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[Critique série] THE NIGHT OF – Saison 1

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique série] THE NIGHT OF – Saison 1

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Titre original : The Night Of

Note:

★
★
★
★
☆

Origine : États-Unis
Créateurs : Richard Price, Steven Zaillian
Réalisateurs : Steven Zaillian, Mark Romanek, James Marsh.
Distribution : John Turturo, Riz Ahmed, Michael K. Williams, Bill Camp, Jeannie Berlin, Peyman Maadi, Paul Sparks, Sofia Black D’Elia…
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Diffusion en France : OCS
Nombre d’épisodes : 8

Le Pitch :
Quand une jeune fille issue de la bourgeoisie new-yorkaise est retrouvée morte chez elle, Nasir Khan, un étudiant americano-pakistanais, devient rapidement le suspect numéro 1. Ayant passé la soirée avec la victime, il clame néanmoins son innocence, mais plusieurs indices le désignent comme le coupable idéal. Un avocat habitué aux petits dossiers décide de l’aider…

La Critique :
C’est en 2012 que HBO lance le projet d’une adaptation de la série policière britannique Criminal Justice. James Gandolfini, le fameux Tony Soprano de la série qui lui emprunte son nom qui a contribué à offrir à la chaîne ses lettres de noblesse, doit alors y tenir le rôle principal, celui d’un avocat tricard, confronté à une affaire plus que délicate. Le projet est néanmoins rapidement mis de côté, avant que HBO n’y revienne, en commandant 7 épisodes à Richard Price et Steven Zaillian, les showrunners en poste. Le décès de James Gandolfini, en juin 2013, met néanmoins à nouveau la série au rencard. Gandolfini qui avait également travaillé à la production du show.
Mais les choses finissent par repartir, là encore assez vite. On annonce Robert De Niro au casting, avant de voir finalement John Turturo débarquer et s’installer dans les sandales de John Stone, l’avocat vedette de ce récit crépusculaire. Le tournage de The Night Of commence. Une série qui compte huit épisodes au total, avec un début et une fin…

The-Night-Of-Sofia-Black-Delia

L’été, à la télévision comme au cinéma, la tradition veut que ce soit plutôt le divertissement léger qui prime. Les blockbusters et les séries comiques ou plus ancrées dans le fantastique supplantent généralement les drames, qui reviennent à la charge pendant l’automne. HBO, dont on souligne la baisse de régime au niveau des audiences depuis quelques temps déjà, malgré l’énorme succès de Game of Thrones, a pour sa part tenté la contre-programmation et imposé sur son antenne The Night Of et son intrigue pas légère du tout, bien au contraire.
The Night Of qui orchestre la descente aux enfers d’un jeune homme bien sous tous rapports, quand un jour, son chemin croise celui d’une jeune femme délurée issue des beaux quartiers de la grosse pomme.

Le premier épisode accroche immédiatement. Non content de retenir notre attention en très peu de temps, il captive sur la longueur et fait montre d’une maîtrise somme toute rare, qui suffit à évoquer les plus belles heures de HBO. Aux manettes, Steven Zaillian soigne le moindre aspect de son histoire. Sa mise en scène est léchée mais pas trop non plus et sa direction d’acteurs parfaitement à propos, vis à vis des intentions. On comprend que nous ne sommes pas en face d’une série policière ordinaire du genre des Experts, sans pour autant saisir la nature exacte de ce qui se déroule sous nos yeux. Une chose est sûre néanmoins : ce premier épisode (d’1h30) est à lui seul une réussite totale.
Pour autant, passé ce choc initial, on remarque quelques éparpillements et autres maladresses au fil des 7 épisodes suivants. Rien de très dommageable mais quand même. Le show sait conserver une belle unité visuelle sans jamais en faire des tonnes. La poésie qui se dégage des images, plongée dans un environnement urbain vu à la travers le prisme de sa propension à évoquer l’enfermement, procure une certaine mélancolie doublée d’une angoisse propre aux meilleurs drames. Steven Zaillian et Richard Price ne perdent pas de vue non plus l’un de leurs buts principaux à savoir la critique acerbe du système judiciaire américain, avec tout ce qui en découle. Là où le bas blesse, c’est quand ils nous montrent, de manière un peu trop soulignée probablement, le changement que cette affaire opère sur le personnage de Naz, incarné par l’excellent Riz Ahmed. Au début, celui-ci nous apparaît comme un bon garçon, gentil et bien élevé. Dépassé par les événements, il se retrouve en prison, à Rikers Island, aux côtés des pires individus. La taule qui le change. Jusque-là pas de soucis. Du moins au début, car quand la série accélère ce changement, au travers notamment de la transformation physique de Naz, on a du mal à adhérer. Oui il faut qu’il s’adapte pour survivre, mais au fond, pourquoi s’être hâté de lui coller plusieurs tatouages et de le rendre accro à la drogue ? Là où Oz, une autre réussite HBO, décrivait parfaitement la lente déliquescence assimilable à la progression d’une gangrène perfide qui touche certains prisonniers, pris au piège d’un système carcéral impitoyable, The Night Of met un peu la charrue avant les bœufs et, seulement sur ce point, a trop vite fait d’en faire un peu trop. Dommage pour l’acteur qui pour sa part, joue sa partition avec l’assurance des plus grands. Il y a d’ailleurs fort à parier que son approche du rôle aurait davantage convenu à une progression plus lente, au lieu de ce que nous sert un script finalement soucieux d’embrasser en un minimum du temps, un maximum de lieux communs de la fiction carcérale.
Là est le seul gros problème de The Night Of. Il y a bien quelques maladresses narratives disséminées ici ou là mais rien de bien grave car pour ce qui est du reste, c’est carton plein.

