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[fanfiction Harry Potter] Antje #13

Par Artemissia Gold @SongeD1NuitDete

Voici la seconde partie du chapitre précédent. Bonne lecture à tous !

Chapitre 13

Take this waltz

partie 2

Heureusement, pensai-je en voyant mes camarades se tortiller et bondir partout comme des babouins, que cette soirée de Noël n’avait rien d’officiel. Certains d’entre eux avaient l’air ridicule mais ce n’était pas le pire. Parmi les élèves, j’aperçus le professeur Franck danser une sorte de twist avec un bonhomme que je n’avais jamais vu. C’était un vieux d’au moins cinquante ans avec des cheveux gominés et une abominable petite moustache. Qu’est-ce que c’était que cet homme-là ? Quoiqu’il en soit, le regard aigu que posait McGonagall sur notre enseignante en Défense contre les forces du Mal valait son pesant d’or. Elle ne pouvait même pas tourner la tête sur le côté puisqu’à sa gauche se trouvait Hagrid, le garde-chasse, qui sifflait des verres de Bierreaubeurre de la taille d’un seau à ménage. Antje m’indiqua discrètement le partenaire de danse de Franck et me glissa :

« C’est son mari. »

Je m’étranglai. Venus Franck était une femme superbe. Elle aurait pu épouser n’importe quel homme et elle avait choisi cet espèce de vieux machin ?

« Au début des vacances, je les ai rencontrés tous les deux à Pré au Lard avec Lily, m’expliqua Antje. Ils faisaient leurs achats de Noël. Le professeur Franck était tellement contente que le directeur autorise son mari à venir à Poudlard pour les fêtes.

— Sans blagues, dis-je. Tu as vu la tête qu’il a ?

— Peut-être qu’il est très intelligent ou qu’il a beaucoup d’humour.

— Il ferait mieux de se raser. On dirait qu’il a une petite bestiole morte sous le nez. »

Je vis Antje secouer la tête et me demandai bien ce qu’elle pensait. Je repérai James et Remus un peu plus loin. Ils étaient assis dans un coin et discutaient en buvant du jus de fruits. Les deux sœurs Smith n’étaient pas là. Je pris Antje par le bras pour que nous puissions les rejoindre.

« Où sont Aegis et Pandora ? demanda Antje.

— Elles ont péroré à n’en plus finir sur l’attitude de Britta Hopkins, répondit James. Et puis elles ont repéré leurs frangines alors elles sont allées tout leur raconter.

— Je pense que tu t’es fait des copines, Antje, ajouta Remus. Elles disent que Hopkins exagère, que tu es tout à fait fréquentable mais elles ont aussi dit un truc à propos de tes cheveux que je n’ai pas bien compris. »

Antje leva les yeux au ciel et poussa un soupir.

« Le jour où les gens laisseront mes cheveux tranquilles, dit-elle, il neigera en enfer. Je déteste mes cheveux. Je voudrais les couper mais mes parents ne sont pas d’accord. »

J’eus bien envie de lui dire que je trouvais ses cheveux très beaux mais visiblement, le sujet était délicat. À ce moment-là, les sœurs Smith surgirent de nulle part et Aegis saisit James par les mains pour l’emmener danser.

« Je ne sais pas danser, s’écria mon meilleur ami d’une voix qui, curieusement, était d’un octave plus haute que d’habitude.

— T’inquiète, répondit la triplée en le traînant quasiment derrière elle. Moi, je sais. Tu n’as qu’à faire comme moi. »

Pandora s’assit à côté de Remus.

« Je ne te forcerai jamais à aller danser, lui dit-elle. D’abord, je n’ai pas le culot de ma sœur. Et puis j’ai horreur de ça. »

Le soulagement de Remus était palpable. Il offrit un verre de jus de citrouille à Pandora avec un sourire reconnaissant.

« Mes parents sont des snobinards, nous dit-elle. Ils nous font suivre des cours de danse de salon pendant l’été. C’est ennuyeux à mourir et notre professeur est une sorte de vieille ringarde qui ne jure que par Celestina Moldubec.

— Qui c’est ? demanda Antje qui, élevée chez les Moldus, ignorait tout un pan du patrimoine culturel sorcier qui pourtant ne brillait guère par sa richesse.

