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Napoléon, un retour haut en couleurs

Par Pmalgachie @pmalgachie
Napoléon, retour haut couleurs Romain Puértolas ne s’était pas fait attendre longtemps : après La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel, son deuxième roman paru au début de 2015, le troisième l’avait suivi six mois plus tard. En même temps que le retour de l’auteur de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, on salue celui de Napoléon, pêché dans les filets de l’écrivain en même temps que dans ceux d’un chalutier norvégien. On vous explique en deux mots : Napoléon n’était pas mort à Sainte-Hélène, il était seulement dans le coma et les cendres d’un autre se trouvent aux Invalides tandis que le corps du grand homme était, avec son cheval, préservé de la corruption des chairs au fond d’eaux glaciales. Hibernatus-Napoléon dégelé, reconnu, accepté pour ce qu’il est, fait route vers la Corse pour prendre une retraite bien méritée en compagnie d’un natif de l’île prêt à l’accueillir. Il découvre les changements survenus en son absence, arbore un tee-shirt de Shakira, apprécie le champagne noir (le Coca-Cola Light), considère avec intérêt les progrès de la technique qui lui auraient permis de l’emporter à Waterloo et, comme il est très intelligent (on nous le dira assez souvent pour ne l’oublier jamais), intègre les nouvelles données géopolitiques cachées derrière des mots dont Internet lui fournit le sens : « Daesh, salafiste, charia, fatwa, djihadiste, al-Sham ». Il en a maté d’autres, il se sent capable de redevenir le super-héros qu’il fut en son temps. Pour proposer ses services de chef de guerre, une seule adresse : le palais de l’Elysée. Il y rencontre, après avoir récupéré son bicorne aux Invalides, un François Hollande pas mécontent de trouver un candidat compétent à la castagne. Mais rapidement refroidi par son responsable de communication qui lui rappelle quel homme de pouvoir a été Napoléon. Pourquoi aurait-il changé ? Pas d’armée officielle pour mener son nouveau combat, donc. Qu’importe, il recrute une Nouvelle Petite Grande Armée. C’est éclectique : cinq danseuses de french cancan, un contorsionniste, un balayeur noir, un Corse, deux de ses trois descendants vivants – une prostituée fatiguée et l’imam de la Grande Mosquée de Paris. En fin stratège, Napoléon a un plan pour vaincre l’adversaire sans verser de sang. Car il est fatigué des cadavres et des blessés qui ont jalonné la première partie de sa vie. Re-vive l’Empereur est une succession de moments savoureux qui rebondissent les uns sur les autres en une joyeuse pagaille. On se régale particulièrement du passage de Napoléon chez les fous – car c’est par là que passent tous ceux qui se prennent pour l’empereur. Mais Romain Puértolas tient sa petite troupe avec plus de fermeté que dans ses deux premiers romans. Il n’a pas attendu l’attentat à L’Hebdo des Charlots, comme il l’appelle dans le roman, pour savoir que l’humour est une arme efficace contre les dérives du pouvoir. Et il l’utilise en artiste imaginatif.

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