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[Critique] BORN TO BE BLUE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] BORN TO BE BLUE

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Titre original : Born To Be Blue

Note:

★
★
★
½
☆

Origine : États-Unis/Grande-Bretagne/Canada
Réalisateur : Robert Budreau
Distribution : Ethan Hawke, Carmen Ejogo, Callum Keith Rennie, Stephen McHattie, Kedar Brown…
Genre : Biopic/Drame
Date de sortie : 11 janvier 2017

Le Pitch :
Alors qu’il demeure un musicien de jazz extrêmement respecté, Chet Baker doit pourtant admettre que sa popularité n’est plus ce qu’elle était. Dépendant à l’héroïne, il purge une peine de prison et ressasse son glorieux passé rêvant d’un come-back. C’est alors qu’on lui propose de tenir son propre rôle dans un film portant sur sa vie. Sur le tournage, Chet tombe éperdument amoureux de Jane, sa partenaire. Une femme qui devra faire face à la dépendance de l’artiste et à ses nombreux démons, mais qui l’accompagnera néanmoins dans sa reconquête d’une reconnaissance déchue…

La Critique de Born To Be Blue :

Miles Davis était un jazzman fougueux, irrévérencieux et imprévisible. Un caractère que reflétait sa musique et qui se trouve être en toute logique au centre d’une vie très rock and roll faite d’excès. Chet Baker lui, était tout autant irrévérencieux et imprévisible, mais évoluait davantage dans des tonalités plus sombres. Plus romantiques et mélancoliques. Arrivant quelques mois après Miles Ahead, le film dédié à Miles David, Born To Be Blue, le biopic de Chet Baker, prend justement le contre-pied et adopte complètement la cadence de la musique du jazzman. À ceci près que les deux œuvres tentent d’une façon ou d’une autre de sortir quoi qu’il en soit des carcans des films biographiques classiques pour au final se démarquer. Ce que Born To Be Blue réussit au final avec beaucoup plus de pertinence…

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Born To Be Wild

La filmographie d’Ethan Hawke regorge de bons films qui lui ont donné l’occasion d’explorer de nombreux registres. Pour autant, le rôle qu’il tient dans Born To Be Blue lui donne l’opportunité de nous impressionner une nouvelle fois. Il faut dire que le comédien semblait tout désigné pour incarner Chet Baker à l’écran, lui qui a rapidement pris la tangente par rapport au schéma classique de la star américaine, pour tracer sa route. Aujourd’hui quadragénaire, Hawke avait en effet tout ce qu’il fallait en magasin pour camper avec justesse l’artiste maudit. Sans avoir à forcer le trait. Juste en adoptant l’attitude de Baker. Sa performance est le gros point fort du long-métrage. Non pas que la ressemblance physique soit frappante, bien qu’au fond, on peut trouver de nombreux points communs entre les deux hommes à ce niveau. Ce qui est vraiment spectaculaire, c’est plutôt ce mimétisme. Dans le regard, au détour d’une mimique, Ethan Hawke se présente à nous en étant Baker. Il ne tombe jamais dans la caricature. Son respect pour son modèle est flagrant. D’autant plus qu’ici, l’acteur bénéficie d’une liberté évidente, encouragée par un réalisateur/scénariste entièrement dédié à sa cause car probablement conscient que personne d’autre n’aurait pu faire le job avec ce mélange de classe, de force et de fragilité dont fait preuve Ethan Hawke.

Born To Be Alive

Visiblement désireux de ne pas livrer un biopic comme les autres, Robert Budreau s’éloigne du schéma classique et adopte une démarche comparable à celle de Bill Pohlad avec Love & Mercy, le film sur Brian Wilson des Beach Boys. Born To Be Blue appartient à cette génération de biopic porté par un désir de casser des codes séculaires. Dans le cas présent, avec Chet Baker, le point de départ que constitue la mise en chantier d’un film sur Baker porté par Baker lui-même, a donc offert à Budreau un parfait postulat. À partir de là, le metteur en scène, encouragé par Ethan Hawke lui-même, a rendu hommage au goût pour l’improvisation de Baker, et a tissé un récit sensitif, où la réalité se mélange au fantasme. Un concept que Hawke défend en argumentant sur le fait que Born To Be Blue répond par l’image à la musique du jazzman, sans trop se soucier de coller à tout prix à une vérité quelconque. L’important n’est donc pas de retranscrire tout ce qui a pu se passer dès que Baker a entamé son come-back mais plutôt d’imaginer. De gratter le vernis des apparences pour tenter de comprendre Baker. Osé mais payant. Ce biopic, si il cède quand même aux flash-backs en noir et blanc et à quelques petits clichés pas du tout gênants, ne ressemble pas à des métrages comme Ray ou Get On Up. Il est à l’image de son personnage principal, à tous les niveaux. Reposant sur un script empreint de poésie, il ose l’ellipse, ne réussit pas toujours à garder le cap, mais franchit la ligne d’arrivée en parvenant à favoriser l’émergence d’une belle émotion. Sur la forme, le film se montre aussi très proche des créations de Baker. Baigné dans des teintes bleutées, il jouit d’une photographie parfaitement pertinente, qui offre un écrin feutré à la performance pudique et éloquente d’Ethan Hawke et de tous les autres acteurs de la distribution.
Dommage alors qu’au final, Born To Be Blue laisse une petite impression d’inachevé. Parfois, Robert Budreau reste un peu trop à la surface, comme si la figure de Chet Baker l’effrayait . On salue sa déférence manifeste mais au fond, on ne peut aussi s’empêcher de souligner la façon dont le metteur en scène survole un peu son sujet. C’est principalement pour cela que Born To Be Blue n’est pas un chef-d’œuvre. Mais paradoxalement, c’est aussi un peu pour cela qu’on l’aime. Pour sa modestie, elle aussi à l’image de Chet Baker, dont la musique, sublime, habite chaque plan, au diapason avec le numéro plein de grâce d’un acteur impérial.

En Bref…
Born To Be Blue ne passe pas très loin du sans faute. Trop court, il reste un peu trop en surface pour s’imposer avec autant de force qu’espéré, préférant une approche plus timorée. Cela dit, le film mérite son lot d’éloges, ne serait-ce que parce qu’il donne envie de se plonger dans la discographie de Chet Baker et qu’il en respecte tous les aspects. Parfois déchirant et ambitieux, le long-métrage vaut bien sûr sur pour Ethan Hawke, qui est pour sa part incroyable, aux côtés de la magnétique Carmen Ejogo, avec laquelle il forme un duo d’une classe folle.

@ Gilles Rolland

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  Crédits photos : Kinovista


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