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Sillages - Silences - Soulèvements

Publié le 10 mars 2017 par Detoursdesmondes
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L'année dernière, l'artiste Joana Choumali exposait sa série de photographies Hââbré, montrant ce qu'elle appelle une "dernière génération" de personnes africaines scarifiées car de nos jours cette pratique est souvent considérée comme barbare ou rétrograde.

Un-peu-plus-loin

J'ai pensé à ces visages aujourd'hui en visitant l'exposition de Stéphane Thidet à l'Abbaye de Maubuisson.
Le déplacement de ces lourdes pierres qui a produit les scarifications de la terre a modelé cet espace. Placés pourtant à l'horizontale, on ressent la pesanteur de ces rochers. J'ai vu dans ces sillons des larmes dont les extrémités se seraient pétrifiées dans leur course silencieuse contre la douleur.

Larmes

Il n'y a pas de larmes sur ces beaux visages, plutôt de la fierté. Pourtant, certains ressentent leurs cicatrices comme de la pesanteur parce qu'ils sont parfois ou peut-être souvent, exclus. Mis à l'écart d'une uniformité urbaine, écartés d'un monde...
On imagine les moines sur ces lits de l'abbaye eux aussi à l'écart d'un monde, pour le choix d'une vie austère mais voulue.
Et si l'on peut croire que l'espoir réside dans ces arbrisseaux bourgeonnant, images d'une nature nourricière, d'un printemps fertile, d'une jeunesse renaissante ; ceci n'est qu'un leurre.

Insomnies-stephane-tidet

Si les branches tendent vers le ciel et n'ont pas la pesanteur des pierres comme pouvait le ressentir Sisyphe, celles-ci portent les germes d'un fruit, à l’arôme poivré et légèrement amer mais surtout anaphrodisiaque.
Insomnies est le titre de cette installation qui entre dans le cadre de cette exposition intitulée Désert.
Alors à l'espace de paix, de méditation, de sérénité qu'on imagine en ces lieux, se substitue le vide, la solitude, la stérilité.
Mais quittant ces pensées sombres, je me souviens des lignes d'Albert Camus :

"Je laisse Sisyphe au bas de la montagne! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux".
Insomnies-gattilier


Photo 1 © Joana Choumali.
Autres photos de l'auteure, abbaye de Maubuisson, mars 2017.


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