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Lentement, le soir dernier

Publié le 12 mars 2017 par Morduedetheatre @_MDT_

Critique de Soudain l’été dernier, de Tennesse Williams, vue le 11 mars 2017 au Théâtre de l’Odéon
Avec Jean-Baptiste Anoumon, Océane Cairaty, Virginie Colemyn, Boutaïna El Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel, et Marie Rémond, dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig

Ce spectacle signe pas mal de premières fois : c’est mon premier Tennesse Williams, mais c’est également la première proposition de Braunschweig en tant que directeur du Théâtre de l’Europe. Première mise à l’épreuve pour le metteur en scène, donc, qui propose une version de la pièce fidèle mais un peu pâle, et peine à faire éclater un texte qui semble pourtant cacher de nombreux thèmes controversés et passionnants : passion destructrice, folie, vision du poète, homosexualité. On se contente de les survoler, et c’est dommage.

Je découvre en Tennesse Williams un auteur dont les thèmes abordés ne sont pas pour me déplaire. Dans Soudain, l’été dernier, il met en scène Violett, mère de Sebastien, décédé l’été précédent. Avant cette mort prématurée, ils étaient sans cesse collés l’un à l’autre, voyageant ensemble, elle se pensait essentielle dans l’inspiration de ce fils poète qu’elle chérissait. Elle ne cesse depuis de pleurer sa mort, et tient à faire interner sa nièce Catherine, seule témoin lors de sa mort, et qui invente des histoires abracadabrantes sur les circonstances de la disparition de Sebastien. Seulement, le médecin à qui elle présente Catherine en vue d’une lobotomie ne la trouve pas si folle, et fait en sorte d’arriver à arracher à la jeune fille le secret des circonstances de la mort de Sebastien.

Certes, je connais assez mal l’univers de Tennesse Williams. Je l’ai découvert à travers ce spectacle, et j’ai ressenti une profondeur, une tension, une étrangeté très particulière. On y trouve des images étonnantes au premier abord, des parallèles bien construits, une histoire qui parvient à tenir le spectateur en haleine. Une atmosphère somme toute assez pesante, et qui aurait eu encore plus à donner si elle n’avait pas été bridée par le metteur en scène. Je pense par exemple au jeu de Luce Mouchel. Si juste. Mais qui aurait pu être terrifiant, presque possédé. Elle semble avoir beaucoup plus à donner que ce que la direction d’acteur lui a dicté. Tous les acteurs semblent avoir peur des silences. La tension est créée par le texte, l’atmosphère aussi, mais la mise en scène reste trop superficielle pour toucher réellement. La folie gagne à être vécue, plus qu’à être jouée. De ce côté-là, malheureusement, je suis restée sur ma faim.

En effet, aux côtés de Luce Mouchel, les acteurs sont plutôt… composites. Je pense à Jean-Baptiste Anoumon, trop proche de son texte, qui ne parvient pas à décoller et campe un docteur trop peu réactif aux assertions de ses malades. Étonnée de constater comme certaines des répliques de Luce Mouchel pouvaient créer si peu de réaction chez lui, et comme son ton restait si monotone au fil des discussions… Néanmoins il faut souligner qu’il clôture le spectacle avec brio. Étonnée également comme Marie Rémond amène son histoire finale. Ce devrait être l’acmé du spectacle. Mais ça s’essouffle car l’histoire est apprise, elle est récitée, on ne la voit pas dans ses yeux… En revanche, les rôles plus secondaires sont parfaitement assurés par Glenn Marausse, Océane Cairaty, Virginie Colemyn, Boutaïna El Fekkak, qui évoluent chacun autour d’un trait particulier de leur personnage, jurant avec la folie complexe et hétérogènes des personnages principales.

Pourtant, il y a de très beaux moments. De manière générale, le décor est magnifique, tout autant que les lumières, qui guident le spectacle. De même, la scène initiale, où ce rideau de douche étrange qui créait le 4e mur se décore soudainement de rouge, nous faisant progressivement rentrer dans cette chimère qu’est la réalité proposée par Tennesse Williams. Il arrive à faire percevoir les aspects quelque peu mystiques, étranges et inhabituels des situations qui sont jouées sous nos yeux. Mais je trouve qu’il rate la tension, la profondeur, la folie.

On en attendait plus de Braunschweig, donc les côtés intello et analyste briment un texte qui aurait eu plus à donner. Dommage. 



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