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L’orgue, le roi des instruments (II)

Par Artetvia

Il y a bien longtemps qu’Artetvia n’avait pas publié. Il faut dire que les dernières semaines ont été très chargées, le gentil organisateur de ce site ayant d’autres activités professionnelles qui peuvent être prenantes – hé non, il ne vit pas d’Artetvia, mais alors pas du tout.

Poursuivons donc notre visite de l’orgue, le roi des instruments. Dans le dernier article, vous avez pu (re)découvrir son fonctionnement à la fois simple – de l’air dans un tuyau – et éminemment complexe, ainsi que son histoire, des anciens Grecs et leur hydraulos jusqu’à nos jours.

Voyons aujourd’hui le répertoire, les compositeurs, les instrumentistes… bref, la partie musicale de l’instrument et non plus la seule organologie de l’orgue (c’est beau les mots savants…).

Premier point, le répertoire de l’orgue est intimement lié à la liturgie, catholique ou protestante. Même s’il existe des salles de concert avec orgue et des pièces profanes (comme le boléro de Lefébure-Wély), la plupart des instruments sont construits dans une église, pour la liturgie. Comme elle est censée préfigurer le Ciel, les hommes ont eu à cœur d’offrir au culte ce qu’il y a de plus beau. La musique en fait partie.

Dans ce cadre, l’orgue a une fonction – comme la trompette sonnant la charge ou le chant du laboureur… ou du supporter. Ce n’est pas simplement un instrument à but esthétique. Des fonctions, il en a même plusieurs. La première est de soutenir le chant : il aide les chanteurs à accomplir leur travail de chantres, en assurant la justesse, le rythme et le volume sonore.

Le chant premier de l’Eglise catholique est le chant grégorien, depuis les origines jusqu’à nos jours. Celui-ci devait être chanté a cappella. Donc pas d’orgue. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, et notamment à l’église Saint-Sulpice de Paris, que l’orgue se mettra à accompagner le chant – cela jasa dans les chaumières… Auparavant, le plain-chant était exécuté a cappella ou alors soutenu par le serpent qui doublait les voix de son son grave et profond. Le serpent était sollicité notamment pour les processions en extérieur – si vous avez déjà chanté dehors, vous saurez que ce n’est pas évident du tout… Ou alors dans les cathédrales et les grandes églises pour aider à « remplir » le bâtiment… et parce que ces églises avaient les finances pour payer un serpentiste.

L’orgue accompagne aussi le chant sacré, polyphonique ou non, celui de la chorale, celui de l’assemblée. Les partitions peuvent être spécifiquement écrites pour l’orgue, mais le plus souvent, l’orgue accompagne « à vue » les pièces, ce qui nécessite de solides compétences en matière d’harmonisation.

Deuxième fonction de l’orgue, le jeu soliste. Qui commence par l’improvisation. Au cours des messes basses avec orgue, ou des messes chantées, l’orgue joue quasiment tout le temps, en « comblant les vides » lorsque la durée du chant est inférieure à celle de l’action liturgique. C’est là que l’organiste fait montre de ses talents. Le plus souvent, il brode sur le thème du chant précédemment interprété (pièce grégorienne ou autre). Le toucher de l’instrumentiste, sa sensibilité compte pour beaucoup. Il doit bien évidemment s’adapter aux différents moments de la liturgie, choisissant avec soin les jeux utilisés.

 – Sur l’orgue bien connu de Saint-Maximin.

A noter qu’avant le XVIIIe siècle, l’orgue pouvait avoir une fonction de « chantre », remplaçant le chœur, en « chantant » la mélodie. Par exemple, l’alternance des Kyrie au début de la messe, ou même au Gloria et au Credo. Autre exemple notable : dans la tradition parisienne, les versets impairs des proses étaient chantés par l’orgue.

Enfin, le plus connu, mais qui dans la hiérarchie arrive en dernière position, l’orgue est utilisé pour jouer des morceaux spécifiquement écrits pour lui, à la place de la polyphonie en quelque sorte, un unique instrumentiste pouvant ainsi remplacer un chœur entier. C’est là qu’intervient le génie des différents compositeurs, nombreux, qui ont écrits pour cet instrument.

Il serait fastidieux et inutile de les citer tous. Il faut savoir simplement que la France a été et est toujours en pointe dans ce domaine, notamment au cours de deux périodes, la fin du XVIIe et le XVIII siècle, avec Couperin, Daquin, Balbastre, Nivers… Et puis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe : les noms de Franck, Saint-Saens, Fauré, Widor, Boëllman, Vierne, Dupré, ne vous sont certainement pas inconnus, mais il y a aussi Dubois, Guilmant, la Tombelle, etc. Sans oublier, un peu plus tard, Maessien. En fait, la plupart des grands compositeurs de cette époque étaient organistes (avec des exceptions évidemment, comme Ravel ou Debussy).

En Allemagne, une immense école d’orgue existe, avec bien entendu la personnalité géniale de Jean-Sébastien Bach, mais aussi Buxtehude, Haendel, Pachelbel, Muffat…

Il faut reconnaître que l’essentiel de la production organistique vient de ses deux pays, même si de brillants organistes et compositeurs viennent d’autres pays : Frescobaldi en Italie, Padre Soler en Espagne (mais il est surtout claveciniste).

A partir du XXe siècle et les techniques d’enregistrement, le jeu de l’orgue lui-même, avec les improvisations, va prendre une place particulière : si Pierre Cochereau a peu écrit, il est l’un des « praticiens » majeurs de l’orgue dans la deuxième moitié du XXe siècle ; et les enregistrements de ses improvisations font date.

Bon, nous allons pouvoir enfin parler des pièces elles-mêmes. Comme cet article est déjà long, ce dernier aspect fera l’objet d’un troisième article. Il le faut pour le roi des instruments !

 – Lefébure-Wély – Boléro – Op. 166.


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