Magazine Culture

Bufallo Bill revu et corrigé par Eric Vuillard

Par Pmalgachie @pmalgachie
Bufallo Bill revu corrigé Eric Vuillard Qu’est-ce que la version officielle de l’Histoire ? Une manière de la raconter pour faire croire aux hommes, comme à des enfants, qu’on leur dit la vérité et que la vérité est bonne. Pour démonter ce mécanisme, Eric Vuillard devient horloger, fouillant d’un regard précis les entrailles d’une montre, ajustant ici des rouages qui tournaient n’importe comment, là un ressort à la détente lâche, constatant à la fin, quand tout est en place, que l’instrument ne donne pas tout à fait la même heure qu’avant. Congo avait déjà appliqué la méthode qu’on retrouve dans Tristesse de la terre. Le sous-titre, Une histoire de Buffalo Bill Cody, désigne la clef avec laquelle l’auteur va ouvrir la montre et exhiber son fonctionnement erratique. Ou, si l’on préfère, avec laquelle il va prouver pourquoi l’Histoire officielle est un récit biaisé : « Le spectacle est l’origine du monde », écrit-il en ouverture… Avant la première phrase, on se sera arrêté, comme on le fera à l’entrée de chaque chapitre, sur une image. L’Indien emplumé qui posait pour la photo ouvre une collection de chromos destinée autant à l’édification des masses qu’à leur divertissement. Le Wild West Show, avec Buffalo Bill en tête d’affiche et Sitting Bull en vedette qu’on ose à peine dire américaine, participe de cette double démarche. Et attire les foules : quarante mille spectateurs assistent quotidiennement aux deux représentations, le spectacle se transporte jusqu’en Europe où son succès est comparable. La troupe est monstrueuse : plusieurs bateaux ont été nécessaires pour faire traverser l’océan à ses huit cents personnes, aux chevaux, aux bisons, aux éléments des chapiteaux, aux décors, etc. Elle se trouve en France au moment où Buffalo Bill, ce héros qui avait inventé et laissé répandre sa légende, apprend que s’est produit, en décembre 1890 à Wounded Knee, un massacre qui deviendra une bataille dans l’imagerie populaire. Le passage d’un mot à un autre n’a rien d’anodin : Eric Vuillard les utilise dans deux chapitres distincts. D’un côté, la réalité. De l’autre, sa transformation après passage dans la moulinette de l’Histoire officielle.
Tristesse de la terre est un livre bref et brillant, là où on aurait pu attendre un gros essai. L’écrivain décrit, relate, glisse une incise, termine sur un chapitre consacré à Wilson Alwyn Bentley, qui consacra sa vie à photographier des flocons de neige, le givre, la rosée, sujets très éloignés de l’agitation du Wild West Show, avec ses coups de fusils, ses attaques, le sang qui coule. C’est la même terre, en moins triste.

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Peter Freeman et Eric Poitevin

    Peter Freeman Eric Poitevin

    Aujourd'hui l'art ne peu plus être cantonné à une seule discipline... L'art est à la croisée des chemins... Il est une rencontre tant médiatique (le médium)... Lire la suite

    Par  Oshimoto
    CULTURE
  • Eric Poitevin ou "sans titre" ARTE creative

    Eric Poitevin "sans titre" ARTE creative

    Aller au contenu principal Dans la saga Hunger Games, Katniss forme un beau couple avec Peeta. Mais dans la version de ... Révolution pour certains, invention... Lire la suite

    Par  Oshimoto
    CULTURE
  • Entretient avec Eric Poitevin

    Entretient avec Eric Poitevin

    aucuns assi­milent Éric Poi­te­vin aux pho­to­graphes plas­ti­ciens, d'autres rat­tachent son tra­vail à l'école du "nou­veau docu­ment"... Mais plu­tôt que de... Lire la suite

    Par  Oshimoto
    CULTURE
  • Entretion d'artiste Eric Poitevin

    Entretion d'artiste Eric Poitevin

    Les œuvres photographiques dEric Poitevin savent se faire silencieuses. Représentations de la réalité, elles sont pourtant souvent considérées comme " abstraite... Lire la suite

    Par  Oshimoto
    CULTURE
  • Eric Poitevin encycloepedia universalis

    Eric Poitevin encycloepedia universalis

    Le photographe français Éric Poitevin est né en 1961 à Longuyon (Meurthe-et-Moselle). Ses œuvres nous permettent de constater que " le monde existe ", mais en... Lire la suite

    Par  Oshimoto
    CULTURE
  • Eric Poitevin

    Eric Poitevin

    C'est loin des modes faisant de l'espace urbain un terrain de jeu que depuis plus de vingt-cinq ans, le photographe Eric Poitevin (né en 1961) construit son... Lire la suite

    Par  Oshimoto
    CULTURE
  • Eric Poitevin Centre National de la photographie

    Eric Poitevin Centre National photographie

    Eric Poitevin a souvent photographié des êtres ou des lieux en voie de disparition. Non par nostalgie ou par simple souci d'en garder une trace, mais parce... Lire la suite

    Par  Oshimoto
    CULTURE

A propos de l’auteur


Pmalgachie 8426 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines