettre en lumière l’esclavagisme moderne qui entoure l’extraction de ces pierres précieuses extrêmement recherchées, et vendues à prix d’or sur le marché mondial. Le documentaire et le métrage ont ceci en commun qu’ils évoquent tous deux les façons peu scrupuleuses et criminelles, qu’ont certaines entreprises et groupes armés de spolier les grandes richesses du continent africain, en le réduisant à néant humainement parlant mais aussi d’un point de vue sanitaire. Tous deux évoquent la violence, l’accaparement des ressources, les conflits meurtriers et les injustices, mais sont aussi dotés de cette note d’espérance si importante.

« Réparer » les femmes, le mot est un peu cru, mécanique, mais à l’image d’une réalité dont l’âpreté nous est à peine supportable. Ce qui est intéressant ici, c’est qu’au-delà des nombreuses séquences qui suscitent une émotion vive, c’est plutôt l’espoir qui est mis en avant. L’espoir et l’extrême courage dont font preuve ces femmes meurtries. Cette note positive permet d’ailleurs une meilleure compréhension du propos. Les séquences déchirantes sont couplées aux moments de joie, ce qui constitue un équilibre bien dosé permettant au spectateur de prendre la distance suffisante pour mieux appréhender ce propos difficile. Ce que l’on retient au final c’est le courage et la bonté du Docteur Denis Mukwege, plusieurs fois menacé de mort et par ailleurs également engagé dans le combat contre l’excision, ainsi que l’incroyable résilience dont savent faire preuve ces femmes ayant subi les pires ignominies. On salue l’hommage rendu à toutes ces personnes hors du commun ainsi que la mise en lumière de ces crimes probablement pas assez médiatisés. Denis Mukwege s’est, entre autre, déjà exprimé aux Nations Unies tout en multipliant les voyages à travers le monde et en recevant des prix pour son engagement. Il s’est également attiré la sympathie de certaines célébrités dont Ben Affleck, qui lui a apporté son soutien et sa reconnaissance.

L’Homme qui répare les femmes : La Colère d’Hippocrate sait aussi aller à contre courant de tous ces faits difficiles en offrant un bel hommage au Congo, magnifique pays où pourrait régner la paix. Par le biais de plans sur les hauteurs du pays, entouré de montagnes où coule la rivière Rusizi, le film prend le temps d’installer, au milieu de faits révoltants, une atmosphère teintée de poésie. Le tout aidé par une musique vibrante, saisissant les entrailles, qui rend à son propos toute sa puissance. Nous avons là un documentaire décidément empreint d’humanité. Empreint de cet universalisme qui lutte contre la noirceur et l’obscurité. Le cœur serré, on observe cette faible lumière, cette lueur d’espoir bel et bien existante même si discrète.

« Je te sortirai de la poussière, et je te ferai asseoir parmi les princes et les rois. »

À noter qu’à l’origine il y eut d’abord un livre intitulé L’Homme qui répare les femmes. Violences sexuelles au Congo, paru en 2012, et écrit par Colette Braeckman. La journaliste belge a d’ailleurs travaillé avec Thierry Michel sur le film.

@ Audrey Cartier

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      Crédits photos : JHR Films


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