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[Critique] ROGUE ONE : A STAR WARS STORY

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] ROGUE ONE : A STAR WARS STORY

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Titre original : Rogue One : A Star Wars Story

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Gareth Edwards
Distribution : Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn, Mads Mikkelsen, Forest Whitaker, Donnie Yen, Jiang Wen, Alan Tudyk, Riz Ahmed, Warwick Davis, Jimmy Smits…
Genre : Science-Fiction/Aventure/Drame/Spin-off
Date de sortie : 14 décembre 2016

Le Pitch :
Afin d’appuyer sa domination et de porter un coup fatal à l’Alliance Rebelle, l’Empire s’apprête à mettre la dernière touche à L’Étoile de la Mort, une arme de destruction massive d’un nouveau genre, capable non seulement de servir de base opérationnelle mobile, mais aussi d’annihiler des planètes entières. Alors que les rebelles ont bien du mal à adopter une stratégie claire, un petit groupe dissident décide de prendre les devants et de lancer une opération afin de voler les plans de L’Étoile Noire…

La Critique de Rogue One : A Star Wars Story :

Le rachat de Lucasfilm par Disney est allé de pair avec un plan d’attaque aussi massif que malin, qui a rapidement impliqué la sortie d’un Star Wars par an. Pas seulement des films qui continueraient à raconter l’histoire des Jedi et autres héros de l’Alliance Rebelle dans la continuité des deux trilogies, mais aussi des spin-off, soit des histoires pas tout à fait indépendantes mais presque, censées nous narrer des aventures centrées autour de personnages bien précis, toujours ancrées dans cette même galaxie lointaine, très lointaine. C’est précisément ce dont il est question avec Rogue One, le premier de ces projets « en marge », dont le récit consiste à faire le trait-d’union entre l’Épisode 3, où Anakin devient Vador et l’Épisode 4, où Luke Skywalker se révèle et détruit l’Étoile Noire de l’Empire, aidé par sa sœur la Princesse Leia, Han Solo, Chewbacca et compagnie. Rogue One qui revient donc sur la façon dont les Rebelles ont dérobé les plans de la super-arme de l’Empire. Un film qui a dès le départ entraîné quelques questions du genre « cette histoire méritait-elle d’être racontée ? », mais qui fait rapidement fi de cette sorte de pression monumentale pesant sur ses épaules pour tracer sa route dans l’hyper-espace, avec une fougue assez inouïe. Alors faut-il embarquer à bord de Rogue One avec le sourire ? Sans appréhension ? Un grand oui !

Ben-Mendlesohn-Rogue-One

Rogue One : Mission cohérence

Le principal défi de Gareth Edwards et son équipe consistait à insérer leur long-métrage dans la mythologie Star Wars tout en résistant à l’envie de faire une démonstration de force. En d’autres mots, il ne fallait surtout pas en faire des caisses pour qu’une fois terminé, le récit vienne se greffer avec naturel dans la continuité de la chronologie. En gros, l’important était d’éviter de commettre la même erreur que George Lucas qui avec sa seconde trilogie, avait créé un vrai décalage avec la première, utilisant toute la technologie mise à sa disposition pour au final accoucher de films cliquants au possible, pourtant censés se dérouler avant Un Nouvel Espoir qui malgré ses liftings, sonnait toujours au fond, avec ses maquettes et son absence originelle d’images de synthèse, comme une production de son époque (aussi révolutionnaire fut-elle à sa sortie). La bonne nouvelle, c’est que Rogue One remplit sa mission avec une constance qui force le respect. Le film profite de sa position pour s’affranchir de certains codes propres à Star Wars, en gros pas mal de choses inhérentes à la Force et aux Jedi, et se concentre sur l’essentiel pour venir se positionner dans la brèche censée l’accueillir, tout en essayant (avec succès) de justifier son existence.
On se rend ainsi vite compte qu’en effet, la mission autour du vol des plans de L’Étoile Noire méritait bien autre chose que quelques lignes de dialogues dans Un Nouvel Espoir, en cela qu’elle a permis à Gareth Edwards d’embrasser des thématiques chères à la saga sans pour autant être obligé de se tenir à tout le cahier des charges habituellement en vigueur.
Le plus balèze étant qu’Edwards à tout de même réussi à envoyer du lourd niveau grand spectacle. L’histoire est respectée, élargie même, jamais le scénario ne déborde pour tenter de faire de l’ombre aux précédentes productions pour en quelque sorte tirer la couverture à lui et à l’écran, les batailles n’ont peut-être jamais « sonné » avec autant de puissance.