— Une chanteuse à succès, lui expliquai-je. Elle ne chante que des trucs niais et elle n’est vraiment pas rock and roll. »

Je comprenais le désarroi de Pandora Smith. Celestina Moldubec me cassait les oreilles à défaut de briser une autre partie de mon anatomie. En plus, même si elle aurait préféré que sa tête figure parmi celles des vieux elfes de maison dans notre cage d’escalier plutôt que de l’admettre, ma mère en était fan. Depuis tout petit, j’entendais jouer un Chaudron plein de passion en sourdine dans la chambre de ma génitrice. Quelle horreur. Un jour, quand j’avais huit ans, j’avais voulu jeter son Victrola ensorcelé par la fenêtre. Elle m’avait pris sur le fait et je m’étais pris la peignée de ma vie.

Il fallait admettre qu’Aegis Smith avait le sens du rythme. James la suivait tant bien que mal en ayant l’air assez mal à l’aise. Je ne pouvais décemment pas le laisser comme ça, aussi je proposai à Antje de le rejoindre sur la piste. « On n’aura jamais l’air aussi idiots que ceux-là », lui dis-je en indiquant un Serpentard patibulaire et sa compagne qui se tortillaient avec les pieds en canard. Elle hésita un peu mais finit par me suivre. James sembla se détendre en nous voyant arriver et au bout d’un moment, Aegis elle-même cessa de se prendre trop au sérieux. Je vis Antje suivre le rythme comme elle le pouvait en jetant régulièrement des coups d’œil autour d’elle comme si elle craignait les moqueries. Personne, pourtant, ne lui prêtait la moindre attention. Elle sortit donc de sa réserve et s’amusa avec les autres. J’étais content de la voir sourire, sa spontanéité et ses éclats de rire me firent chaud au cœur. Elle en eut pourtant assez un peu trop rapidement à mon goût et retourna s’asseoir avec Remus et Pandora qui n’avaient pas bougé. Je restai encore un peu avec James mais il ne tarda pas à me glisser : « Va rejoindre ta rouquine. Je vous retrouve bientôt, je commence à avoir mal aux pieds. » Le terme de “rouquine” me fit tiquer. Quel crétin. Il n’avait jamais donc fait attention aux cheveux d’Evans qui se posait là en matière de “rouquine” ?

Je retournai auprès donc auprès d’Antje qui discutait avec Remus tandis que Pandora les écoutait sans rien dire.

« Tout va bien ? demandai-je à la cantonade.

— J’ai mal aux pieds, dit Antje. Je donnerais n’importe quoi pour enlever mes chaussures. »

Pandora voulut voir les chaussures en question et s’extasia dessus quand Antje accepta de les lui montrer. J’échangeai un regard avec Remus. Non seulement la passion des filles pour les vêtements et les chaussures relevait du n’importe quoi mais en plus, elles se faisaient souffrir pour rien en portant des machins à talons hauts. Je n’arrivais même pas à imaginer comment Antje parvenait à marcher avec ça.

« Si elles te font si mal que ça, lui dis-je, tu n’as qu’à les enlever.

— Et qu’est-ce que je vais en faire ?

— Il y a une armure dans le couloir, tu n’as qu’à les mettre derrière et les reprendre après. »

Elle haussa les sourcils d’un air peu convaincu mais me suivit tout de même hors de la Grande Salle. Elle s’assit au pied de l’armure derrière laquelle je m’étais caché un peu plus tôt pour écouter sa conversation avec Lily Evans, retira ses chaussures et les cacha. Quand elle se releva, le contact du sol en marbre sous ses pieds nus la fit grimacer.

« J’espère que personne ne remarquera rien, dit-elle.

— Il n’y a pas de raison, dis-je. Viens. On y retourne. »

Notre absence n’avait duré que quelques minutes mais dans l’intervalle, la lumière des lustres avait baissé. La musique était plus lente et, dans l’ombre, des couples dansaient enlacés. Bien entendu, aucun geste inopportun ne serait à déplorer. Le corps enseignant veillait à ce que tout le monde se conduise correctement. Les relations se concrétiseraient plus tard, quand la musique s’arrêteraient et que les gens quitteraient la salle en douce pour s’accorder un peu d’intimité. Je m’efforçai de ne pas penser à tout ça et jetai un regard à Antje qui contemplait la piste.

« Est-ce que tu veux danser ? lui demandai-je d’une voix un peu trop rauque à mon goût.

— Oui, je veux bien », dit-elle dans un souffle.

