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L’ourserie canine

Par Carmenrob

En faisant une marche, sur les Plaine d’Abraham, ce matin, j’ai croisé un promeneur tenant son chien en laisse. Pas un de ces molosses qui monopolisent l’actualité par les temps qui courent. Non. Un grand toutou, du type caniche haut sur pattes. Le genre de chien qui a plus à voir avec le monde des peluches qu’avec celui du règne animal. N’empêche, j’ai rasé le côté opposé du sentier. Au risque d’offenser le brave homme. Le  propriétaire m’assurait que la pauvre bête était sans aucune malice, dans le dialogue mental que j’ai d’entrepris avec lui pour justifier mon comportement un peu risible. Mais que voulez-vous, j’ai toujours eu peur des chiens.

En fait, ma peur des chiens remonte au moment précis de mon enfance (j’avais 5 ou 6 ans) où le nôtre a mordu une petite fille du village venue chercher une pinte de lait sur notre ferme. Ce souvenir est très clair dans ma mémoire. Elle avait tourné les talons pour s’en retourner chez elle. Le chien s’était alors élancé vers elle, la tête basse, la queue entre les jambes, l’air sournois, et avait planté ses crocs dans la chair tendre de son mollet. Il y avait eu un cri strident, du sang, beaucoup d’agitation. Puis, la correction féroce de mon père sur le dos de la bête. Papa aurait pu tuer l’animal, que ça n’aurait rien changé. Le mal était fait. Si le chien que j’avais toujours connu et dont je ne m’étais jamais méfié pouvait faire ça…

Mais ce matin, une autre dimension de ce petit drame m’est apparue, à laquelle je n’avais jamais songé. Le chien n’avait-il pas simplement adopté le caractère peu accueillant de mon père à l’égard des enfants du village?

Il faut savoir que la présence, sur la ferme, d’un enfant étranger à la famille était chose rare. À part la tralée de cousins et cousines qui vivaient de l’autre côté de la rivière, les amis n’étaient pas bienvenus chez nous, tout comme nous n’étions pas autorisés à aller jouer chez eux. Était-ce par souci de sécurité, les dangers étant multiples sur une ferme? Je ne le crois pas. Mon père n’a jamais péché par excès de prudence et nous, les enfants, tout comme nos cousins et cousines, nous livrions souvent, sans contrainte, à des jeux hasardeux.

En fait, je ne m’explique pas très bien cet interdit. Il me semble faire partie de quelque chose de plus large, d’une ourserie atavique, transmise de père en fils et en fille, comme une quelconque tare génétique. Travers que le chien aura peut-être attrapé par mimétisme. De coupable, il est soudain devenu, dans mon esprit, une autre victime des dommages collatéraux du huis clos de notre enfance.


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