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[Critique] LES CERVEAUX

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] LES CERVEAUX

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Titre original : Masterminds

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Jared Hess
Distribution : Zach Galifianakis, Kristen Wiig, Owen Wilson, Jason Sudeikis, Leslie Jones, Kate McKinnon, Ken Marino…
Genre : Comédie
Date de sortie : 23 novembre 2016

Le Pitch :
David, un convoyeur de fonds, rêve d’aventure. Un jour, il se laisse convaincre par une ex-collègue dont il est amoureux, et décide de participer au casse du siècle, en dérobant plusieurs millions de dollars dans les locaux de l’entreprise pour laquelle il travaille. Une opération qui lui permet de s’enfuir avec 17 millions de dollars, mais qui le met dans le viseur des forces de l’ordre, alors que ses complices, peu scrupuleux, le doublent et s’emparent de l’argent. En cavale, David va devoir trouver une solution pour sortir de cette situation de plus en plus inextricable. Histoire vraie…

La Critique de Les Cerveaux :

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Les Cerveaux est inspiré d’une histoire vraie. On imagine bien sûr que les scénaristes ont enjolivé les faits mais quand même. Rien que le postulat, qui voit donc une bande de bras cassés parvenir à dérober 17 millions de dollars à une entreprise de transports de fonds, est hallucinant. On parle ici du plus gros casse effectué sur les terres de l’Oncle Sam et pas juste d’un braquage ordinaire. Alors oui, ça valait bien un film. Un film réalisé en plus par Jared Hess, l’un des maîtres de la comédie indépendante américaine, auquel on doit Super Nacho, mais surtout le dévastateur Napoleon Dynamite. Un chef-d’œuvre qui partage d’ailleurs de nombreux points communs avec Les Cerveaux

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White Trash

Jared Hess a construit son cinéma autour de la figure de l’outsider à la ramasse. Pas le genre de mec méritant que personne ne remarque mais qui finit par s’en sortir à force de persévérance et de talent, mais le gars qui est en permanence à côté de la plaque ou au moins tellement en décalage qu’il en devient remarquable. De Napoleon, l’adolescent adepte de danse et de nunchakus de Napoleon Dynamite, au moine catcheur de Super Nacho, Hess a prouvé qu’il n’était pas intéressé par les gens ordinaires. Il le confirme d’ailleurs avec Les Cerveaux, qui a soit dit en passant reçu l’approbation du type que joue Zack Galifianakis, à savoir celui qui a volé les 17 millions. Situé dans une de ces petites villes quasiment anonymes, le film met donc en scène des crétins vivant en marge. À divers niveaux, tous les personnages sont aux fraises, même si au fond, certains le sont dans le bon sens et d’autre dans le mauvais. Le héros par exemple est plus maladroit qu’abruti. Un type que l’amour va pousser de l’autre côté de la loi et que la maladresse et « l’originalité » vont finir par lui permettre de se dépasser. Le genre de personnage qu’on retrouve donc dans les précédentes réalisations de Jared Hess, mais aussi parfois chez les frères Coen. Et si on pense irrémédiablement à Fargo, c’est bel et bien Arizona Junior qui vient en premier à l’esprit. Une comparaison que ce dernier arrive à tenir avec une flamboyance et une énergie rare.

