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[Critique] THE LAST FACE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] THE LAST FACE

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Titre original : The Last Face

Note:

½
☆
☆
☆
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Sean Penn
Distribution : Charlize Theron, Javier Bardem, Jean Reno, Adèle Exarchopoulos, Jared Harris, Oscar Best, Zubin Cooper…
Genre : Drame/Romance
Date de sortie : 11 janvier 2017

Le Pitch :
Au Libéria, au début des années 2000, le docteur Miguel Leon et Wren Petersen, elle-même médecin et directrice d’une ONG, tombent passionnément amoureux. Dans l’enfer de la guerre, alors que la violence et la barbarie font rage, l’amour saura-t-il vaincre leurs visions différentes de l’attitude à adopter face à l’horreur ? Rien n’est moins sûr…

La Critique de The Last Face :

Présenté en 2016 au Festival de Cannes, en compétition officielle, The Last Face, le cinquième long-métrage en tant que réalisateur de Sean Penn, s’est pris une méchante volée de bois vert. On a tout entendu sur la Croisette à propos de cette love story contrariée. Tout sauf du bien. 8 mois plus tard, le film débarque dans les salles françaises. Alors qu’en est-il ? Sean Penn s’est-il vraiment ramassé comme on a pu l’affirmer ou la presse s’est-elle emballée ? Le cinéaste a-t-il été mal compris ? Autant de questions qui amènent une seule conclusion, aussi impitoyable que malheureusement sans appel : oui, The Last Face est mauvais. Tellement mauvais qu’il semble incroyable que Sean Penn, qui avait jusqu’alors fait un brillant sans faute (The Indian Runner, Crossing Guard, The Pledge et Into The Wild, excusez du peu), ait pu se vautrer à ce point.

The-Last-Face-Charlize-Theron-Javier-Bardem

Un problème de fond…

Erin Dignam, la scénariste derrière The Last Face, ne compte dans sa maigre filmographie qu’un seul film un tant soit peu connu (Loved, avec Robin Wright et William Hurt). Difficile de savoir si la catastrophe était prévisible concernant le scénario. Car c’est bien d’une catastrophe dont il s’agit. Autant commencer par là. Par l’écriture. Par cette histoire d’amour à l’eau de rose, qui prend pied au cœur d’un des conflits les plus meurtriers de notre époque. Un récit qui, curieusement, a plu à Sean Penn, que l’on sait très engagé auprès de certaines causes humanitaires. Comment ce dernier n’a-t-il pas vu à quel point ce script était écrit avec les pieds ? Mystère. Parce que non content de nous raconter quelque chose de profondément scandaleux (à plusieurs niveaux), ce scénario repose aussi sur des dialogues complètement aux fraises, qui, au choix, enfoncent des portes ouvertes, s’en tiennent à des métaphores bidons et ridicules, ou se limitent à des lapalissades navrantes. Les personnages sont tout aussi mal croqués. Que ce soit les principaux, à savoir ceux campés par Charlize Theron et Javier Bardem, ou les secondaires, inexistants la plupart du temps et qui plus est parfaitement crétins ou totalement transparents quand ils sont mis en avant.
Concernant le corps de l’histoire, The Last Face débute ainsi de la pire manière qui soit. Avec une ligne de texte à vocation d’introduction. On nous explique, avec un premier degré ahurissant que seules les souffrances horribles ressenties par un peuple meurtri par la guerre peuvent égaler celles que provoque un amour impossible. On croit rêver. On met clairement au même niveau les tourments de deux toubibs amoureux et les stigmates d’un peuple exterminé… Comment Sean Penn a pu laisser passer ça ? Maladresse totale ? Avait-il salement picolé ou pris quelques chose de plus costaud ? On a franchement envie d’y trouver des circonstances atténuantes vu son C.V., mais honnêtement, c’est difficile tant ce dernier semble s’évertuer plus de deux heures durant à nous expliquer qu’il est en effet si difficile de ne pas pouvoir aimer en toute liberté quand tout autour de soi des gens s’échinent à en tuer d’autres. Régulièrement, il s’efforce alors de traduire à l’écran la torture ressentie par Charlize et Javier, avant de nous imposer des séquences extrêmement graphiques et complaisantes, des plus traumatisantes. The Last Face est d’une indécence totale ! Du jamais vu à ce niveau de production. Du jamais vu de la part d’un artiste soit disant conscient du monde qui l’entoure !
Au fond, The Last Face prétend comprendre. Il nous affirme que le monde est parfois un sale endroit dans lequel des innocents souffrent. Il nous fait aussi la leçon, alors qu’il est incapable de faire preuve de pertinence quand il aborde des thématiques qui appellent tout sauf des comparaisons obscènes. Il faut le voir pour le croire, à l’image de cette scène durant laquelle Adèle Exarchopoulos, Javier Bardem et Charlize Theron s’expliquent au sujet d’histoires de fesses au beau milieu d’un camp de réfugiés, avant qu’on nous explique que des viols y sont régulièrement commis et qu’un massacre vient juste de se produire. Sean Penn suit minutieusement le scénario, ne prend jamais de distance et souligne les incohérences manifestes de cette romance cul-cul la praline dont les enjeux nous sont présentés comme au moins aussi importants que ceux qui se jouent dans une guerre barbare au possible.