Alors, dans un coin, au son d’une mélodie dont la niaiserie n’avait rien à envier à Celestina Moldubec, Antje posa ses mains sur mes épaules pour danser avec moi. Je lui enlaçai la taille et constatai qu’elle était crispée comme si elle avait peur. Je la serrai doucement contre moi et soufflai : « Détends-toi, tout va bien. » Avec un soupir, elle enfouit son visage dans mon cou. J’appuyai mon visage dans ses cheveux. Je fermai les yeux et me laissai envahir par une sorte de plénitude béate, comme si le fait de tenir Antje dans mes bras était la chose la plus naturelle du monde. J’avais l’impression que les battements de mon cœur étaient plus bruyants que la musique mais peu m’importait. Le fait de danser ne comptait même plus. Ce qui se passait à cet instant allait largement au-delà.

oOØOo

L’état de grâce prit fin à la lumière des lustres. De nouvelles bougies furent allumées et, à nouveau, la pièce fut brillamment éclairée. Je lâchai Antje et regardai autour de moi pour constater que beaucoup d’élèves avaient disparu. Ils devaient être partis se coucher ou chercher un peu d’isolement. Je vis les enseignants se lever pour renvoyer les gens dans les dortoirs. Slughorn, qui avait de toute évidence trop bu, gloussait comme un dindon et marchait un peu de guingois tandis que McGonagall lui jetait des regards désapprobateurs. Je cherchai Remus du regard et le vis assis au milieu de la fratrie Smith. James s’était volatilisé. Je rejoignis mon ami lycanthrope suivi d’Antje. Les quatre sœurs se levèrent et, en passant, l’une des triplées me glissa : « J’espère que tu seras plus correct avec elle que tu l’as été avec moi l’année dernière. » Je la regardai et l’identifiai grâce à ce que m’avait dit James quelques jours auparavant. Elle avait les ongles rongés. Je lui adressai donc un clin d’œil et un sourire ingénu en disant : « Bonne fin de soirée à toi aussi, Angélique. » Tandis qu’Antje fronçait les sourcils, Angélique Smith eut un regard surpris. L’instant d’après, elle avait disparu en compagnie de ses sœurs.

« Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? demanda Remus en étouffant un bâillement.

— Des bêtises, éludai-je. Où est James ?

— Il est allé se coucher. Il a dansé un peu avec Aegis pour le principe mais je crois qu’il n’a pas beaucoup aimé voir Lily Evans avec ce Pouffsouffle. »

Sur ces mots, il se leva et alla aider les profs à faire sortir les retardataires de la Grande Salle. En tant que préfet, il était obligé de participer à cette corvée.

« On devrait y aller, nous aussi, dit Antje. Il faut que je récupère mes chaussures. »

J’avais déjà oublié cette histoire de chaussures. Je remerciai Merlin de ne pas avoir marché sur les pieds d’Antje pendant que nous dansions parce que je lui aurais fait très mal. Je sortis donc avec elle dans le couloir. Les escarpins se trouvaient au pied de l’armure, presque dans le passage alors qu’Antje les avait caché derrière un peu plus tôt dans la soirée. Elle fronça les sourcils et je compris immédiatement ce qui se passait.

« Qu’est-ce que… ?

— Je crois que l’armure est occupée », dis-je à voix basse.

Antje eut un mouvement de recul. Je m’approchai discrètement, ramassai les chaussures et, au passage, je jetai un rapide coup d’œil derrière l’armure en question. Deux élèves de sixième année étaient là et ils se dévoraient mutuellement la figure. Je pris sur moi pour ne pas rougir parce qu’à mon sens, s’embrasser comme ça était presque indécent. Je rendis ses chaussures à Antje qui les enfila en grimaçant, puis je la pris par le bras et nous regagnâmes la tour de Gryffondor.

« Que t’a dit Angélique Smith ? me demanda-t-elle tandis que nous déambulions dans les couloirs.

— Rien de particulier, éludai-je une nouvelle fois. Pourquoi ? »

Elle ne répondit pas et évita mon regard. Son attitude me fit sourire.

« Tu es jalouse ?

— Ne sois pas idiot, Sirius », répondit-elle d’une voix un peu plus aiguë que d’habitude.

Je m’arrêtai et la pris par les épaules.

« Ecoute, lui dis-je. L’an dernier, j’ai invité Angélique à boire un café à Pré-au-Lard. Je n’ai pas arrêté de la confondre avec ses deux sœurs pendant tout le temps et je suis passé pour un imbécile. Ça n’a pas d’importance puisqu’elle ne m’intéressait pas vraiment. Elle a juste eu envie de me rappeler cette anecdote pour essayer de me flanquer la honte.

— Pourquoi tu es sorti avec elle si elle ne t’intéressait pas ? »

Je m’accordai une seconde de réflexion avant de répondre.

« Je ne suis pas vraiment sorti avec elle. On a juste pris un café. Je ne lui ai jamais demandé d’être ma copine ni quoi que ce soit du même genre. Je n’ai pas grand-chose en commun avec elle et elle n’est pas extraordinaire. »

Antje secoua la tête avec un sourire tordu.

