Voilà en tout cas une première lecture - d'une seule page, ça ne devrait pas durer trop longtemps. Parce que, autre problème, je ne suis pas trop sensible aux lectures sonores, je ne lis pas à l'oreille, ou alors il s'agit d'une oreille interne qui ne ressemble que de très loin à celle, et même celles, sauf pour Van Gogh, que vous (et moi aussi) portez plus ou moins élégamment des deux côtés de la tête.
Donc, je n'écoute qu'à moitié - j'ai failli dire d'une oreille, mais ç'aurait été maladroit, je vous le concède - la page 111 de Jim Morrison et le diable boiteux, de Michel Embareck. Malheureusement, je ne l'ai pas lue avec les yeux non plus.
Enfin quelqu'un lui met 17 pour la structure, quelqu'un d'autre 15 pour le style, puis 11 pour le style (tout cela motivé comme dans un tournoi de slam, c'est dire), 16 pour les idées, 18 pour le vocabulaire et la syntaxe, 10 pour le potentiel international, 13 pour le plaisir.
Total? Les spectateurs l'ont fait: 100. Bof, même pas 111.
Musique (et lecture pour moi).
Je passe les commentaires les plus allumés qui s'insèrent entre deux disques, entre deux lectures. Mais ils confirment que j'avais tort de leur en vouloir, à ces jurés. Ils s'amusent. Et pourquoi ne s'amuserait-on pas avec la littérature avant une deuxième lecture que, bien sûr, je ne vais pas vraiment écouter.
Il s'agit du roman d'Elitza Gueorguieva, Les cosmonautes ne font que passer (moi aussi, mais ça dure quand même trois heures, cette histoire de prix).
Puisque j'ai ce livre sous les yeux, je suis prêt à la page 111, je vais quand même essayer de la lire en gardant le son de la radio en bruit de fond.
Mais ce n'est pas du tout ça. C'est ma page 89 qu'on est en train de lire! Voilà un des problèmes de ce prix: mettons-nous bien d'accord sur ce qu'est une page 111. Nous n'avons pas tous la même. Moi-même, j'hésite. La page 111 qu'on vient de lire est, quand je rouvre le même roman, la 64. Je rêve... Mais je vais me réveiller, je referme le livre, je le rouvre, je recherche cette histoire de chameau. Patatras, page 136!
Notons, le moment est venu. Personnages: 13. Idées: 10. Vocabulaire et syntaxe: 6. Style: 9. Structure: 14. Plaisir: 15. Potentiel international: 14. Soit 81 au total. Mais je ne prétends pas avoir relevé avec précision tous les chiffres qui me passent dans la tête.
On fait une pause? On fait une pause.
Le temps, quand même, de vous expliquer pourquoi je suis perdu dans les numéros de pages et que 111 ou 64 ou 89 ou 136, c'est la même chose. Et puis non, je le ferai tout à l'heure.
Donc, il est l'heure (avec quelques minutes de retard) de passer à la troisième lecture de page 111 ou supposée telle, dans Une bouche sans personne, de Gilles Marchand. Lue, et là j'ai envie d'écouter quand même, par Joe Hill. Joe Hill, Joe Hill? Mais oui, le fils écrivain de Stephen King - sauf si c'était un autre, évidemment...
Le temps de se poser la question sans réponse, on en est déjà aux notes.
Potentiel international: 15. Style: 12. Personnages: 14. Idées: 12. Vocabulaire et syntaxe: 12. Structure: 12 (après retrait des impôts de 33% pour cause de supposé fayotage). Plaisir: 11.
On n'a oublié personne? Total: 88, et non 98 comme on l'avait entendu la première fois.
Je voulais revenir sur la question, cruciale, de la numérotation des pages. Vous lisez comment, vous? Sur papier, comme le faisaient vos ancêtres? Sur écran, comme ne le feront même plus vos enfants si j'en crois les pleurs des défenseurs de la lecture? Réfléchissez déjà à cela, je compléterai plus tard.
Car il est presque temps (il est souvent temps, dans cette note) de passer à la lecture de la quatrième page 111 - et pourtant, voyez comme les chiffres restent un mystère, on n'aura pas lu 444 pages quand Mauvais coûts, de Jacky Schwartzmann, aura eu son tour.
