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La capture

Par Rob Gordon
C’est qu’elle s’obstine, la Carole Laure. Chaque année ou presque, elle revient avec un nouveau film, se faisant un peu plus éreinter par la critique que la fois précédente. Aux grands maux les grands remèdes : la voici qui engage deux acteurs connus et appréciés (Pascale Bussières et le grand Laurent Lucas) afin de sortir du carcan « films d’auteurs voués au rebut » de ses précédents films. Si La capture n’est pas passé totalement inaperçu à sa sortie, c’est grâce à l’aura de ces deux interprètes ainsi qu’à un point de départ alléchant pour qui aime la séquestration, les règlements de comptes et la violence morale. Le film suit Rose, une jeune femme qui se met en tête de séquestrer quelques temps un géniteur qui a fait (et qui fait encore) vivre toute sa famille dans la terreur, faisant l’usage de la violence pour conserver son statut de chef de famille. Objectif : obtenir simplement quelques explications, quelques excuses, trois fois rien. Problème : être violent avec les siens (ou avec d’autres, d’ailleurs) ne peut absolument pas se justifier, et voilà cette entreprise vouée à l’échec. Il faut malheureusement une heure et demie à la réalisatrice pour parvenir à ce constat évident.
Auparavant, on aura slalomé sans cesse entre quelques moments magnifiques et beaucoup d’autres complètement grotesques. Carole Laure filme le sexe comme dans un vieux porno soft des années 70, met en scène la séquestration avec un je m’en foutisme déconcertant (que viennent donc faire dans cette galère les deux vieilles voisines de Rose ?), manie l’onirisme avec un style proprement pachydermique (ah, la scène des animaux de la ferme). Et oublie finalement de traiter son sujet, empêtrée dans toujours plus de digressions. Dommage : la jeune interprète de Rose disposait de toute l’intensité nécessaire pour transcender son beau personnage, et la description de ce père indigne était suffisamment crédible pour susciter le malaise. Mais Laure se noie dans l’auteurisme forcé et l’arty show, trop pressée d’être reconnue comme une vraie cinéaste et pas comme une ancienne actrice qui multiplie les caprices. Du coup, on a quasiment l’impression de s’être trompé de salle, de ne pas avoir vu le film attendu. Quant à Bussières et Lucas, malgré leur évidente implication dans le projet, ils sont comme absents, mal exploités par ce scénario inutilement tordu.
Arrive la fin, avec sa conclusion attendue. La capture nourrit d’autant plus les regrets que, comme d’autres scènes plus tôt dans le film, cette dernière séquence suscite une vraie émotion alors qu’elle est pourtant extrêmement prévisible. La preuve que Carole Laure a du style et que, si elle parvient à le maîtriser et à le mettre au service de scénarios plus fins, la réalisatrice canadienne a possiblement un avenir derrière la caméra.
4/10

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