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(note de lecture) Esther Tellermann, "Éternité à coudre", par Didier Cahen

Par Florence Trocmé

éternitéAdresse à Esther Tellermann (autour de « Eternité à coudre »)

L’éternité ! Ce temps qui nous échappe… Ça creuse infiniment dans l’inculture du tu, du je, du vous. Partant de ce point de non-retour, Je/Elle (pas même) s’adresse… « double qui scinde le monde des serments » et serrements… Nous sommes jetés dans le livre d’après, livre relié mais sans attaches, celui qui va, qui cherche, se trame là où plus rien n’est, ne tient – hors langue cousue langage… D’un tel point de vue, nous sommes, (sommes-nous ?) quand seul le retrait, dernière posture assimilée récréation de la vie/recréation du vide, tient lieu déplié en lui-même, nous touche mais hors de toute atteinte – et nous laisse sauf… ; avec pour seule parure cette vie enfouie/enfuie qui coule entre les doigts - sauf-nous… Et puis, malgré cela (mais quoi ?), le tutoiement insiste, ultime appel qui engage une levée, cartes battues et rebattues : on sait te croire, Esther, quand tu nous dis cela, ciel interdit hors sol terre interdite, « sans ruines sans temples et sans appel » … Le livre abat ses dernières cartes, lieux non géographiques, cartes ou chartes inconnues que l’on retrouve de livre en livre : plus de guerre, Jérusalem, « cendres de 3 » dis-tu pour un ultime décompte d’un horizon qui se dresse (sur la montagne ?) presque à la verticale et finit par entrouvrir l’espoir. Tout continue même si… « Frère en infini », parole d’écart et d’éclat même si… Et puis les cardinaux ressortent de l’espace du poème, repères d’un Dieu immensément absent, immense tout simplement comme une béance qui ne trouverait plus ses mots. Alors le reste, l’enfance, la rose et son destin, on saura en imprimer le chiffre… Tu sauras, tu sais comme tu l’as toujours su, innocemment graver voire aggraver ou accuser l’histoire, avec des lettres follement habituées sagement désincarnées … Grande(s) histoire(s) de famille(s) ! …et sans machine à coudre ! Le livre contient ainsi l’alphabet du sublime, merveilleusement, innocemment peut-être. Sachons l’entendre, décrocher son secret écrit en lettres de feu au dos du paradis. De fait, là-bas, tout continue ! Poème au bord…, vie et vide au bord…, conjugaison d’un présent arraché de toute éthernité. On suit lentement, on accélère puisque tu nous dictes le rythme. « Le nerf palpite » …, on crie (on crime serais-je tenté de dire pour souligner aussi ce que tu nous intimes…, oui un crime fatalement innocent, inscient, follement contre nature) ravi par le silence éblouissant des chiffres. Trop tard mais il est encore temps… La neige tombe à midi. Le jour se lève. L’éternité n’empêche…
Esther Tellermann, Éternité à coudre, éditions Unes, 2016, 96 p., 17€.


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