« Cette conversation est très embarrassante, dit-elle.

— Je suis d’accord », approuvai-je.

Je laissai passer un silence. Peut-être était-il temps de faire quelque chose, ou de dire quelque chose puisque nous en étions à aborder ce genre de sujet.

« À ce propos, bredouillai-je, je voudrais que tu saches que… que je me sens plus proche de toi que de n’importe quelle autre fille. J’aime discuter avec toi. Et puis… quoiqu’en dise le ramassis d’abrutis qui fréquente cette école, tu es très jolie. Tu es même plus jolie qu’Angélique Smith qui n’est même pas exceptionnelle puisqu’elle a deux sœurs qui sont exactement comme elle. »

À la fin de mon discours, je me sentis rougir jusqu’aux oreilles. Oh bon sang, pensai-je, qu’est-ce que j’étais en train de raconter ? Antje piqua un fard et bégaya :

« Qu’est-ce que tu veux dire exactement ? »

Je ne répondis pas parce que j’étais incapable de lui dire le fond de ma pensée. Alors je me penchai sur elle et je l’embrassai.

Peut-être aurait-je été plus poli de lui demander la permission avant mais au point où j’en étais, je m’en moquais éperdument. Je mis fin au baiser un peu trop vite à mon goût mais nous nous trouvions au milieu d’un couloir et je n’avais pas très envie que Rusard ou d’autres élèves nous tombent dessus. Ç’aurait été trop gênant. Je souris à Antje et lui demandai :

« Est-ce que ça répond à ta question ? »

Elle acquiesça. A dire vrai, elle semblait surprise.

« Je ne m’attendais pas vraiment à ça, dit-elle. En fait, je ne m’attendais à rien du tout.

— Comme quoi, tout peut arriver, répondis-je en ayant l’impression de proférer le cliché le plus éculé de tous les temps.

— C’est vrai, mais je crois que j’en étais arrivée au point où je n’attendais plus rien de qui que ce soit.

— Eh bien tu avais tort. »

Elle sourit à son tour.

« Je crois que je viens de passer le moment le plus inattendu, le plus bizarre et le plus embarrassant de ma vie mais puisqu’on en est là… tu me plais beaucoup, Sirius. »

Je l’aurais volontiers embrassée une nouvelle fois mais nous ne pouvions pas nous attarder dans ce couloir. Alors je la pris par la main et nous repartîmes vers la tour de Gryffondor.

Devant le portrait de la Grosse Dame s’amassait une foule d’élèves qui se bousculaient les uns les autres. Antje voulut me lâcher la main mais je l’en empêchai en serrant fermement ses doigts entre les miens. Je repérai un type de l’équipe de Quidditch qui était là avec sa nouvelle conquête et lui demandai ce qui se passait.

« La Grosse Dame est ivre-morte, me répondit-il. Elle nous fait le coup tous les ans, c’est d’un pénible… »

Je n’eus pas le temps de répondre. Une Lily Evans au regard exaspéré fendit le groupe d’élèves en glapissant « Poussez-vous » à quiconque se trouvait sur son chemin. Deux minutes plus tard, elle s’adressait au tableau d’une voix forte :

« Debout ! Vous devriez avoir honte ! Vous buvez comme un trou et vous nous empêchez tous d’aller dormir. En plus, l’alcool est mauvais pour le teint. »

À mes côtés, Antje gloussa. La créature maflue du tableau croassa quelque chose que je n’entendis pas puis le tableau bascula. Tout le monde se dépêcha de rentrer dans la salle commune et je lâchai la main d’Antje juste avant de passer par le trou du portrait. Dans un premier temps, j’aimais autant que personne ne sache ce qui s’était passé l’instant d’avant et il était fort probable qu’elle soit du même avis que moi. Juste avant de monter dans le dortoir des filles, elle me sourit et me dit :

« Finalement, ce n’était pas une si mauvaise idée de rester ici pour Noël.

— Je te l’avais dit. »

Je faisais mine d’être content de moi mais j’étais trop fier pour lui avouer que cette soirée m’avait angoissé durant des semaines et qui si les circonstances ne s’y étaient pas prêtées, je n’aurais rien fait. Dans tous les cas, j’étais content d’être parvenu à lui changer les idées. J’avais tenu plus que tout à lui faire oublier ses soucis et de ce point de vue, j’avais parfaitement réussi mon coup. Le reste n’était qu’une cerise sur le gâteau.

Une grosse cerise sur un délicieux gâteau.

Antje m’adressa un dernier sourire, me souhaita une bonne nuit et disparut dans l’escalier. Je montai me coucher à mon tour. J’étais trop épuisé pour réfléchir mais une chose était certaine.