The-Night-Of-Tuturo-Ahmed

Sorte de mélopée funeste, cette habile relecture de Criminal Justice s’approprie les codes du thriller et des films de tribunaux, pour les caler sur une dynamique propre, qui lui permet d’acquérir dès les premiers tours de piste une identité bien à elle. Brillante charge éloquente sur les travers de la justice et sur le système carcéral, qui a ce pouvoir de corrompre de bien des façons, The Night Of vaut pour son ambiance, très immersive, mais aussi bien sûr pour ses comédiens. Des acteurs tous parfaitement en place, à l’image de John Turturo. Quand on sait qu’à la base, James Gandolfini devait tenir le rôle, difficile de ne pas le regretter. Pourtant, à peine a-t-il pointé le bout de son nez, à la fin du pilote, que John Turturo s’impose comme une évidence. Le regard triste, un peu blasé, mais décidé, il traîne sa carcasse dans les rues de New-York, entre tribunaux et postes de police, avant de faire étape chez les multiples docteurs qu’il consulte pour soigner un eczéma galopant. Abîmé, mais doué d’un talent qui le différencie de la masse, John Stone est un personnage aussi complexe qu’ambigu et assurément passionnant. Armé d’un charisme impressionnant, Turturo nous rappelle, comme il le fait quasiment à chacun de ses rôles, à quel point il est doué. Discret mais incontournable, il se fait le vecteur d’une émotion prégnante et devient au fil des épisodes, le héros d’une histoire dans l’histoire, plus dramatique, dont l’une des caractéristiques est d’épaissir le propos global du show en lui conférant un supplément d’âme. Et si tous les acteurs font un boulot admirable, c’est bien lui qui doit être félicité en premier lieu tant c’est son rôle que l’on retient et qui, jusqu’au bout, notamment avec une ultime scène aussi belle que touchante, tient bon la barre.
À noter aussi la présence au casting de Michael Kenneth Williams, une des figures de proue de The Wire, dont les interventions suffisent à justifier les scènes carcérales du show, pourtant marquées justement, comme souligné plus haut, par cette tendance à l’excès.

Fable sur la perte de l’innocence, sacrifiée au bénéfice d’une société parfois carnassière, The Night Of est une réussite indéniable, qui sait aller au-delà de ses défauts pour nous offrir un spectacle fascinant. Lancinante, elle déroule une succession de péripéties, sans tomber dans un sensationnalisme de pacotille et reste fidèle à un cahier des charges caractérisé par son exigence et sa volonté d’explorer les tréfonds de l’âme humaine. Le ventre mou, à mi-parcours, est ainsi de courte durée et se voit vite oublié lors d’un final presque aussi remarquable que l’introduction, durant lequel les vraies intentions de la série sont dévoilées, nous rappelant une ultime fois que si il s’agit bien d’une fiction, tout ce qui nous est raconté se repose sur des vérités tragiques. The Night Of met en exergue deux destinées brisées en les replaçant dans le contexte bien tangible d’un monde menacé par le racisme et la violence, où chacun fait de son mieux pour aller de l’avant avec les cartes qu’on lui a distribué à sa naissance. Elle sonne alors avec une force particulière au regard des thématiques auxquelles elle s’attache, en mettant en avant les amalgames et les idées reçues, qui peuvent tragiquement avoir des répercutions dramatiques et se trouver à l’origine de réactions en chaîne dévastatrices pour ceux qui se trouvent sur le passage.

@ Gilles Rolland

The-Night-Of-Turturo
  Crédits photos : HBO/OCS


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