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Ondes gravitationnelles : pourquoi ont-elles échappé à Nature ou Science ?

Publié le 15 février 2016 par Wanderer

La première page de PRL du 12 février«I’m afraid that Nature does not comment on any papers that we may or may not be publishing or considering for publication before potential publication», répond un porte-parole de la célèbre revue scientifique Nature le 8 février lorsqu’on lui demande de confirmer ou non une rumeur.
Celle-ci est insistante depuis que le 5 février, la revue concurrente Science, a publié sur son site d’actualités un article qui évoque la parution chez son compétiteur d’Outre-Manche de la première découverte sur Terre d’ondes gravitationnelles. L’article sous-entend une parution dans Nature le jeudi 11 février.

Guéguerre de revues
Ce n’est pas la première fois que Science et Nature s’amusent à se griller la politesse. En avril 2015, Nature, profitant d’une fuite technique de documents, évoquait les premiers résultats d’une étude très attendue sur la reproduction de 100 expériences de psychologie. Elle sera publiée par Science le 28 août…
Quelques mois avant, Science, le 14 avril 2015, avait publié une information sur les plus vieux outils de l’Humanité à paraître dans … Nature (le 20 mai 2015).
Mais pour les ondes gravitationnelles, un détail étonne : dans les annonces reçues en avance par les journalistes, aucune mention d’un article de LIGO et Virgo. Cette pratique appelée «embargo» permet aux journalistes, quelques jours avant une publication de lire les articles, de solliciter des commentaires des auteurs et de spécialistes extérieurs (sous réserve qu’ils ne dévoilent pas publiquement le secret).

C’est aussi un bon moyen pour ces revues d’augmenter leur impact médiatique : le jour J plusieurs articles sortiront (ce qui vaut mieux, pour elle, que des fuites en avance ou des longues traînes).
Evidemment on peut penser que pour une telle annonce, la technique habituelle n’aurait pas empêché les fuites. Certains journaux étant prêts sans doute à accepter une sanction pour griller des confrères…
Très vite en fait, je comprends que Nature est une fausse piste. La découverte sera publiée dans Physical Review Letters (PRL) !
« Unfortunately, I cannot add much to what is being said, as I would not be able to comment on whether we have or not such a paper», indique un porte-parole de PRL à la même question que posée à Nature…

Un secret bien gardé
Non généraliste comme Science ou Nature, PRL a l’avantage d’être américaine (éditée par l’American physical Society depuis 1958) et d’avoir publié des articles phares de la physique. Les articles théoriques sur le boson de Higgs en 1964, l’expérience quantique d’Alain Aspect en 1981 et les calculs théoriques de Thibault Damour en 2000 prédisant le signal vu par LIGO/Virgo. C’est aussi PRL qui publia les résultats moins tonitruants qu’annoncés initialement de BICEP2 sur les ondes gravitationnelles du Big Bang.
En fait, c’est LIGO qui a décidé au cours d’un vote quelle revue serait sollicitée. PRL n’a pas eu l’unanimité mais une large majorité.

Les équipes ont tenu le secret très longtemps, certains ne l’avouant même pas à leur compagne ! Cette confidentialité risque de durer encore quelques temps pour les prochaines annonces. En effet la collaboration a décidé que seulement au bout de quatre détections, ces dernières pourront être annoncées directement. Avant cela, motus et analyses cousues. Quelle revue aura les honneurs des prochaines révélations, dont les rumeurs bruissent déjà… ?

Post-scriptum : Amertume européenne
Bien sûr l’article de PRL est signé des collaborations LIGO et Virgo. Le crédit revient donc aux deux côtés de l’Atlantique. Mais il n’empêche que seuls les deux instruments de LIGO ont vu cette onde (puisque Virgo était à l’arrêt pour une mise à niveau). Il y avait donc un léger goût amer autour du champagne du côté franco-italien. «C’est comme organiser une grande fête et constater que quelqu’un de très cher manque. La prochaine fois ce sera plus complet !», glisse un membre de Virgo. Un autre regrette les tergiversations technico-financières qui ont retardé l’amélioration de Virgo au début 2010. Retard dont a profité LIGO. Celui-ci est d’ailleurs toujours en avance car à partir de juillet il sera encore plus performant qu’en septembre lorsqu’il a observé le fameux signal. Virgo devra patienter avant d’atteindre ces performances, attendues pour la fin 2016.
L’équipe se consolera peut être en pensant que c’est un post-doc italien travaillant à Hanovre (Allemagne), Marco Drago, qui le premier a vu le signal dans les données de LIGO à la faveur d’un décalage horaire favorable…


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