J’étais heureux.

Voici la seconde partie du chapitre précédent. Bonne lecture à tous !

Chapitre 13

Take this waltz

partie 2

Heureusement, pensai-je en voyant mes camarades se tortiller et bondir partout comme des babouins, que cette soirée de Noël n’avait rien d’officiel. Certains d’entre eux avaient l’air ridicule mais ce n’était pas le pire. Parmi les élèves, j’aperçus le professeur Franck danser une sorte de twist avec un bonhomme que je n’avais jamais vu. C’était un vieux d’au moins cinquante ans avec des cheveux gominés et une abominable petite moustache. Qu’est-ce que c’était que cet homme-là ? Quoiqu’il en soit, le regard aigu que posait McGonagall sur notre enseignante en Défense contre les forces du Mal valait son pesant d’or. Elle ne pouvait même pas tourner la tête sur le côté puisqu’à sa gauche se trouvait Hagrid, le garde-chasse, qui sifflait des verres de Bierreaubeurre de la taille d’un seau à ménage. Antje m’indiqua discrètement le partenaire de danse de Franck et me glissa :

« C’est son mari. »

Je m’étranglai. Venus Franck était une femme superbe. Elle aurait pu épouser n’importe quel homme et elle avait choisi cet espèce de vieux machin ?

« Au début des vacances, je les ai rencontrés tous les deux à Pré au Lard avec Lily, m’expliqua Antje. Ils faisaient leurs achats de Noël. Le professeur Franck était tellement contente que le directeur autorise son mari à venir à Poudlard pour les fêtes.

— Sans blagues, dis-je. Tu as vu la tête qu’il a ?

— Peut-être qu’il est très intelligent ou qu’il a beaucoup d’humour.

— Il ferait mieux de se raser. On dirait qu’il a une petite bestiole morte sous le nez. »

Je vis Antje secouer la tête et me demandai bien ce qu’elle pensait. Je repérai James et Remus un peu plus loin. Ils étaient assis dans un coin et discutaient en buvant du jus de fruits. Les deux sœurs Smith n’étaient pas là. Je pris Antje par le bras pour que nous puissions les rejoindre.

« Où sont Aegis et Pandora ? demanda Antje.

— Elles ont péroré à n’en plus finir sur l’attitude de Britta Hopkins, répondit James. Et puis elles ont repéré leurs frangines alors elles sont allées tout leur raconter.

— Je pense que tu t’es fait des copines, Antje, ajouta Remus. Elles disent que Hopkins exagère, que tu es tout à fait fréquentable mais elles ont aussi dit un truc à propos de tes cheveux que je n’ai pas bien compris. »

Antje leva les yeux au ciel et poussa un soupir.

« Le jour où les gens laisseront mes cheveux tranquilles, dit-elle, il neigera en enfer. Je déteste mes cheveux. Je voudrais les couper mais mes parents ne sont pas d’accord. »

J’eus bien envie de lui dire que je trouvais ses cheveux très beaux mais visiblement, le sujet était délicat. À ce moment-là, les sœurs Smith surgirent de nulle part et Aegis saisit James par les mains pour l’emmener danser.

« Je ne sais pas danser, s’écria mon meilleur ami d’une voix qui, curieusement, était d’un octave plus haute que d’habitude.

— T’inquiète, répondit la triplée en le traînant quasiment derrière elle. Moi, je sais. Tu n’as qu’à faire comme moi. »

Pandora s’assit à côté de Remus.

« Je ne te forcerai jamais à aller danser, lui dit-elle. D’abord, je n’ai pas le culot de ma sœur. Et puis j’ai horreur de ça. »

Le soulagement de Remus était palpable. Il offrit un verre de jus de citrouille à Pandora avec un sourire reconnaissant.

« Mes parents sont des snobinards, nous dit-elle. Ils nous font suivre des cours de danse de salon pendant l’été. C’est ennuyeux à mourir et notre professeur est une sorte de vieille ringarde qui ne jure que par Celestina Moldubec.

— Qui c’est ? demanda Antje qui, élevée chez les Moldus, ignorait tout un pan du patrimoine culturel sorcier qui pourtant ne brillait guère par sa richesse.

— Une chanteuse à succès, lui expliquai-je. Elle ne chante que des trucs niais et elle n’est vraiment pas rock and roll. »

Je comprenais le désarroi de Pandora Smith. Celestina Moldubec me cassait les oreilles à défaut de briser une autre partie de mon anatomie. En plus, même si elle aurait préféré que sa tête figure parmi celles des vieux elfes de maison dans notre cage d’escalier plutôt que de l’admettre, ma mère en était fan. Depuis tout petit, j’entendais jouer un Chaudron plein de passion en sourdine dans la chambre de ma génitrice. Quelle horreur. Un jour, quand j’avais huit ans, j’avais voulu jeter son Victrola ensorcelé par la fenêtre. Elle m’avait pris sur le fait et je m’étais pris la peignée de ma vie.

