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[Critique] DERNIER TRAIN POUR BUSAN

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] DERNIER TRAIN POUR BUSAN

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Titre original : Busanhaeng

Note:

★
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☆

Origine : Corée du Sud
Réalisateur : Sang-Ho Yeon
Distribution : Gong Yoo, Kim Soo-Ahn, Yu-mi Jeong, Choi Woo-Shik…
Genre : Horreur/Épouvante
Date de sortie : 17 août 2016

Le Pitch :
Un étrange virus se répand à la vitesse grand V en Corée du Sud, où les habitants sont peu à peu transformés en créatures affamées. Alors que les autorités tentent d’endiguer au mieux l’épidémie, un père et sa fille embarquent dans un train en direction de la ville de Busan. Rapidement, le chaos gagne aussi les wagons…

La Critique :
À Cannes, où il fut présenté en séance de minuit, Dernier Train pour Busan fit un carton, au point de faire regretter à certains des chanceux présents qu’il n’ait pas été sélectionné en compétition. La Palme d’Or pour un film de zombies ? Ça aurait eu de la gueule non ?

Sang-Ho Yeon, dont c’est ici la première œuvre « live » offre à son Seoul Station une suite tonitruante où il est en effet question d’une horde grandissante de morts-vivants et d’un train, lancé à pleine vitesse. Immédiatement, on pense bien sûr à Snowpiercer, le chef-d’œuvre de Bong Joon-ho. Les premières images de la bande-annonce, nous évoquaient quant à elles le fadasse World War Z (les esprits tordus penseront aussi à Piège à Grande Vitesse, le « monument » avec Steven Seagal). Au final, et même si il convient de ne pas le résumer à un habile mélange d’influences, Dernier Train pour Busan se situe bien au croisement de ces deux métrages, avec un surplus non négligeable d’éléments rappelant le cinéma de George A. Romero, avec des zombies hyper frénétiques en lieu et place des goules au pas traînant de La Nuit des Morts-Vivants et de ses suites (si vous avez vu 28 Jours plus Tard, vous voyez à quoi cela peut ressembler).
Les zombies d’ailleurs, sont aujourd’hui au centre de toutes les attentions, avec en tête de gondole la série à succès The Walking Dead, au point d’ailleurs de provoquer chez certains spectateurs une overdose. Hyper à la mode, les créatures amatrices de cerveaux humains sont partout et oui, la plupart du temps, les films qui les utilisent s’avèrent décevants. On parlait plus haut de World War Z, et en effet, c’est un bon exemple. Avec ses zombies certes fonceurs, mais aussi trop aseptisés, le film de Marc Foster, avec Brad Pitt, avait cruellement déçu les amateurs, au point de s’imposer comme une vision bien trop policée des classiques auxquels il empruntait ses créatures et ses thématiques. Dernier Train pour Busan lui, a manifestement pigé que si on voulait utiliser des zombies, il fallait le faire bien et donc ne pas retenir ses coups. Ici, Sang-Ho Yeon pousse les compteurs dans le rouge dès que l’épidémie prend de l’ampleur. Ça va vite, ça saigne, et les corps animés d’une folie cannibale s’empilent dans les wagons dans une frénésie hardcore qui ne laisse aucun doute sur le bien-fondé de la démarche de l’ensemble.
Par la suite, jamais Dernier Train pour Busan ne tourne le dos aux codes du genre auquel il s’attache. Il se les approprie et n’édulcore rien. C’est violent, sauvage et brutal. Nous voici en face d’un authentique film d’horreur. Un vrai de vrai.

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Probablement conscient qu’il était quasi-impossible aujourd’hui de renouveler totalement un style aussi ancré dans la culture populaire que le film de zombie, Sang-Ho Yeon a préféré s’appliquer à faire au mieux, pour à l’arrivée proposer quelque chose de radical et de sincère. Plutôt que de chercher à faire à tout prix quelque chose d’original, il préfère creuser les thèmes qu’il a choisi (dont certains déjà abordés dans ses précédents faits d’armes), sans avoir peur d’embrasser de bons vieux clichés des familles. La famille, il en est d’ailleurs question ici. De paternité surtout, avec ce père, le personnage principal, qui doit veiller pour la première fois de sa vie, sur sa fille, faire abstraction de lui-même et assumer ses responsabilités. Voilà justement un autre point important du scénario. À l’instar de Romero, Yeon en profite pour dispenser un discours social et pour jeter sur son époque un regard sans équivoque, quitte là encore à enfoncer quelques portes ouvertes, sans trop la jouer fine. Il met ses personnages face à leurs actes et condamne du même coup notamment le système bancaire en nous présentant une métaphore moins subtile qu’elle ne semble le croire mais néanmoins suffisamment limpide pour faire mouche.
Plutôt prévisible, le script est sincère, mais peine parfois à justifier sa longueur un poil excessive. Un peu dans l’excès, il ne sonne pas toujours avec la justesse espérée et ne manque pas à certains moments, de se prendre les pieds dans le tapis, comme quand émerge un bad guy pour le moins maladroit, même si là encore, on comprend les intentions. Et de toute façon, c’est pleinement assumé.

Dernier train pour Busan n’est quoi qu’il en soit jamais plus efficace que lorsqu’il nous montre la progression des zombies face à des survivants boostés par l’énergie du désespoir. Faisant preuve d’une indéniable virtuosité et d’un joli sens du cadre, le réalisateur utilise à très bon escient l’espace réduit du train pour nous offrir de terrifiants morceaux de bravoure. Il sait orchestrer l’intrusion de l’horreur dans une réalité facilement identifiable et son film s’avère ainsi très immersif et spectaculaire. Moins novateur, moins fin et percutant que Snowpiercer, ce long-métrage frondeur s’impose néanmoins sans mal comme l’un des meilleurs du genre, vus depuis des lustres.
À une époque où la goule est cuisinée à toutes les sauces, Yeon nous prouve qu’avec du talent, de la bonne volonté, des références bien exploitées et un désir d’envoyer du lourd, on peut encore toucher au vif. Qu’il est encore possible de raconter une histoire sans sombrer dans les excès inutiles, en tablant sur l’émotion, tout en étant droit dans ses bottes face à un cahier des charges ici largement honoré. Tout ce qu’il promet, Dernier train pour Busan nous le livre. Autant dire que ce n’est pas toutes les semaines que vous aurez l’opportunité de découvrir en salle un film comme celui-là.

@ Gilles Rolland

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  Crédits photos : ARP Sélection


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