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M pour Mabel

Publié le 04 septembre 2016 par Lorraine De Chezlo
M pour Mabeld'Helen Macdonald
Roman - 380 pages
Editions Fleuve - août 2016
Prix de l'année Costa Book Awards - 2014
Prix Samuel Johnson - 2014
Helen vient de perdre son père et en souffre profondément. Un rêve d'enfant va la conduire à acquérir un autour, rapace le plus sauvage de son espèce, Mabel. Pour elle, Helen va devoir s'isoler du monde, vivre les yeux dans le ciel, s'imaginer dans le corps de son oiseau, le sentir, le craindre, le comprendre, l'apprivoiser.
Helen Macdonald, après s'être immergée durant des années dans le monde de la fauconnerie, c'est le lecteur qu'elle plonge dans ce monde de passionnés. On parle chaperon, poids de vol, perche, filière, émerillon et longe, bas vol, jets, jamais de domptage ou de dressage mais d'affaitage. M pour Mabel est l'histoire d'un deuil particulier, d'une thérapie qui passe par l'autour.
Extrait : "Dresser un autour et ne pas le laisser chasser, ce serait comme élever un enfant et ne pas le laisser jouer. Mais ce n'est pas pour cela que j'avais besoin d'elle. A mes yeux, elle était lumineuse, vitale, sûre de sa place dans l'univers. Toutes les cellules de son être bouillonnaient de vie, comme si, de loin, on la voyait auréolée d'un petit panache de vapeur s'élevant en spirales et rendant toute chose autour d'elle légèrement flou en de sorte que le moindre détail de son être se détachait fièrement. L'autour était un feu qui dévorait ma douleur. Il ne pouvait y avoir en elle ni regrets ni deuils. Ni passé ni avenir. Elle ne vivait que dans l'instant présent et c'était là mon refuge. Sur ses ailes barrées et battantes, je pouvais m'enfuir loin de la mort. Mais j'avais oublié que l'énigme de la mort était inextricablement liée à l'autour, et que, moi aussi, j'y étais reliée."
C'est intéressant, c'est impressionnant, de sentir cette obsession, de la part du rapace comme de cette femme, de constater comment toute une vie se tourne vers des détails de concentration, vers des micro réactions, avec une patience infinie, des techniques éprouvées depuis des lustres par des sortes de confréries spécialisées, la crainte omniprésente de la perte du rapace ou de son attaque mortelle, et la stupéfaction des pratiques de chasse et des actes carnivores sanglants de l'animal. Une confrontation directe à la "sauvagerie".
Extrait :
"Au cours de ces mois en compagnie de Mabel, j'ai appris qu'on ne se sentait plus humain une fois que l'on avait fait l'expérience, ne serait-ce qu'en imagination, de ne pas l'être. J'ai également appris qu'il est dangereux de confondre la sauvagerie que l'on attribue à quelque chose et la sauvagerie qui l'anime. Les autours sont des êtres de mort, de sang et de carnage, pas des prétextes pour commettre des atrocités. Leur inhumanité doit être préservée parce que leurs actions n'ont absolument rien à voir avec les nôtres."
J'ai beaucoup apprécié l'écriture, fluide, inspirée, sincère. Ce qui m'a moins captivée ce sont les références récurrentes tout au long du roman à l'écrivain T. H. White qui en a aussi bavé avec son autour Gos, ainsi que d'autres prédécesseurs évoqués ou auteur de la littérature au fil des décennies. La somme de ces références, renvois, allusions, évocations, m'a rendu certains chapitres assez indigestes, ennuyeux, par manque de passion personnelle sans doute pour le sujet.Ce roman a eu pour moi l'intérêt de me faire découvrir ce milieu, et de m'évoquer - sans toutefois pouvoir me le faire tout à fait comprendre - ce qui pousse des hommes et des femmes à s'engager dans ce type de relation atypique avec un animal sauvage.
L'avis de Chess - Le chat du Cheshire
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