Révolution 0.5
L'année 1989 marque le véritable lancement de ma bibliophilie. J'ai notamment le souvenir d'avoir été malade quelques jours et d'avoir du rester au lit. Rien de grave, mais l'ennui me pousse alors à jeter un regard un peu plus attentif à ce livre que mon père me propose ; "La peste" de Camus. Je me régale du style riche et de l'écriture puissante de Camus, je me sens soudain adulte et considéré en tant que tel par l'auteur en éprouvant cette délicieuse impression que Camus a écrit ce bouquin pour moi. Longtemps il restera avec "Le vieil homme et la mer" d'Hemingway l'un des deux bouquins fondateurs.Révolution 1.0
Je ne suis toutefois pas un intellectuel et je ne l'ai jamais été. Pas davantage en 1989 qu'aujourd'hui. Alors pendant l'été de mes 15 ans je me laisse aspirer par la découverte de ce que les amateurs d'étiquette qui sévissent en France appellent "les littératures de l'imaginaire".Les auteurs américains de science fiction, de fantasy et de science fantasy se mettent peu à peu à inonder les rayonnages de ma bibliothèque. Affamé de découvertes, je me mets à picorer ça et là avec toute la frénésie du béotien en état de manque. La collection "J'ai Lu SF" constitue ma première source d'approvisionnement, et je récupère dans le grenier familial des éditions des années 70 ayant appartenu à mon père. Je lis le cycle du A de Van Vogt et je découvre les Robots d'Isaac Asimov, ce qui constitue une véritable révélation. J'écris des nouvelles de science fiction, je me sens "proche" de ces auteurs et avec le recul, je me rends compte que je me mets à imiter le style d'Asimov, ce qui n'est pas une très bonne idée d'un point de vue littéraire.
Car si l'on ne peut pas reprocher à Asimov l'immensité de son imaginaire et l'approche scientifique de ses intrigues, ses personnages sont tout de même très maladroitement construits. Mais qu'importe, à cette époque, je me régale et je lis tout ce que je trouve qui porte le nom d'Asimov sur la couverture. Le cycle des robots y passe en entier et puis je découvre Fondation, nouvelle révélation et excitation maximale lorsque dans la seconde partie du cycle de Fondation, on retrouve les robots. La cohérence de l'univers d'Asimov m’apparaît en même temps que je me mets à envier ces auteurs dont le métier consiste à inventer ces mondes, à les dépeindre et à les faire se croiser dans plusieurs livres à priori indépendants.
Toujours dans la collection "J'ai lu SF" je découvre l'immense Jack Vance et les quatre romans de son célèbre cycle de Tschaï dont les couvertures sont signées Caza et que je vais relire plusieurs fois. Poussant la porte d'autres collections pour lire du Vance par ailleurs, je me mets à arpenter le catalogue des "Pocket SF" en commençant par son autre cycle ultra célèbre de cinq romans de "La geste des princes démons".

Grâce à elle je découvre les bouquins de Philip K.Dick, Roger Zelazny, Fredric Brown, Ray Bradbury, Richard Matheson, Lovecraft, Stefan Wul... Des sommités du genre. Et puis je tente la SF du bloc de l'Est (Stanislas Lem, Arcadi et Boris Strougatski), des auteurs moins connus... Je me régale d'alterner les collections et les thèmes, les nouveautés (le cyberpunk) avec les grands classiques (Silverberg, Poul Anderson, Arthur C.Clarke...) sans oublier de revenir fréquemment à mes auteurs favoris (Vance, Asimov, Clifford D.Simak...)

(à suivre)