Il fallait admettre qu’Aegis Smith avait le sens du rythme. James la suivait tant bien que mal en ayant l’air assez mal à l’aise. Je ne pouvais décemment pas le laisser comme ça, aussi je proposai à Antje de le rejoindre sur la piste. « On n’aura jamais l’air aussi idiots que ceux-là », lui dis-je en indiquant un Serpentard patibulaire et sa compagne qui se tortillaient avec les pieds en canard. Elle hésita un peu mais finit par me suivre. James sembla se détendre en nous voyant arriver et au bout d’un moment, Aegis elle-même cessa de se prendre trop au sérieux. Je vis Antje suivre le rythme comme elle le pouvait en jetant régulièrement des coups d’œil autour d’elle comme si elle craignait les moqueries. Personne, pourtant, ne lui prêtait la moindre attention. Elle sortit donc de sa réserve et s’amusa avec les autres. J’étais content de la voir sourire, sa spontanéité et ses éclats de rire me firent chaud au cœur. Elle en eut pourtant assez un peu trop rapidement à mon goût et retourna s’asseoir avec Remus et Pandora qui n’avaient pas bougé. Je restai encore un peu avec James mais il ne tarda pas à me glisser : « Va rejoindre ta rouquine. Je vous retrouve bientôt, je commence à avoir mal aux pieds. » Le terme de “rouquine” me fit tiquer. Quel crétin. Il n’avait jamais donc fait attention aux cheveux d’Evans qui se posait là en matière de “rouquine” ?

Je retournai auprès donc auprès d’Antje qui discutait avec Remus tandis que Pandora les écoutait sans rien dire.

« Tout va bien ? demandai-je à la cantonade.

— J’ai mal aux pieds, dit Antje. Je donnerais n’importe quoi pour enlever mes chaussures. »

Pandora voulut voir les chaussures en question et s’extasia dessus quand Antje accepta de les lui montrer. J’échangeai un regard avec Remus. Non seulement la passion des filles pour les vêtements et les chaussures relevait du n’importe quoi mais en plus, elles se faisaient souffrir pour rien en portant des machins à talons hauts. Je n’arrivais même pas à imaginer comment Antje parvenait à marcher avec ça.

« Si elles te font si mal que ça, lui dis-je, tu n’as qu’à les enlever.

— Et qu’est-ce que je vais en faire ?

— Il y a une armure dans le couloir, tu n’as qu’à les mettre derrière et les reprendre après. »

Elle haussa les sourcils d’un air peu convaincu mais me suivit tout de même hors de la Grande Salle. Elle s’assit au pied de l’armure derrière laquelle je m’étais caché un peu plus tôt pour écouter sa conversation avec Lily Evans, retira ses chaussures et les cacha. Quand elle se releva, le contact du sol en marbre sous ses pieds nus la fit grimacer.

« J’espère que personne ne remarquera rien, dit-elle.

— Il n’y a pas de raison, dis-je. Viens. On y retourne. »

Notre absence n’avait duré que quelques minutes mais dans l’intervalle, la lumière des lustres avait baissé. La musique était plus lente et, dans l’ombre, des couples dansaient enlacés. Bien entendu, aucun geste inopportun ne serait à déplorer. Le corps enseignant veillait à ce que tout le monde se conduise correctement. Les relations se concrétiseraient plus tard, quand la musique s’arrêteraient et que les gens quitteraient la salle en douce pour s’accorder un peu d’intimité. Je m’efforçai de ne pas penser à tout ça et jetai un regard à Antje qui contemplait la piste.

« Est-ce que tu veux danser ? lui demandai-je d’une voix un peu trop rauque à mon goût.

— Oui, je veux bien », dit-elle dans un souffle.

