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Paul NZo Mono : Si patrie en était une

Par Gangoueus @lareus
Paul NZo Mono : Si patrie en était une
En juin dernier, je me suis rendu à Lyon invité par une importante association congolaise de cette ville à l’occasion de journées culturelles savamment préparées. En faisant la tournée des lieux à mon arrivée, j’ai découvert un stand de livres copieusement fourni et animé par un homme qui semblait concerné par la chose. En m’entretenant avec ce dernier, il m'apprit était poète. Paul Nzo Mono. Ce n’était pas la première fois que j’entendais ce nom… En effet, il y a  quelques années, Alain Mabanckou avait écrit sur son blog un article sur sa poésie. En mon for intérieur, j’étais quelque peu embarrassé de ne pas avoir été informé de la présence d'un tel poète dans la grande ville de Rhône-Alpes.
Je suis revenu sur Paris avec un recueil de poésie paru en 2014. Si patrie en était une. Je n’ai jamais lu autant de poésie sur une année. Entre deux lectures, j’ai abordé ce recueil avec l’âme du supplicié. Encore de la poésie. Et chose étonnante, je suis entré tout de suite, dès les premiers dans la forme poétique de Paul N'Zo Mono. J'ai pu mesurer la qualité de la plume du congolais. Pompeuse en premier abord, mais le lecteur que je suis a très vite dépassé cette impression.
C’est sans amour ni plaisir
violer son peuple
que gaver sa tête de frustrations,
prohibant tout envol à son génie
p.19 - Si patrie en était une. Editions L'Harmattan
Résonance. En lisant ce texte, j’ai tout de suite compris que je n’avais pas affaire à une gesticulation de plus ou une déclamation nombriliste supplémentaire. Les mots de Paul N'Zo Mono se montrent précis et décrivent assez bien la neutralisation du génie créatif congolais par un système politique oppressif. Résonance. Echos. Justesse. Je continue.
Alors je peste contre ces charognards
goulument abrutis sur nos terres faisandées
galère où joutent espoir et fatalité.
p.20 - Si patrie en était une. Editions L'HarmattanLui  peste. Lui ose dire. Usant d’images et de symboles compréhensibles pour qui s’essaie à la pause et à l’écoute.
nos arbres gémissent aux vents du soir
n’ayant du cher pays ce qu’ils désirent
p.20 - Si patrie en était une. Editions L'HarmattanJe révise ma position et mes tirades lassantes sur la poésie, genre en désuétude et inaudible aujourd’hui. C’est avant tout une question d’écho. Je comprends ce qu’il dit, je vois de quoi il parle. A ceux qui sont contraints à l’exil., il rappelle que la migration ne résout pas  tout.
Natifs de la honte
ailleurs aller voit si vivre est un ami.
ailleurs aller croire en d’autres ombres?
ailleurs aller voir si nos faims s’assouvissent en mendiant l’exil?
d’’ailleurs aller voir
si les chiens dévorent toujours rs nos cadavres? 
p.25 - Si patrie en était une. Editions L'Harmattan

Paul NZo Mono : Si patrie en était une

Paul N'Zo Mono

Poésie pénible, poésie congolaise. Nous parlons du fond du sujet. L’homme ne se réfugie dans des sujets annexes, il ne pose pas ses mots sur des faux fuyants. L’une des images pénibles de la décennie 90 au Congo Brazzaville, est celle de ces chiens se nourrissant des corps qui jonchaient les rues de Brazzaville. Mais la métaphore du poète va plus loin et elle semble renvoyer à une actualité terrifiante. Il ne se fait pas d’illusions sur l'issue de l’exil.
La poésie de Paul N’Zo Mono, dans ce recueil, évoque des thèmes autres que les conséquences de la guerre civile congolaise. Les îles et la rencontre de l'autre sont également constitue une source d’inspiration.
Mais je retiens de ce texte, la force des mots du poète congolais, son abord frontal de la situation congolaise contraignant à un exil forcé de nombreuses forces vives dans l’impossibilité de pouvoir apporter leurs savoirs.
Paul N'Zo Mono, Si patrie en était une.Poésie du CongoEdition L'Harmattan, 73 pages 

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