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Sicko

Par Thomz
Je venais d’apprendre qu’il ne me restait que quelques semaines à vivre, trois mois tout au plus. J’avais attendu la nouvelle avec impatience, cherchant depuis quelque temps, avec fébrilité, l’occasion pour renflouer mon désespoir chronique, lui asséner un réalisme qui lui manquait peut être, libérateur, sans aucun doute, même s’il devait se terminer, pour mes proches, par quelque tragique de situation. Je préparai ma disparition avec minutie, me délestant de l’inutile et du superflu. Je ne changeai pourtant aucune de mes habitudes ; ma maladie soudaine rendait mes manies supportables à mon entourage. Eux aussi étaient soulagés de me voir partir, non pas que j’étais un mauvais bougre, bien plus un poids en moins dans leur morne quotidien. Je ne me considérai pourtant pas comme le centre d’une quelconque attention, mais l’imminence de la mort arrondit les angles, comme la vieillesse, la sénilité, que je ne connaitrai jamais. Heureux les imbéciles qui n’atteignent pas l’instant où le qualificatif servant à les désigner est celui de sénior. Je m’en irai discrètement, évitant un ultime dérangement.
Le lendemain de la nouvelle, je me mis à écrire une dizaine de lettres saugrenues. Elles racontaient la vérité sur ce que je savais de mes destinataires. Elles n’étaient pas toujours désagréables, et le fait que ce mal dont j’étais atteint rongeait mon cerveau me fournirait une excuse des plus commodes. Prenant appui sur mon expérience désagréable des rapports sociaux, des rapports de subordination que j’entretenais avec la plupart de mes congénères, je sortis ainsi de ma position de réserve et d’infériorité pour affirmer une singularité morale qui n’aurait d’égale que la munificence de mon pardon final envers des pauvres fous qui ne méritaient pas plus que moi de continuer à vivre, à coloniser un espace de plus en plus restreint. Je ne verrais pas la fin de la planète, je ne connaîtrais probablement pas de nouvelle guerre globale, bien que ses avatars étaient visibles, partout, sur tous les supports à cristaux liquides que tout homme moderne doit endurer à longueur de journée, oubliant le contact soyeux d’une frêle page de papier, les doigts tachés d’encre.
Je ne pensais pas à l’après, à l’au-delà. L’au-delà de QUOI ? Qu’y avait –il avant qui eut mérité d’avoir un début d’épilogue ? Le contentement n’est pas de ce monde.
Je disposerai ces lettres sur mon bureau, de manière à ce qu’elles le recouvrent entièrement. J’ouvrirai alors le tiroir du bas, prendrai mon révolver et me ferais sauteur cette cervelle qui ne demandait qu’à mourir, qui me trahissait déjà, qui se rebellera peut être au moment de passer à l’acte, préférant terminer ses jours paisiblement entourée d’amour et de commisération pour son sort peu enviable. Qui sait ce qui peut arriver

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