Alors, dans un coin, au son d’une mélodie dont la niaiserie n’avait rien à envier à Celestina Moldubec, Antje posa ses mains sur mes épaules pour danser avec moi. Je lui enlaçai la taille et constatai qu’elle était crispée comme si elle avait peur. Je la serrai doucement contre moi et soufflai : « Détends-toi, tout va bien. » Avec un soupir, elle enfouit son visage dans mon cou. J’appuyai mon visage dans ses cheveux. Je fermai les yeux et me laissai envahir par une sorte de plénitude béate, comme si le fait de tenir Antje dans mes bras était la chose la plus naturelle du monde. J’avais l’impression que les battements de mon cœur étaient plus bruyants que la musique mais peu m’importait. Le fait de danser ne comptait même plus. Ce qui se passait à cet instant allait largement au-delà.

oOØOo

L’état de grâce prit fin à la lumière des lustres. De nouvelles bougies furent allumées et, à nouveau, la pièce fut brillamment éclairée. Je lâchai Antje et regardai autour de moi pour constater que beaucoup d’élèves avaient disparu. Ils devaient être partis se coucher ou chercher un peu d’isolement. Je vis les enseignants se lever pour renvoyer les gens dans les dortoirs. Slughorn, qui avait de toute évidence trop bu, gloussait comme un dindon et marchait un peu de guingois tandis que McGonagall lui jetait des regards désapprobateurs. Je cherchai Remus du regard et le vis assis au milieu de la fratrie Smith. James s’était volatilisé. Je rejoignis mon ami lycanthrope suivi d’Antje. Les quatre sœurs se levèrent et, en passant, l’une des triplées me glissa : « J’espère que tu seras plus correct avec elle que tu l’as été avec moi l’année dernière. » Je la regardai et l’identifiai grâce à ce que m’avait dit James quelques jours auparavant. Elle avait les ongles rongés. Je lui adressai donc un clin d’œil et un sourire ingénu en disant : « Bonne fin de soirée à toi aussi, Angélique. » Tandis qu’Antje fronçait les sourcils, Angélique Smith eut un regard surpris. L’instant d’après, elle avait disparu en compagnie de ses sœurs.

« Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? demanda Remus en étouffant un bâillement.

— Des bêtises, éludai-je. Où est James ?

— Il est allé se coucher. Il a dansé un peu avec Aegis pour le principe mais je crois qu’il n’a pas beaucoup aimé voir Lily Evans avec ce Pouffsouffle. »

Sur ces mots, il se leva et alla aider les profs à faire sortir les retardataires de la Grande Salle. En tant que préfet, il était obligé de participer à cette corvée.

« On devrait y aller, nous aussi, dit Antje. Il faut que je récupère mes chaussures. »

J’avais déjà oublié cette histoire de chaussures. Je remerciai Merlin de ne pas avoir marché sur les pieds d’Antje pendant que nous dansions parce que je lui aurais fait très mal. Je sortis donc avec elle dans le couloir. Les escarpins se trouvaient au pied de l’armure, presque dans le passage alors qu’Antje les avait caché derrière un peu plus tôt dans la soirée. Elle fronça les sourcils et je compris immédiatement ce qui se passait.

« Qu’est-ce que… ?

— Je crois que l’armure est occupée », dis-je à voix basse.

Antje eut un mouvement de recul. Je m’approchai discrètement, ramassai les chaussures et, au passage, je jetai un rapide coup d’œil derrière l’armure en question. Deux élèves de sixième année étaient là et ils se dévoraient mutuellement la figure. Je pris sur moi pour ne pas rougir parce qu’à mon sens, s’embrasser comme ça était presque indécent. Je rendis ses chaussures à Antje qui les enfila en grimaçant, puis je la pris par le bras et nous regagnâmes la tour de Gryffondor.

« Que t’a dit Angélique Smith ? me demanda-t-elle tandis que nous déambulions dans les couloirs.

— Rien de particulier, éludai-je une nouvelle fois. Pourquoi ? »

Elle ne répondit pas et évita mon regard. Son attitude me fit sourire.

« Tu es jalouse ?

— Ne sois pas idiot, Sirius », répondit-elle d’une voix un peu plus aiguë que d’habitude.

Je m’arrêtai et la pris par les épaules.

« Ecoute, lui dis-je. L’an dernier, j’ai invité Angélique à boire un café à Pré-au-Lard. Je n’ai pas arrêté de la confondre avec ses deux sœurs pendant tout le temps et je suis passé pour un imbécile. Ça n’a pas d’importance puisqu’elle ne m’intéressait pas vraiment. Elle a juste eu envie de me rappeler cette anecdote pour essayer de me flanquer la honte.

— Pourquoi tu es sorti avec elle si elle ne t’intéressait pas ? »

Je m’accordai une seconde de réflexion avant de répondre.

« Je ne suis pas vraiment sorti avec elle. On a juste pris un café. Je ne lui ai jamais demandé d’être ma copine ni quoi que ce soit du même genre. Je n’ai pas grand-chose en commun avec elle et elle n’est pas extraordinaire. »

Antje secoua la tête avec un sourire tordu.

« Cette conversation est très embarrassante, dit-elle.

