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Pieds nus dans l'aube de Félix LECLERC

Par Lecturissime
Pieds nus dans l'aube de Félix LECLERC

"Une maison chaude, du pain sur la nappe et des coudes qui se touchent, voilà le bonheur." p. 41

Dans son premier roman de Félix Leclerc évoque son enfance et son univers doré à La Tuque près de la rivière Saint Maurice au Québec dans les années 20. Sa poésie enchanteresse inonde ses souvenirs de rayons joyeux et envoûtants, nous emportant sur les ailes d'un bonheur suspendu entre enfance et adolescence.

"Et comme l'équipage d'un navire heureux ne pense ni aux arrivées ni aux départs, mais à la mer qui le porte, nous voguions dans l'enfance, voiles ouvertes, émus des matins et des soirs, n'enviant ni les ports ni les villes lointaines, convaincus que notre navire battait bon pavillon et renfermait les philtres capables de fléchir pirates et malchances." p. 19

Sa famille est un havre de paix, un port où se réfugier en cas de tempête et la philosophie de leur mère "se résumait au pain quotidien et à la paix intérieure ; et elle y tenait, y revenait souvent comme la vague sur la roche, sachant l'inconstance des hommes et la facilité qu'ont les idées de disparaître." p. 40

Entouré de cette famille aux valeurs terriennes, de ses soeurs, de son ami Fidor et de ses autres camarades, le petit Félix grandit harmonieusement, se préparant avec intelligence à la vie d'adulte.

"Si l'on avait offert à Fidor et à moi de passer toute l'existence au bord de la vallée, avec notre taille notre vocabulaire d'enfant de douze ans, dans l'ignorance des villes, des lois, des thèses, des pays lointains, nous aurions accepté. (...) Que nous importaient les liasses de papier d'argent et la puissance des diplômes quand nous n'attendions rien de personne, quand nous étions libres comme des écureuils, riches de tout et de rien, un lasso sur l'épaule en guise de besace et le gosier plein de chansons." p. 131

Puis le passage à l'adolescence et à l'âge adulte, sonne le glas du bonheur, comme un abandon de cet âge d'or, un temps où le malheur s'invite

"C'aurait été pourtant si facile pour le bon Dieu (assurément ce lui serait un jeu encore, s'il le voulait) d'arrêter le temps, un certain soir d'été, alors qu'il a plu beaucoup l'après-midi et que le soleil paraît pour tiédir le vent ; que l'arc-en-ciel s'empare des gouttes d'eau et fait le pont d'une montagne à l'autre ; que la terre boit, satisfaire, comme à la mamelle ; que tous les gavroches, pieds nus dans les lacs de la rue, tirant leurs bateaux de papier, s'interpellent en secouant des cris heureux ; que les ouvriers de retour de l'ouvrage s'attardent sur les marches de leur maison pour applaudir l'éclosion d'une fleur près du trottoir : que l'écho crie sans cesse "Ohé, ohé, ohé !" : que les vieilles grands-mères, toutes cassées, toutes courbées, sortent de l'église et tiennent leur joie à deux mains pour ne pas qu'elle renverse ; qu'un grand soulagement passe sur tout ce qui peine ; que même les pavés poussent de furieux éclats de rire quand un cerceau roule sur leur dos !

Ce frêle souvenir d'une vision de bonheur nous rappelle combien amour et amitié sont le ciment de l'enfance qui permet à l'adulte de construire une maison solide insensible aux tempêtes et aux orages.

A noter qu'une adaptation cinématographique réalisée par Francis Leclerc, fils de Félix, est en cours actuellement. https://fr-fr.facebook.com/Piedsnusdanslaube/

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