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[Critique] SAUSAGE PARTY

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] SAUSAGE PARTY

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Titre original : Sausage Party

Note:

★
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☆

Origine : États-Unis
Réalisateurs : Conrad Vernon, Greg Tiernan
Distribution voix (en V.O.) : Seth Rogen, Kristen Wiig, Paul Rudd, Edward Norton, Salma Hayek, Michael Cera, Nick Kroll, James Franco, Jonah Hill, Bill Hader, Danny McBride…
Genre : Animation/Comédie
Date de sortie : 30 novembre 2016

Le Pitch :
Les aliments ont toujours mené une existence idyllique au super-marché, attendant le jour où enfin, ils seraient choisis par un consommateur afin d’accéder à un monde merveilleux. Un rêve qui tourne au cauchemar pour certains d’entre eux quand ils découvrent que les humains mangent les aliments en leur infligeant parfois des souffrances dont ils ne soupçonnaient pas la nature. Ayant accidentellement chuté du caddie de celle qui l’avait sélectionné lui et ses amis, Frank, une saucisse, se lance alors dans une quête aux confins des rayons. Une aventure pleine de surprises l’attend…

La Critique de Sausage Party :

Il y a films d’animation et films d’animation. Ceux pour les enfants et ceux pour les adultes. Avec ses héros sympathiques en forme de saucisses, pains à hot-dog ou rouleaux de papier toilette, Sausage Party appartient à n’en pas douter à la deuxième catégorie. C’est important de le souligner, tout comme il semble primordial de rappeler que Seth Rogen est notamment derrière ce projet complètement fou, qui correspond finalement assez bien à ce que nous connaissons de l’acteur réalisateur. De quoi donner une petite idée de la tonalité de cet objet cinématographique pas tout à fait identifié, qui s’avère donc aussi délirant que parfaitement borderline, sans oublier pour autant d’imposer une intelligence qui fait défaut à beaucoup d’autres œuvres plus « sérieuses » et du même coup souvent plus prétentieuses.

Sausage Party la vie privée des aliments

Un humour qui tache…

Il ne faut pas longtemps à Sausage Party pour justifier son statut d’œuvre pour adultes et pour venir se placer dans le sillage des fleurons du genre. Le seul fait de voir des saucisses draguer des pains à hot-dogs en dit long sur l’humour que véhicule le film. Un long-métrage qui n’hésite jamais, à l’instar de beaucoup des autres productions portées par Seth Rogen et son compère Evan Goldberg (ici au scénario), à verser dans l’humour gras, à grand renfort de vannes bien vulgaires qui sauront à n’en pas douter régaler les amateurs. Sausage Party ne s’impose aucune limite et exploite son univers si particulier et ses personnages si mignons (pour certains d’entre eux en tout cas) d’une façon véritablement hardcore, se posant comme une déclinaison pour spectateurs avertis de Toy Story, la bouffe remplaçant les jouets. On s’étonne en permanence de l’audace du film et de sa propension à sans cesse aller plus loin, jusqu’à cette fameuse séquence finale, qui relève du jamais vu total.

… mais qui n’est jamais vide de sens

Car si Sausage Party ne se prive pas d’envoyer du lourd en utilisant toutes les métaphores et autres images bien crues mises à sa disposition, ce n’est pas gratuit. Toute l’entreprise va dans le sens d’un discours à tiroirs qui se veut connecté avec son époque. Un peu à la manière de South Park, American Dad ou Rick et Morty, ce dessin-animé d’un autre genre assène quelques vérités pas piquées des vers au sujet de la politique du moment (entre autres), en abordant des sujets très sensibles (comme le conflit israélo-palestinien) avec une intelligence et une insolence qui forcent immédiatement le respect. Surtout que la démarche, à la fois hyper frontale mais aussi beaucoup plus subtile que l’humour à priori vulgaire ne peut le laisser présager, ne faillit vraiment jamais. Les petits personnages, eux qui sont cloisonnés dans des rayons qui symbolisent parfois un manque d’ouverture et de tolérance, vont profiter de la situation chaotique pour s’ouvrir, se confronter et peut-être changer. Quoi qu’il en soit, Sausage Party va au bout de son propos, évoluant sur un fil tendu, sans tomber dans l’excès de démagogie ou sans sonner donneur de leçons, tandis qu’il nous affirme sans détour que l’humanité court à sa perte si elle ne se décide pas à changer. Dans la bonne humeur, avec le sourire, mais sans pour autant amoindrir l’impact de son propos. C’est surprenant de bout en bout, malin, efficace et parfaitement génial. Notamment quand les aliments sont détournés afin de servir la thématique, en fonction de leur utilité, de leurs origines ou simplement de leur apparence. Respect total.

Le fond et la forme

Aux commandes, le duo Conrad Vernon/Greg Tiernan propose en outre une petite merveille visuelle. Peut-être pas aussi virtuose qu’un Pixar, Sausage Party n’en reste pas moins très beau. L’animation est fluide et le design des personnages est véritablement inspiré. Le rythme est frénétique, on ne s’ennuie jamais et à l’écran, ça fourmille de détails souvent excellents, entre références pointues et petites idées inventives qu’on ne remarquera peut-être qu’au deuxième ou troisième visionnage. Authentique festival pour les mirettes, le film sait se montrer spectaculaire.
Les acteurs n’étant bien entendu pas étrangers à une telle réussite. Leur rôle est d’ailleurs ici parfaitement essentiel, même si on n’entend que leur voix. D’où l’importance d’opter pour la V.O. et non pour la V.F.. Que ce soit Seth Rogen, Salma Hayek, Edward Norton, Paul Rudd ou Kristen Wiig, tous sont à fond dans leurs personnages, auxquels ils insufflent une partie de leur personnalité, complètement en phase avec les intentions du projet, ses résonances politiques et son fantastique pouvoir comique.

En Bref…
Film d’animation complètement barjot, Sausage Party rue dans les brancards ! Incroyablement rythmé, d’une richesse à faire pâlir d’envie la concurrence, il s’avère aussi furieusement drôle et subversif que concerné par des questions politico-sociales, qu’il dénonce dans détour, avec force, éloquence et pertinence. C’est malin, hilarant, bourré de références et donc parfaitement jubilatoire et indispensable.

@ Gilles Rolland

Sausage Party
  Crédits photos : Sony Pictures Releasing France


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