— Je suis d’accord », approuvai-je.

Je laissai passer un silence. Peut-être était-il temps de faire quelque chose, ou de dire quelque chose puisque nous en étions à aborder ce genre de sujet.

« À ce propos, bredouillai-je, je voudrais que tu saches que… que je me sens plus proche de toi que de n’importe quelle autre fille. J’aime discuter avec toi. Et puis… quoiqu’en dise le ramassis d’abrutis qui fréquente cette école, tu es très jolie. Tu es même plus jolie qu’Angélique Smith qui n’est même pas exceptionnelle puisqu’elle a deux sœurs qui sont exactement comme elle. »

À la fin de mon discours, je me sentis rougir jusqu’aux oreilles. Oh bon sang, pensai-je, qu’est-ce que j’étais en train de raconter ? Antje piqua un fard et bégaya :

« Qu’est-ce que tu veux dire exactement ? »

Je ne répondis pas parce que j’étais incapable de lui dire le fond de ma pensée. Alors je me penchai sur elle et je l’embrassai.

Peut-être aurait-je été plus poli de lui demander la permission avant mais au point où j’en étais, je m’en moquais éperdument. Je mis fin au baiser un peu trop vite à mon goût mais nous nous trouvions au milieu d’un couloir et je n’avais pas très envie que Rusard ou d’autres élèves nous tombent dessus. Ç’aurait été trop gênant. Je souris à Antje et lui demandai :

« Est-ce que ça répond à ta question ? »

Elle acquiesça. A dire vrai, elle semblait surprise.

« Je ne m’attendais pas vraiment à ça, dit-elle. En fait, je ne m’attendais à rien du tout.

— Comme quoi, tout peut arriver, répondis-je en ayant l’impression de proférer le cliché le plus éculé de tous les temps.

— C’est vrai, mais je crois que j’en étais arrivée au point où je n’attendais plus rien de qui que ce soit.

— Eh bien tu avais tort. »

Elle sourit à son tour.

« Je crois que je viens de passer le moment le plus inattendu, le plus bizarre et le plus embarrassant de ma vie mais puisqu’on en est là… tu me plais beaucoup, Sirius. »

Je l’aurais volontiers embrassée une nouvelle fois mais nous ne pouvions pas nous attarder dans ce couloir. Alors je la pris par la main et nous repartîmes vers la tour de Gryffondor.

Devant le portrait de la Grosse Dame s’amassait une foule d’élèves qui se bousculaient les uns les autres. Antje voulut me lâcher la main mais je l’en empêchai en serrant fermement ses doigts entre les miens. Je repérai un type de l’équipe de Quidditch qui était là avec sa nouvelle conquête et lui demandai ce qui se passait.

« La Grosse Dame est ivre-morte, me répondit-il. Elle nous fait le coup tous les ans, c’est d’un pénible… »

Je n’eus pas le temps de répondre. Une Lily Evans au regard exaspéré fendit le groupe d’élèves en glapissant « Poussez-vous » à quiconque se trouvait sur son chemin. Deux minutes plus tard, elle s’adressait au tableau d’une voix forte :

« Debout ! Vous devriez avoir honte ! Vous buvez comme un trou et vous nous empêchez tous d’aller dormir. En plus, l’alcool est mauvais pour le teint. »

À mes côtés, Antje gloussa. La créature maflue du tableau croassa quelque chose que je n’entendis pas puis le tableau bascula. Tout le monde se dépêcha de rentrer dans la salle commune et je lâchai la main d’Antje juste avant de passer par le trou du portrait. Dans un premier temps, j’aimais autant que personne ne sache ce qui s’était passé l’instant d’avant et il était fort probable qu’elle soit du même avis que moi. Juste avant de monter dans le dortoir des filles, elle me sourit et me dit :

« Finalement, ce n’était pas une si mauvaise idée de rester ici pour Noël.

— Je te l’avais dit. »

Je faisais mine d’être content de moi mais j’étais trop fier pour lui avouer que cette soirée m’avait angoissé durant des semaines et qui si les circonstances ne s’y étaient pas prêtées, je n’aurais rien fait. Dans tous les cas, j’étais content d’être parvenu à lui changer les idées. J’avais tenu plus que tout à lui faire oublier ses soucis et de ce point de vue, j’avais parfaitement réussi mon coup. Le reste n’était qu’une cerise sur le gâteau.

Une grosse cerise sur un délicieux gâteau.

Antje m’adressa un dernier sourire, me souhaita une bonne nuit et disparut dans l’escalier. Je montai me coucher à mon tour. J’étais trop épuisé pour réfléchir mais une chose était certaine.


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