Non sans expliquer, auparavant, comment et pourquoi le jury a rejeté certains titres, ou plutôt comment certains jurés ont mis leur veto à la sélection de, par exemple, mais pas au hasard, les romans d'Harold Cobert, Olivier Py, Samuel Benchetrit, quelqu'un dont je n'ai pas compris le nom, François Bégaudeau, Guillaume Chérel ou Virginie Martin. Auxquels on ajoute, au dernier moment, Adélaïde de Clermont-Tonnerre. (Zut! alors, j'aime bien son roman!)
En revanche, Jacky Schwartzmann a bien été retenu, et on a donc droit à la lecture de la page 111 de son livre qui, forcément, n'est pas la mienne.
Parce que, oui, je lis surtout des livres numériques et que, en fonction des logiciels, ainsi que du format de la page, des caractères, selon vos préférences (enfin, ici, il s'agit surtout des miennes), non seulement ma page 111 sera rarement la même que celle de l'édition papier, mais elle changera en fonction de l'endroit où je me trouve, puisque j'utilise différents appareils en fonction des circonstances.
Je n'ai pas fini, il est temps de noter cette page-ci (celle que les jurés ont lue). Vocabulaire et syntaxe: 17. Plaisir: 14. Idées: 9. Personnages: 16. Potentiel international: 17. Structure: 20. Style: 16. Total: 109.
(Et je sais bien que tout le monde s'en fout, mais quand même...)
On avance, on avance. Et on va passer aux deux derniers livres de la sélection, ça m'arrange puisque ce sont les deux que l'ai lus. (Sans m'arrêter à la page 111, ni en commençant par elle, il va sans dire.) Ce sera d'abord Pas trop saignant, de Guillaume Siaudeau, une belle fuite vers la liberté d'un assassin - c'est ainsi qu'il faut dire, maintenant, pour un abatteur d'animaux comestibles? Il a son cœur pour lui, il ne supporte plus son travail, plus rien, et donc il part. Pas seul, mais je ne vais pas vous raconter l'histoire, je vais plutôt laisser passer la lecture. (On est déjà loin dans le roman, quand on est à la page 111.)
Il me semble que j'aurais mis de bonnes notes. Que vont faire les jurés, chacun dans sa spécialité? 12, je ne sais plus pour quoi, le plaisir, je crois. Vocabulaire et syntaxe: 11. Personnages: 12. Idées: 15. Potentiel international: 4. Structure: 14. Style: 13. Total: 82. Ce n'est pas beaucoup.
Je trouve quand même, ceci pour suivre mon idée de tout à l'heure, ou de quelques lignes plus haut, profondément injuste que les lecteurs de livres numériques soient mis hors jeu, tout cela pour une histoire de numérotation de pages. Ne cherchez pas de justification, mesdames et messieurs les jurés, qui vous donnerait le droit d'exclure la moitié, non, moins, enfin la partie de la communauté des lecteurs qui s'est tournée vers les écrans et délaisse le papier. Donc, je termine là-dessus avant de laisser la place à la dernière lecture, votre prix est quand même un &#{!!!**@ de prix.
Et on en arrive, à l'instant précis où je réalise que les auteurs ont été pris dans l'ordre alphabétique - j'ai failli arriver trop tard, sur ce coup-là -, à Ali Zamir, dont je vous ai parlé il y a quelques jours déjà, avec son Anguille sous roche. Inutile d'en faire davantage, la phrase coule de virgule en virgule, on peut en venir aux notes tout de suite. Quand je dis tout de suite, il est quand même 23h23 au Café de la Presse.
Style: ça ne coule pas, dit la jurée, au contraire de moi, et donc 9. Vocabulaire et syntaxe: 12. Personnages: 14. Potentiel international: 11. Idées: 13. Plaisir: 14. Structure: 11. Total: 84.
Si les chiffres avaient une valeur, mais nous avons vu qu'ils n'en avaient pas, le Prix de la page 111 devrait aller à Jacky Shwartzmann. Mais encore un peu de temps avant d'en arriver à intégrer le seul juré qui n'a pas noté les livres - pardon, les pages... Il semble hésiter, excellent prétexte pour passer plusieurs chansons.
Et le lauréat est donc, quelques minutes avant minuit, et après qu'au fond je me suis bien amusé, un auteur qui ne publie pas chez Minuit mais plutôt à La Fosse aux ours, Jacky Schwartzmann, pour Mauvais coûts.
Je peux rendre l'antenne (hum!) et aller me coucher, le devoir est accompli. Même si l'auteur est présent et a peut-être quelques mots à dire.