… et de forme

Si The Last Face est salement aux fraises, non seulement bête mais aussi méchant et stupide, d’une indécence ultime, il ne sauve en plus pas du tout les meubles visuellement parlant. Dépassé, Sean Penn alterne les passages existentiels, en pompant allègrement Terrence Malick (avec lequel il a bossé sur The Tree Of Life) sans vraiment piger ce qu’il fait. Un peu comme un gamin qui tenterait de dessiner la Joconde. On voit d’où ça vient mais on s’aperçoit aussi que c’est raté. Flous artistiques et plans parfaitement crétins à l’appui. Une manière comme une autre d’enfoncer le clou. Il est où le gars qui nous livrait avec Into The Wild, des plans à tomber par terre ? Pas ici en tout cas. The Last Face est moche. Charlize Theron et Javier Bardem sont magnifiques oh ça oui, mais la caméra parvient à les rendre antipathiques. Sean Penn n’arrive pas à placer son objectif à tel point qu’on dirait qu’il débute. Il tâtonne, tremble et n’est pas aidé par un montage éclaté finalement très irritant. Pour couronner le tout, même Hans Zimmer a salopé le boulot…
Et les comédiens dans tout ça ? Pour faire vite, Charlize Theron et Javier Bardem n’ont pour eux que leur charisme et c’est bien peu. Une direction d’acteur en carton finissant de saper le moral des troupes. On se fout de leur histoire et tout ce qu’on voit, c’est que ni l’un ni l’autre n’auraient dû accepter le job. À côté, Jean Reno et Jared Harris ne font que passer, tandis qu’Adèle Exarchopoulos livre peut-être la pire performance de sa carrière. Ce qui, quand on a vu La Vie d’Adèle, veut vraiment dire quelque chose. Mais bon, il faut admettre qu’elle non plus, à l’image des autres, n’est pas aidée par une partition à la noix. Il aurait aussi fallu qu’elle se mouche car à force de rester la bouche ouverte, on finit par craindre qu’un moustique ne se décide à aller y pondre ses œufs… Bref, tout ça est déprimant. Cinématographique parlant.

En Bref…
The Last Face est une catastrophe. Indécent, niais, complaisant et donneur de leçon, il s’avère aussi laid dans son discours que sur un plan visuel. Un réalisateur connu pour avoir offert au septième-art de véritables pépites, des acteurs aussi charismatiques et doués, un grand compositeur… The Last Face avait tout. Au final, il n’a rien. Pire, il irrite. Même armé de la meilleure volonté du monde. Même en étant fan des acteurs ou de Penn. Même en y cherchant toutes les excuses possibles. Impossible de ne pas voir ici un naufrage aussi pénible qu’éprouvant. On espère de tout cœur que Sean Penn va revenir sur le droit chemin, mais après un tel truc, ça ne sera pas facile. Des carrières se sont écroulées pour moins que ça…

@ Gilles Rolland

The-Last-Face-Theron-Bardem
  Crédits photos : Mars Films


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