Des rires en cascades

La grande force des Cerveaux est d’arriver à retenir l’attention dès le début. Il faut ainsi à peu près 30 secondes au film pour nous faire rire. Dès lors, ça ne s’arrête plus. Souvent, on s’estime satisfait après avoir failli mouiller son pantalon 2 ou 3 fois en 1h30, mais ici, c’est quasiment du non-stop. Du pur génie. La prose se met au diapason d’une réalisation pertinente qui profite d’un rythme redoutable, dont l’une des principales qualités est d’exploiter à la perfection un pitch parfaitement stimulant, sans jamais faillir. Très inspiré, le film est hilarant du début à la fin. Les gags s’enchaînent. 95% d’entre eux font mouche avec une fougue incroyable, et, conformément au cahier des charges du cinéma de Jared Hess, sans céder à la vulgarité souvent inhérente à ce genre de film. Une vulgarité qui ne doit pas être rejetée en bloc, mais qui parfois, appelle une certaine facilité. Dans Les Cerveaux, il y a bien 2 ou 3 ressorts bien gras, mais le plus souvent, la magie provient surtout de cette propension à se réapproprier les codes des dessins-animés comme ceux de Bugs Bunny afin de les mixer avec un savant décalage justement propre à des univers comme ceux si fréquemment dépeints par les frères Coen. Il y a ici une naïveté à la fois très tendre (Jared Hess ne méprise jamais ses personnages) mais aussi incroyablement propice au bon développement d’un humour dévastateur devant lequel il convient de s’incliner. Du moindre petit détail au truc bien voyant, le long-métrage ne se repose jamais. Il avance, évite tous les pièges, détourne les clichés, rebondit, surprend, et se pose au final comme un véritable thriller complètement azimuté, qui sait faire preuve d’une maîtrise qui fait tant défaut à la majorité de ceux qui se frottent à ce genre d’exercice. Il faut également aussi souligner la capacité du cinéaste à exploiter le décalage au niveau de l’environnement. L’action se déroule en 1997 mais semble prendre place dans les années 80. Hess est un artiste minutieux, dont le talent est aussi de n’omettre aucun des détails qui pourraient venir renforcer son propos. Un peu à la manière des frères Farrelly, dans une démarche old school, mais toujours selon ses propres préceptes, il instaure une atmosphère propice, grâce à un talent en apparence discret mais néanmoins évident. Sans se répéter, Hess continue d’exploiter ses thématiques fétiches, se paye le luxe d’exclure le cynisme de l’équation, met quelques taquets à l’Oncle Sam, et parvient à emballer le tout avec une maestria joliment désinvolte.

Un casting aux petits oignons

Forcément, les acteurs ne sont pas étrangers à cette réussite exemplaire vu que l’on retrouve ici quelques-uns des comédiens les plus drôles de la scène U.S.. Zack Galifinakis n’a peut-être jamais été aussi bon. Loin des poncifs opportunistes de Very Bad Trip, il campe un type certes idiot, mais aussi d’une certaine façon magnifique. Un gars en apparence ordinaire, qui en fait ne l’est pas du tout, et qui, comme, pour y revenir, le héros d’un cartoon, redéfinit les contours de son propre environnement sans toujours le vouloir et sans se départir d’une attitude qui suffit à donner au récit une large part de son identité. À fond dans un rôle qui ne lui était pas destiné (Jim Carrey aurait du avoir le job), Galifianakis est génial. Sans même ouvrir la bouche, il fait montre d’un génie probant, à l’instant de Kristen Wiig. Belle, charismatique, elle sait elle aussi utiliser les rires pour distiller une émotion ténue mais bien présente, qui au fond, fait toute la différence.
Sans oublier bien évidement Owen Wilson, excellent en bad guy, Jason Sudeikis, lui aussi irréprochable dans un rôle qui aurait pourtant pu se dégonfler comme une vieille baudruche, Leslie Jones, irréprochable, et Kate McKinnon, peut-être moins présente mais dont chacune des apparitions suffit à amorcer des fous-rires en cascade (il est d’ailleurs amusant de retrouver ¾ du casting du remake de Ghostbusters). La crème de la crème porte Les Cerveaux, de concert avec un réalisateur au top de sa forme, en faisant de cette histoire génialement improbable un sommet du genre, qui appelle de multiples visions afin d’en saisir toutes les subtilités. Non, sincèrement, à ce niveau là, c’est du grand art.

En Bref…
Sur le papier, Les Cerveaux semblait se poser comme une énième comédie policière à tiroirs, remplie de personnages inégaux. À l’arrivée, il s’agit ni plus ni moins que de la chose la plus furieusement drôle que le cinéma américain nous a offert ces dernières années. Jubilatoire, inspiré, bénéficiant du talent de comédiens incroyables, parcouru d’une belle émotion, et rythmé à la perfection, Les Cerveaux prend à revers et ça fait du bien.

@ Gilles Rolland

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   Crédits photos : Metropolitan FilmExport


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