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Le grand sillon et La nuit de Calama

Publié le 26 novembre 2016 par Montagnessavoie
Comme promis, voici les derniers livres de la série chilienne de Claude Michelet !  Claude Michelet, Le grand sillon, 1988. Nous reprenons l'aventure de nos amis d'origine corrézienne au moment où débute la construction du canal de Panama et où une véritable fièvre s'installe (au sens figuré comme au sens propre) autour des travaux pharaoniques. Les personnages (les hommes, cela va de soi) quittent la douceur retrouvée d'un Chili post guerre du Pacifique pour se plonger dans la boue de Panama, dans cet enfer tropical où, dès le début, les ouvriers tombent comme des mouches. Jeunes ingénieurs venus de France, main d'œuvre chinoise à bas coût, les fièvres et les accidents, les glissements de terrains et les coulées de boue n'épargnent personne. Les travaux pataugent, les sommes engagées sont de plus en plus importantes. Un véritable serpent de mer dont on ne voit pas la fin. Ce qui est intéressant, ce sont autant les événements historiques et les données techniques que les descriptions du milieu, de la nature et du climat : les nuées de moustiques, le paludisme, la boue et encore la boue dans laquelle les hommes se débattent, luttent, travaillent et meurent sans jamais avoir sorti la tête de la fange. Il a beau être français, Claude Michelet a quelque chose du réalisme magique latino-américain, dans ses personnages à l'aube de la folie, dans ce temps cyclique qui semble se répéter à l'infini, dans l'évocation baroque à la Alejo Carpentier de cette nature qui tient plus de l'onirisme, voire du cauchemar, que du réel.  Le grand sillon et La nuit de Calama
Claude Michelet, La nuit de Calama, 1994. Quelques générations plus tard, le descendant de l'un des personnages des romans précédents se retrouve emprisonné dans une geôle chilienne, en pleine dictature de Pinochet ; plongé malgré lui dans l'enfer de l'autoritarisme, retenu alors qu'il venait faire un reportage au Chili, faisant fi de la situation politique. S'engage alors un chassé croisé entre plusieurs récits, plusieurs époques, plusieurs lieux, plusieurs temps. Christian, la nuit, dans sa prison chilienne, accompagné de cafards et des ronflements de son camarade de chambrée. Pendant son insomnie, il se rappelle ses recherches concernant son père et, au-delà, sa famille, qui l'amènent à reprendre contact avec une époque taboue et compliquée, celle de la seconde guerre mondiale, avec la problématique collaboration / résistance. Et puis cette époque précisément, qui occupe en réalité une place majeure dans le récit et qui nous renvoie à des interrogations et des réactions humaines : la peur, les non-dits, l'engagement, la soumission, le silence coupable. Évidemment, tout ceci est à mettre en perspective avec la propre situation de Christian, visiteur innocent dans un pays maltraité. Claude Michelet manie sa technique littéraire avec une grande habileté. Le seul petit reproche, peut-être, que l'on puisse lui faire, c'est d'avoir enfermé son héros pour des motifs flous, puis rapidement éclaircis et résolus, comme un prétexte à son second récit qui, au fond, aurait pu fonctionner sans ce mécanisme un peu tiré par les cheveux. Mais on lui pardonne, car la morale de l'histoire est engagée et nécessaire : ne jamais faire aucun compromis avec les dictatures. 

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