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[Critique] UN JOUR DANS LA VIE DE BILLY LYNN

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] UN JOUR DANS LA VIE DE BILLY LYNN

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Titre original : Billy Lynn’s Long Halftime Walk

Note:

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☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Ang Lee
Distribution : Joe Alwyn, Kristen Stewart, Garrett Hedlund, Steve Martin, Vin Diesel, Chris Tucker, Ben Platt, Tim Blake Nelson…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 1er février 2017

Le Pitch :
Billy Lynn, un soldat de 19 ans, est de retour au pays avec son unité pour recevoir tous les honneurs à la suite d’un acte héroïque sur le champs de bataille, en Irak. À peine a-t-il le temps de revoir les siens que le jeune homme doit se présenter à la mi-temps d’un match de football afin de participer à une mise en scène censée lui rendre hommage. Une façon pour l’armée d’à nouveau instrumentaliser les soldats, qui de leur côté, vont encaisser un violent décalage, ainsi que la perception parfois brutale que peuvent avoir les citoyens de leur action à l’étranger…

La Critique d’Un Jour dans la Vie de Billy Lynn :

Réalisateur plutôt discret malgré la présence dans sa filmographie d’au moins trois films unanimement considérés comme majeurs, à savoir Tigre et Dragon, Le Secret de Brokeback Mountain et L’Odyssée de Pie, Ang Lee a toujours eu pour lui de prendre un certain nombre de risques et ainsi de régulièrement changer de registre. Insaisissable, il a aussi bien tourné des films d’action que des drames plus ou moins graves et a même fait une étape chez le Marvel d’avant le MCU (avec Hulk). Son dernier long remontant à fin 2012 (L’Odyssée de Pi), il était légitime d’attendre avec impatience sa nouvelle livraison, qui est finalement arrivée jusqu’à nous, sans aucune promo, après avoir fait un bide retentissant aux États-Unis. Un film pourtant remarquable sur bien des points, mais il est vrai plutôt sensible…

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Défi technique majeur

Distribué dans une petite poignée de cinémas à travers l’hexagone, Un Jour dans la Vie de Billy Lynn ne sera vu par aucun spectateur français tel qu’Ang Lee aurait voulu le montrer. Tel qu’il l’a tourné en tout cas. Car on est ici devant le premier film entièrement tourné en 4K, en 120 images par secondes. Autant dire qu’on est loin des traditionnelles 24 images par seconde. On dépasse même les 48 images par seconde du Hobbit de Peter Jackson et les 60 images des prochains Avatar de James Cameron. Ang Lee qui en plus, a tourné en 3D. Alors oui forcément, tous les cinémas ne sont pas équipés pour rendre justice à cet authentique défi technique. C’est dommage mais cela n’empêche pas de souligner l’audace du metteur en scène qui bien qu’ayant souvent été à la pointe, a tendance à ne pas être reconnu comme le technicien hors pair qu’il est.
Un Jour dans la Vie de Billy Lynn prouve d’ailleurs tout le bien qu’il faut penser de l’exceptionnelle maîtrise technique de Lee. Que ce soit en 120 images par seconde ou pas. Nul besoin d’une précision ahurissante, qui retranscrit tous les détails, pour apprécier les mouvements caméra qui accentuent l’immersion et la pertinence d’une réalisation précise et redoutable. Une mise en scène proche des personnages, qui a le don de les replacer dans leur environnement, en soulignant les thématiques, sans trop en faire mais en se montrant tout aussi galvanisante qu’apte à favoriser l’épanouissement d’une belle émotion. Émotion dont le long-métrage n’est pas avare…

