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La sainte paresse

Publié le 05 septembre 2016 par Joseleroy

Quoi de plus essentiel en cette rentrée active, forcément active et peut-être trépidante, de revenir à la Sainte Paresse.

Voici un nouveau livre d'Eric Sablé que nous publions aux éditions Almora, et qui se propose de montrer combien il est important d'arrêter de faire, pour vivre autrement.

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extraits :

"L’éveil peut être considéré comme l’accomplissement de la Sainte Paresse. Mais qu’est-il exactement ?

 Il est d’abord un renversement, un basculement de la conscience vers l’intérieur. Comme un effondrement en direction de la profondeur. Une intériorisation radicale. Le « je » se retourne comme on retourne un gant. S’éveiller c’est tomber au dedans de soi-même, absorbé. Miroir contre miroir.

La conscience s’embrase, devient « verticale », sans demeure, sans support, dressée comme une pure flamme d’être qui brûle sans discontinuer. Alors l’être habite un espace global fait de conscience, une totalité dénuée de centre et de périphérie. Vivre l’éveil c’est vivre un bouleversement total de l’ordre dans lequel nous vivons. C’est aussi être totalement absorbé dans le présent. Tout ce qui peut nous distraire du présent a disparu, résorbé. Le présent vécu dans son immense plénitude.

Nous comprenons que l’essence de l’illusion est ce qui nous pousse à l’extérieur, vers le miroitement des formes, le divertissement, qui nous aspire, nous absorbe dans le spectacle du monde. L’escroquerie de la Maya dont parlait Kabir, le bateleur du Tarot…"

Erik Sablé

"La Sainte Paresse est un approfondissement du moment présent. Lorsque nous nous laissons envahir par le bleu du ciel ou la présence d’un arbre, le regard d’un animal, l’instant se transfigure et devient joie. N’importe quel instant.

Dans la Sainte Paresse nous coïncidons avec notre univers le plus immédiat. Nous sommes libérés de l’anticipation et de la remémoration. Le monde s’ouvre, les perceptions s’intensifient. Les sens sont comme illuminés. Ce flamboiement des sens rend présent les êtres et les choses, l’arbre devant la fenêtre, la couleur du ciel, un oiseau qui passe, une musique lointaine. La plus minuscule perception, même un simple bout de papier sur le sol, s’embrase d’un feu intérieur, se gonfle d’une sève inconnue qui nous maintient dans le présent. Nous passons d’une sensation à une autre comme un trésor merveilleux que l’on découvre, pas à pas, une perception après l’autre. Le quotidien le plus ordinaire apparait soudains comme lavé, rendu limpide par la présence secrète de cet état de sérénité.

La transparence d’un monde originel antérieur à la « chute » se révèle….

En fait nous comprenons que la moindre sensation, la plus petite perception est jouissance. Il suffit de l’isoler, de la couper du flux des préoccupations, de l’approfondir en demeurant suffisamment longtemps immobile.

Alors nous pouvons redécouvrir la joie de flâner sans but, de rouler sur de petites routes juste pour le plaisir de découvrir de nouveaux paysages, de s’arrêter dans des villages inconnus qui respirent encore un autre air que celui des gens pressés.

Lorsque nous savons nous perdre, une ville inconnue peut devenir une forêt prodigieuse, flâner là où nos pas nous portent, contempler le monde avec un regard neuf. Les rues, les immeubles, les allées bordées d’arbres, les trottoirs deviennent autant d’énigmes. Nous sommes passés derrière les apparences et pourtant c’est toujours le même monde, mais transfiguré par la vertu de la Sainte Paresse.

 Demeurer tranquillement dans un café inconnu, confortablement installé, un livre que nous ne lisons pas posé devant nous,  avec le silence de l’hiver au dehors, est un inoubliable moment de Sainte Paresse. Rapidement le café devient un lieu étrange, magique, un peu surréaliste. Il a perdu sa fonction de divertissement, de seconde famille qu’il est pour beaucoup d’hommes célibataires, pour devenir le temple d’une divinité oubliée. La patronne derrière son comptoir, qui est pourtant une grosse femme joviale, semble une déesse inconnue, (peut-être Cybèle ou Isis…) venue dans notre univers bénir de sa présence ce lieu magique et peut être prophétique. Nous sommes loin, très loin de nos habitudes, de notre paysage coutumier. La Sainte Paresse transfigure le monde.

Nous comprenons que pour qu’un lieu ou un être devienne étrange, fascinant, il suffit de le regarder avec suffisamment d’intensité. La contemplation est la source du merveilleux. Alors le monde échappe à l’habitude, au poids de la mémoire, et devient neuf, lavé des miasmes du passé."

Erik Sablé


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