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(anthologie permanente) Chantal Maillard, "sur le point de mire"

Par Florence Trocmé

LA FATIGUE
La fatigue. Encore,
la fatigue. L’effort pour
survivre. Réitéré.
Observer les nuages.
A l’intérieur.
Balayer.
A l’intérieur.
Choisir de rester.
   Chaque nuage
a une trajectoire. Prendre
cette trajectoire. Impossible
de toujours tout balayer. Il y a
la fatigue.
   Bien qu’aussi celle des
Trajectoires. De regarder passer les nuages.
Ce genre de fatigue aussi.
   Alors,
pour un instant, maintenant.
Sans rien vouloir. Et c’est presque bien.
Jusqu’à penser que c’est bien et de le convertir
/
LE POINT
Soupeser.
Sentir.
Se sentir.
Alors la fatigue.
Celle de se sentir. De nouveau.
Choisir d’écrire. Pour se situer.
Sur le point de mire.
Se concentrer. Sur le point.
Dire le point. Point.
L’écrire. Écrire l’écrire.
Écrire je mens.
Impossible d’écrire le point. La
La fatigue.
Dire la fatigue.
Cesser d’écrire.
/
ENCORE
En surface.
Pour survivre.
Pour continuer à vivre par-dessus.
Encore.
Parce qu’en bas non.
Et à l’intérieur, rien.
En bas c’est la douleur.
Encore.
En bas ça ne pleure pas.
Le pleur est la limite
entre en haut et en bas.
En bas, ahuri,
dit larme et
ne comprends pas. C’est plus.
Plus que larme. Pleur
interrompu.
Par la chute.
   Oblique.
Alors le rite.
La main à tâtons avec l’ovale.
Et le moi qui dans le trait
se reprend,
bouleversé.
   Et le trait
conduit le moi plus
bas qu’en bas,
au dedans
où parfois tout
s’interrompt.
Chantal Maillard, Fils, éditions Le Cormier, 2016, pages 24 à 28. Texte traduit de l’espagnol par Pierre-Yves Soucy

Textes choisis et préparés par Antoine Emaz
Chantal Maillard, née à Bruxelles en 1951, est une poète et essayiste hispano-belge d’expression espagnole. Docteur en philosophie de l’université de Malaga, spécialiste de la philosophie et des religions de l’Inde, elle a consacré plusieurs essais à l’esthétique et à la pensée orientale. Auteur de carnets et de livres de poésie, elle a réalisé, à partir de ses œuvres, divers projets interdisciplinaires avec des artistes de différentes nationalités, qu’elle représente sur scène. Elle a publié une douzaine de recueils de poèmes. Fils (Hilos) a reçu en Espagne le prix national de la Critique et le prix Andalousie de la critique. Il s’agit de son premier livre de poésie traduit en français. (source)


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