Un pamphlet anti-guerre

Ang Lee se distingue par son approche en soi plutôt spectaculaire d’un sujet qui pourtant, n’appelait pas sur le papier une telle débauche de moyens. Le tout en touchant au vif (en évitant la sortie de route et le hors-sujet) en restant maître de ses effets. Il révolutionne en cela à sa façon, l’approche d’un sujet fort, déjà au centre d’œuvres comme Rambo, à savoir le retour au pays de soldats impliqués dans un conflit sujet à controverse. Hier le Vietnam, aujourd’hui l’Irak. Adaptation d’un roman de Ben Fountain, Un Jour dans la Vie de Billy Lynn s’attache donc à retranscrire la façon dont sont perçus les soldats américains par une société qui d’un côté les instrumentalise, mais qui d’un autre, pour une partie de l’opinion publique en tout cas, va condamner leurs actes. Le fait que le film se déroule le temps d’un match de foot, auquel les soldats sont invités, renforçant le propos et son impact. Dans le stade, où ils doivent prendre part à une cérémonie sur bien des points obscène, Billy Lynn et ses camarades se heurtent à une foule de sentiments contradictoires. C’est ainsi que le long-métrage tire à boulets rouges sur une certaine Amérique. Le récit met le pays face à ses contradictions. Il l’interroge au sujet du patriotisme exacerbé et de sa propension à condamner des préceptes qu’il ne cesse pourtant de soutenir. L’un des points forts du scénario étant de condenser tout ce qu’il a à nous dire au cours d’une seule journée et de cristalliser toutes les problématiques dans un seul homme. Même si les autres soldats sont bien sûr concernés.
Si on ne devait retenir qu’une seule séquence, ce serait bien sûr celle de la mi-temps évoquée dans le titre original. Les soldats sont au centre du terrain, participant à un concert des Destiny’s Child. Les gens hurlent, des insultes fusent à l’encontre des soldats qui ne peuvent pas ignorer ce mélange d’hostilité et d’admiration parfois feinte. On se joue d’eux, le respect ne fait pas partie de l’équation et quelque part, ce ne sont plus des êtres humains qui font face à une population qu’ils sont persuadés de protéger en tuant des inconnus à plusieurs kilomètres de là, mais des objets de propagande déjà usés.

« It’s a long road »

Un Jour dans la Vie de Billy Lynn n’est pas parfait. Son approche est parfois maladroite. Si ce n’est pas la première fois que le cinéma U.S. aborde le sujet, il faut reconnaître ici une certaine originalité ainsi qu’une vraie ambition, et de temps à autre, la pertinence semble diluée dans un trop plein. Le film s’avère complexe et en cours de route, des idées intéressantes ne sont peut-être pas suffisamment exploitées, tandis qu’on aurait aimé voir davantage certains personnages, comme le père du héros, sa mère ou encore sa sœur, par ailleurs incarnée avec beaucoup de justesse par une Kristen Stewart toute en retenue. Les acteurs qui sont, c’est important de le souligner, tous irréprochables, à commencer par le débutant Joe Alwyn, dont la prouesse consiste à communiquer une somme folle d’émotions et d’interrogations, sans en faire des tonnes. Parfois juste au détour d’un regard embrumé de larmes.
Un Jour dans la Vie de Billy Lynn nous permet de retrouver également Steve Martin et Chris Tucker, tous les deux dans des rôles assez éloignés de leurs registres habituels. Sans oublier Vin Diesel, dont on déplorait ici même il y a quelques semaines, le manque d’audace, à l’occasion de la sortie de XXX 3. Et bien ici, ça fait plaisir, l’acteur met le bourrinage de côté et se plie aux exigences d’une histoire qu’il sert avec tout le talent dont il sait faire preuve quand on lui en donne l’occasion et qu’il s’en donne aussi la peine. Avec beaucoup de douceur, Diesel est touchant et incarne à sa façon une partie du sacrifice au centre d’une guerre aux enjeux troubles et aux conséquences dramatiques. À l’instar du film dans son ensemble, qui s’impose, vous l’aurez compris comme une missives plutôt percutante contre un conflit qui ne cesse de se répéter dans l’Histoire…

En Bref…
Un peu maladroit mais néanmoins très éloquent et efficace, Un Jour dans la Vie de Billy Lynn fait montre d’une bravoure de tous les instants. Derrière la caméra, Ang Lee change à nouveau de registre et touche au vif, mettant toute sa maestria au service d’une histoire complexe pour nous livrer au final un film pertinent et utile, dont l’écho résonne sans mal dans l’actualité du monde.

@ Gilles Rolland

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  Crédits photos : Sony Pictures Releasing France 


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