Ocean’s Eleven dans l’espace

Il faut voir l’incroyable bataille finale sur cette planète en forme de paradis ensoleillé pour le croire. Avec ses marcheurs impériaux, ses vaisseaux en constants ballets et ses échauffourées au sol menées avec une maestria qui force le respect en permanence, Rogue One parvient à accomplir un petit miracle, en cela qu’il s’impose vite comme l’un des volets les plus spectaculaires, sans pour autant pêcher par excès (sinon LE plus spectaculaire, spécialement pour tout ce qui touche au space opera). Tout ce que nous montre la dernière partie est justifié par le script et à aucun moment le film ne nous donne l’occasion de déplorer un trop plein d’effets. Contrairement à la mission de Luke, Han, Leia et les autres dans Un Nouvel Espoir, qui était surtout caractérisé par son aspect très « modeste » compte tenu des circonstances de l’histoire, celle de l’équipage du vaisseau Rogue One donne naissance à une bataille homérique, après avoir également connu des débuts plus modestes. Pour résumer, avec son équipée sauvage lancée dans une sorte d’ultime tentative pour arrêter L’Empire, la seconde partie de Rogue One débute comme un pur film de braquage, avec scènes d’infiltration à l’appui, et se termine comme un pur film de guerre, avec tout ce que cela sous-entend. On en prend plein les yeux, c’est magnifique, épique en permanence et plutôt violent (toute proportions gardées, on reste dans un Star Wars).
Gareth Edwards arrive à raviver les braises d’un esprit souvent étouffé, propre à l’age d’or des blockbusters. Age d’or justement initié de bien des façons par Lucas avec Un Nouvel Espoir.
Et la première partie ? Et bien elle installe le décors. Construit les enjeux et instaure une vraie dramaturgie. En prenant son temps, ce qui n’a pas manqué de froisser certains fans. Elle joue sur des thèmes propres à la saga, comme l’absence du père, fait du pied à Apocalypse Now, travaille sur les connections avec la « grande Histoire » de Star Wars, mais aussi celle de notre monde à nous, s’inscrit dans une modernité crépusculaire avec des réflexions plutôt fines et échappe au manichéisme (ici, il n’y pas vraiment de blanc et de noir mais plusieurs tonalités de gris). On pourra souligner quelques petits ratés dans la construction du récit, mais au fond, tout rentre dans l’ordre assez vite, tandis que se dessine l’objectif du film et que se confirment ses nobles intentions.

Un Star Wars sans Jedi

Car oui, Rogue One est un film noble. Du genre qui ne prend pas ses spectateurs pour des truffes et qui tente des choses nouvelles. De quoi probablement régaler ceux qui n’avaient pas goûté au souffle nostalgique extrêmement exaltant du Réveil de la Force. Dans le cas présent, et même si les clins d’œil sont nombreux, c’est autre chose qui prime. La noirceur englobe la progression de la mission des personnages, jusqu’au bout sans défaillir. Le projet est cohérent en s’affranchissant de son statut de « Star Wars sans Jedi », et apporte beaucoup à la mythologie dans son ensemble, avec une bravoure spectaculaire. À tel point que nous n’avons pas l’occasion de regretter l’absence de ses fameux Jedi, omniprésents car évoqués plusieurs fois, mais jamais montrés. Ce qui aurait été hors sujet de toute façon.
Les échos d’une production un poil chaotique, avec ses réécritures notamment, pouvaient laisser craindre un film bancal mais il n’en est rien. Bien au contraire. Chris Weitz et Tony Gilroy ont écrit un scénario remarquable. Pas exempt de petits défauts formels mais excellent dans son ensemble. Un script sur lequel Gareth Edwards a pu s’appuyer pour nous offrir un blockbuster généreux et rythmé dont l’émotion propre aux parcours des personnages trouve un écho dans leur lutte. Une lutte magnifiée à l’écran par des séquences éblouissantes visuellement mais aussi parfaites dans le sens où elles ne sont pas vides de sens. Étonnamment adulte, crépusculaire, Rogue One honore autant Star Wars que les genres auxquels il vient se greffer. Un vrai film de guerre désenchanté, où l’aspect Disney, avec ses personnages mignons et ses blagues parfaites pour vendre des jouets, est mis en sourdine. Même K-2SO l’incontournable droïde, suit le mouvement, lui qui n’a pas grand chose à voir ni avec C-3PO, BB-8 ou R2D2.
La façon dont Dark Vador passe une tête allant aussi dans ce sens. Une apparition, certes brève, qui, non sans ironie, exploite brillamment le personnage, ne serait-ce que vis à vis de ses pouvoirs. Le genre de scène qui ne s’oublie pas.

