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No home

Publié le 04 février 2017 par Lorraine De Chezlo
NO HOMEde Yaa GyasiRoman - 400 pagesEditions Calmann Lévy - décembre 2016
Au XVIIIe siècle, dans l'actuel Ghana, Maame est sur le point d'engendrer une lignée marquée par le signe du feu. Une lignée double, via ses deux filles Effia et Esi, nées de deux unions différentes. Des villages rivaux, une fuite. Maame, esclave Ashanti, quitte son village dans de tragiques conditions et laisse derrière elle Effia, qui épousera un colon Anglais et vivra dans les étages supérieurs du fort de Cape Coast. Par contre, sa seconde fille Esi aura un tout autre destin, celui d'esclave encore, dont la descendance connaîtra les trafics côtiers, les luttes et rivalités entre Anglais, Ashantis et Fantis, l'exil aux Etats-Unis, les dos ensanglantés, les viols, les coups de fouets dans les champs de coton, la tuberculose après une vie de travail à la mine, la ségrégation dans les villes d'Amérique, la guerre de Sécession, la drogue, la prison.... alors que, restée au Ghana, les enfants et petits enfants d'Effia, plus tôt confrontés aux contradictions, rejets, dilemmes du métissage, chercheront leur place incessamment. No home.
A 26 ans, Yaa Gyasi a écrit une épopée ambitieuse, qui déroule les destins de huit générations depuis le XVIIIe siècle à nos jours, depuis le Ghana jusqu'à Harlem. Sans nul doute très documenté, le récit a le mérite de mettre en lumière un très grand nombres de réalités différentes mais qui ont toutes beaucoup affecté la diaspora africaine descendant du système esclavagiste. A chaque chapitre, la voix d'un maillon de la famille, d'une génération issue d'Effia ou d'Esi. Ce qui fait qu'à chaque fois il faut non seulement basculer dans la vie d'un nouveau personnage mais aussi changer de lignée voire de continent. Cela peut se révéler un peu délicat parfois. Mais les ellipses sont importantes, quelques moments, morceaux de vie de chaque personnage représenté permet de brosser une époque, un héritage, un basculement, une union, une fuite. Extrait :"Il y avait deux cent kilomètres entre Takoradi et Edweso. Yaw le savait car il sentait chaque kilomètre comme s'il était un caillou coincé dans sa gorge. Deux cent six cailloux entassés dans sa bouche qui l'empêchaient de parler. Même lorsqu'elle lui posait une question, demandait pendant combien de temps ils allaient encore voyager, comment expliqueraient-ils la présence d'Esther aux gens, ce qu'il dirait à sa mère à son sujet quand elle la verrait, les pierres dans sa gorge empêchaient les mots de passer." Les portraits sont très beaux, qu'ils soient issus de la terre ocre du royaume ashanti, ou en proie à la détresse occidentale comme pour une Nina Simone tourmentée, ils sont multiples, différents, diamétralement et géographiquement opposés, mais ils se répondent au regard de l'Histoire. Et les rencontre entre grands-parents et petits-enfants sont souvent très poignantes. Ce livre est un ouvrage qui évoque les différents visages de l'injustice raciale, terreau d'une haine qui peut devenir transgénérationnelle.
Extrait :"Yaw la regarda surpris, mais elle se borna à sourire. "Quand quelqu'un fait le mal, que ce soit toi ou moi, que ce soit la mère ou le père, que ce soit l'homme de la Côte-de-l'Or ou l'homme blanc, il est comme le pêcheur qui jette son filet dans l'eau. Il ne garde qu'un ou deux poissons dont il a besoin pour se nourrir et rejette les autres à l'eau, pensant que leur vie redeviendra normale. Personne n'oublie qu'il a été autrefois prisonnier, même s'il est à présent libre. Mais malgré tout, Yaw, tu dois accepter d'être libre."" On est au-delà du fait d'avoir osé inclure dans le roman que des Noirs d'Afrique ont pris part au commerce triangulaire. Mais d'avoir pris le parti de décrire deux sœurs, l'une mariée au colonisateur, l'autre esclave, est une manière déchirante et implacable de décrire les ravages qui allaient immanquablement suivre, et les pertes de repères de ces hommes et ces femmes, vendus, reniés, abandonnés, tenus au secret, qui ne peuvent plus connaître de refuge, refuge géographique comme psychologique.Une histoire de trois siècles, riche et inachevée, à lire sans aucune hésitation. L'avis de Naomi Adjavon - La croisée des plumesL'avis de HCh_Dalhem - Ma collection de livres
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