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L'art de Morris

Par Tepepa
L'art de Morris
2016
Stéphane Beaujean, Jean-Pierre Mercier, Gaëtan Akyüz, Vladimir Lecointre

Très bel ouvrage paru l'an dernier, L'art de Morris s'est rappelé à mon souvenir après la diffusion récente sur Arte d'un documentaire sur le même sujet et qui fait intervenir entre autres la même équipe de passionnés. Ce livre, très richement documenté, avec moultes crayonnés, explore toutes les facettes du dessin de Morris, ainsi que les liens entre Lucky Luke et le Western, les rapports entre Morris et Goscinny, les influences américaines de Morris, le tout écrit de façon limpide et plus que correcte. Par contre, il s'agit véritablement d'un catalogue de l'exposition Lucky Luke de début 2016, il a donc cette saveur particulière des ouvrages collectifs, collage parfois plus ou moins heureux de contributions diverses.


Plusieurs aspects m'ont frappé à la lecture du livre, des points que je n'avais jamais remarqué avant, en tant que lecteur depuis ma plus verte jeunesse (à l'époque où on trouvait encore des Lucky Luke "mous", c'est à dire à couverture souple). Le principal est le désintérêt qui semble profond de Morris pour le dessin lui-même. Pour Morris, le dessin paraît purement fonctionnel, au service de l'action. Il doit être avant tout lisible, compréhensible et correctement mis en scène. Morris y parvient si bien que je n'avais jamais remarqué que de nombreuses vignettes dans Lucky Luke sont parfois simplement esquissées, en particulier dans les plans larges, où en quelques traits simplistes, un décor est mis en place. Ayant délégué le scénario à Goscinny qui fera véritablement s'envoler la série, ayant trouvé un style de dessin rapide et fonctionnel, Morris est alors sur des rails pour continuer sa série pendant des années et des années. Stéphane Beaujean se demande dans le documentaire quel pouvait bien être alors le moteur de Morris pour continuer à faire Lucky Luke pendant aussi longtemps. "La mise en scène" finit-il par conclure. "A posteriori, je crois que ce qui l'intéressait c'était la mise en scène". Pourtant, dans le livre, une comparaison cruelle entre une planche de Franquin et une planche similaire de Morris montre également à quel point Franquin avait le souci de la composition et de la vitesse quand Morris se contente de montrer une action lisible sans varier les points de vue. 
Alors, Morris, simple exécutant talentueux ? Sans doute pas, comme le démontre le livre, Morris était bien le maître à bord, essayait tout de même de placer des plans audacieux, plongées, contre-jours, jeux de symétrie, décomposition du mouvement et expérimentations sur les couleurs (que là aussi, je n'avais jamais vraiment remarquées). 
Une chose est sûre, il était temps, alors que Lucky Luke, comme Astérix, vit désormais sa vie en l'absence de ses créateurs d'origine, qu'un ouvrage se penche sérieusement sur cet aspect de l'oeuvre. Et ce avant que le nombre de Lucky Luke 'post-Morris' dépasse le nombre de Lucky Luke 'par Morris' (On y est déjà pour Les Schtroumphs, bientôt sans doûte pour Blake et Mortimer), ou avant qu'un scénariste fasse intervenir un voyage dans le temps ou des extra-terrestres, ce qui signerait, comme l'indique malicieusement Hugues Dayez dans le documentaire, la fin effective de la série.

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