La horde sauvage

Si Rogue One fait aussi bonne figure et vient se positionner parmi les meilleurs Star Wars, c’est aussi grâce à son casting. Une distribution quatre étoiles aussi surprenante que galvanisante, avec un Ben Mendelsohn incroyable en bad guy en chef, un Diego Luna complexe et ambigu en déclinaison plus sobre de Han Solo, et une Felicity Jones parfaite de bout en bout, que ce soit dans l’action ou dans le drame (son terrain de prédilection). Et tant pis pour les gros misogynes qui semblent ne compter que sur Star Wars pour leur offrir un modèle bien viril auquel s’identifier. Jyn Erso est une héroïne badass et en plus elle déborde de charisme. Que demander de plus ? Des seconds rôles aussi cool qu’exploités correctement ? C’est aussi le cas ici. Donnie Yen tout particulièrement, est génial et son duo avec Jiang Wen (imposant) fonctionne à merveille. Et Mads Mikkelsen ? Est-il vraiment utile de préciser qu’il est incroyable ? Non bien sûr. On peut juste souligner la grande émotion qui se dégage de chacune de ses interventions. Finalement, et c’est dommage, seul Forest Whitaker en fait un peu des caisses. Mais son rôle s’y prête aussi…

Rogue One : le Star Wars parfait ?

Si il fait partie du même univers que les autres films, Rogue One est relativement à part. Après tout, c’était un peu le but de la manœuvre. Une manœuvre exécutée de main de maître par un réalisateur qui a pigé qu’il avait ici l’occasion de contenter les fans les plus âgés et les plus enclins à accepter avec le sourire les ruptures de ton et les prises de risque. Ce Star Wars est pour eux. Pour les vieux de la vieille et pour les déçus de l’Épisode VII, même si on peut tout autant apprécier les deux versants de la Force.
Alors oui, comme mentionné plus haut, au début, le film a un peu de mal à démarrer. Il y a aussi le problème Peter Cushing, qui est ici entièrement recréé en images de synthèse pour permettre à son personnage d’Un Nouvel Espoir, Tarkin, de revenir à la place qui est la sienne. Le résultat n’est pas vraiment convainquant. La technologie a, de ce côté là, des progrès à faire mais au fond, ce n’est pas si mal. La musique de Michael Giacchino, qui a remplacé au pied levé Alexandre Lesplat, ne manque pas de grandeur mais forcément, par rapport aux partitions de John Williams, difficile de rivaliser. Ceci dit, là encore, on tente des choses nouvelles. On extrapole à partir de codes séculaires et souvent, on réussit.
Non, Rogue One n’est pas parfait. Ça tombe bien, ce n’est pas ce qu’on lui demande, car ce qu’il nous offre vaut mieux. Ses défauts participent à sa grandeur. Rogue One est un film rugueux et brutal. Un film parfois poétique, émouvant, tragique et lyrique. Une épopée grandiose, visuellement bluffante, pleine d’ardeur et de souffle qui a en plus le bon goût de se terminer sur une scène incroyable, qui donnera à n’en pas douter à plusieurs d’entre vous l’envie de se lever pour applaudir.

En Bref…
Rogue One, premier spin-off de la saga Star Wars est une réussite flamboyante. Ultra épique, visuellement maîtrisée, virevoltant et plein de souffle, ce film s’insère avec aplomb dans la mythologie créée par George Lucas. Il se prend certes les pieds dans le tapis deux ou trois fois mais sait se rattraper et jouer de ses imperfections pour gagner en rugosité et en intensité. Adulte et violent, il fait ainsi bien plus que tenir ses promesses. Il va au-delà. Bien au-delà…

@ Gilles Rolland

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