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« Les Délices » de Damien MacDonald

Publié le 11 mars 2017 par Savatier

L’artiste Damien MacDonald n’a pas ménagé ses efforts pour commémorer les 500 ans de la disparition de Jérôme Bosch. Sous le titre Les Délices, il propose, à la galerie 24b (24 bis, rue Saint Roch, 75001) une exposition de 500 dessins sur papier réalisés à l’encre de Chine, fruits, comme on peut l’imaginer, d’un long travail et, surtout, d’une intense réflexion sur l’art.

« Les Délices » de Damien MacDonald

Sa plume, d’une précision impeccable, court sur le papier, crée un univers onirique, peuplé d’animaux fabuleux, d’êtres hybrides (anthropomorphes, zoomorphes, mixtes, hermaphrodites…), de figures érotiques ou inquiétantes. S’y rassemblent tout ce qui forme un esprit humain : rêves, fantasmes, peurs, délires, quêtes et chimères. Le trait est fin et sûr. Parfois épuré, il laisse une large place à la page blanche, parfois, dans le foisonnement du graphisme, s’entremêlent objets et personnages dans un désordre qui n’est qu’apparent, tant la composition finit par révéler sa logique, aussi mystérieuse que, souvent, humoristique.

Le spectateur s’initie progressivement au long de son parcours, d’abord au rez-de-chaussée de la galerie, puis dans le labyrinthe des caves. Aucun fil rouge narratif ne le guide ; l’artiste, dont le choix d’accrochage n’est aucunement absent, lui laisse l’entière liberté d’embarquer pour son propre voyage intérieur, car chaque dessin s’expose dans toute son autonomie.

« Les Délices » de Damien MacDonald

Dès lors, les champs d’interprétation se multiplient ; ils dépendent de chacun. Les uns établiront leurs propres narrations, pour d’autres, apparaitront de nombreuses passerelles vers des mondes insoupçonnés, qu’ils relèvent de l’histoire des cultures en provenance des cinq continents ou de l’histoire de l’Art.

Car une observation attentive des dessins ne met pas seulement en lumière les liens – innombrables – dressés vers les « drôleries » et autres « diableries » de Jérôme Bosch ; d’autres existent, qui convoquent Chirico, Max Ernst, Le Caravage, Odilon Redon et ses visions terrifiantes, Granville et son bestiaire, le Bauhaus, les surréalistes. Le sacré et le profane se rencontrent et coopèrent plus qu’ils ne s’affrontent. Les références, discrètes ou plus marquées, à l’Inde, la Chine, le Japon, aux figures précolombiennes, aux mythologies issues des deux rives de la Méditerranée abondent et si Hermès s’offre à l’œil de l’observateur, c’est bien l’Hermès trismégiste des alchimistes qui s’adresse à lui, bien entendu dans la langue des oiseaux. Un derviche tourneur, une fontaine ubérale, le Tres de mayo de Goya surgissent, des êtres bizarres volent dans un ciel dégagé, de curieux humains naviguent dans des barques en forme de hot dog, des corps nus s’ébattent aussi joyeusement que dans le panneau central du Jardin des délices.

« Les Délices » de Damien MacDonald

Devant, pour reprendre le mot d’André Breton, cette « production des images du rêve », très universelles, riches de références anciennes et contemporaines, dont certaines se présentent, finalement, comme des miroirs, le regardeur retrouvera toujours quelque part son propre univers fantastique, onirique, au point qu’il se demandera par quel sortilège Damien MacDonald a pu si facilement le percer à jour.

Illustrations : Les Délices, © Damien MacDonald.


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