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[Interview] Keyvan Sheikhalishahi : portrait d'un cinéaste très précoce

Par Bottines

Puisqu'il est toujours bon de s'inspirer de parcours de passionnés, je suis allée poser quelques questions à Keyvan Sheikhalishahi , un étudiant en cinéma et blogueur d'à peine 19 ans, qui a déjà réalisé plusieurs films de façon complètement autodidacte ! Parmi ces derniers, un moyen-métrage réalisé artisanalement puis un court-métrage, Vesper, dans lequel il a convaincu un comédien de La Liste de Schindler de jouer. Portrait de ce cinéaste en herbe qui a des ressources... et de l'avenir !

Tu as tourné ton 1er moyen métrage à 16 ans, Turba, pour lequel tu as fait tourner les membres de ta famille et tu as occupé tous les postes techniques. Comment est-ce possible ? Où avais-tu appris ?

Oui... pendant quelques années, j'ai réalisé un film tous les étés. Au début, je faisais avec les moyens du bord et quand j'écrivais les scénarios, je faisais aussi en fonction des décors que j'avais. J'ai appris par moi-même petit à petit, j'ai regardé des tutoriels sur internet pour le montage et la partie informatique et tout ce qui est caméra etc j'ai appris sur le tas. Par exemple, les lumières, je les plaçais et je regardais à l'écran si ça faisait bien ou pas !

Turba durait 1 heure. J'imagine qu'en terme de travail, notamment pour le montage, ça a du être énorme non ?

En fait, je tournais et je montais directement le soir. C'était très intense mais court. Parfois je faisais des nuits blanches, pendant un mois je n'ai fait que ça. D'où le fait que ma mère ne voulait pas que je tourne de film pendant les vacances précédant l'année du bac !

[Interview] Keyvan Sheikhalishahi : portrait d'un cinéaste très précoce
Tu n'avais jamais pris de cours de cinéma ?

J'ai juste fait un stage de deux semaines avant Turba, un stage de directeur de casting. ça m'a aidé à savoir comment contacter les acteurs. Pour Turba, les acteurs étaient mes grands-parents, mais pour Vesper (ndlr son 2ème film, un court-métrage) c'était un projet complètement différent.

Pour Vesper, tu as réussi à t'entourer de professionnels du cinéma, comment on fait pour convaincre par exemple les acteurs ?

Agnès Godey, je l'ai vue par hasard sur internet et je me suis dit qu'elle convenait parfaitement au personnage. Je l'ai demandée en amie sur facebook, on s'est tout de suite bien entendu, et elle a accepté car le scénario et le personnage lui ont plu. Je n'ai contacté aucune autre personne pour ce rôle. Götz Otto, j'ai contacté son agent qui m'a présenté l'acteur et les choses se sont faites ensuite. Il a beaucoup aimé le personnage et ça l'intéressait aussi de tourner avec un jeune.

Tu as presque tout fait dans ce film ?

J'ai fait le scénario, la réalisation, les costumes, les décors, le design des affiches, j'ai monté les bandes-annonces.... Je peux pas écrire un scénario sans réaliser, ni réaliser un scénario que je n'ai pas écrit même si je suis toujours en discussion avec les gens de mon équipe, mais en général j'ai une idée précise sur la musique, la lumière etc que je veux.

[Interview] Keyvan Sheikhalishahi : portrait d'un cinéaste très précoce
Vesper a j'imagine nécessité beaucoup de travail au niveau technique et du coup un certain budget, comment on fait ?

J'essaie de tout négocier, avec des partenaires hôteliers et pour le matériel, sauf les salaires bien sûr car je respecte la convention officielle. Et puis ma famille et les gens que je connais ont un peu contribué...

Tu as 18 ans, donc tu sors tout juste d'un parcours scolaire classique, là tu viens juste d'entrer à la fac... que fais-tu ?

Je suis en cinéma à la Sorbonne Nouvelle. C'est très théorique car il n'y a pas de pratique. Ça m'arrange car je voulais avoir un bagage culturel, il y a toujours des choses qu'on ne connaît pas. Il y a des périodes et des genres cinématographiques que je connais bien et d'autres que je ne connais pas, donc ça me permet d'avoir un bagage culturel plus complet.

Quels sont les périodes et les genres cinématographiques qui t'intéressent le plus ?

Toute la période hollywoodienne classique, puis les années 80 et 90. J'aime aussi les thrillers, car ils offrent un équilibre intéressant entre le suspense et les enjeux psychologiques et parfois sociaux. C'est souvent subtil, mais quand on analyse bien, c'est intéressant.

Comment est née ta passion pour le cinéma ?

J'aime le cinéma depuis que j'ai 3 ans. Le premier film qu'on m'a offert en DVD est Le monde ne suffit pas, l'un des James Bond. Et j'ai vu très jeune Un monde parfait de Clint Eastwood, Body Guard et quelques thrillers. J'étais déjà obsédé par la question de la construction du film : comment se passaient les doublures, les effets spéciaux etc. Et pour certains films je faisais des story boards. J'avais 6 ou 7 ans. Ensuite entre 8 et 12 ans, j'ai écrit une dizaine de romans policiers que je gardais pour moi. Et chacun faisait une centaine de pages, je faisais un plan, des fiches de personnages etc. J'ai pensé d'abord en terme d'histoires, de BD puis de films...Je crois que c'est comme ça que c'est venu. Mais je me suis rendu compte ensuite que les histoires que j'écrivais, je les imaginais déjà en tant que films. Je voyais des personnes jouer, des musiques, des décors etc...

Quels sont les réalisateurs que tu admires ?

Il y a peu de réalisateurs dont j'admire toute la carrière finalement à part Hitchcock, peut être Paul Verhoeven pour quelques films, David Linch pour quelques films, David Fincher également ainsi que certains réalisateurs de la période hollywoodienne classique. C'est surtout les acteurs dont j'aime en général toute la filmographie : Kevin Costner, Pierce Brosnan, Richard Gere, Michael Douglas, Sharon Stone, Kim Basinger, Nicole Kidman, Audrey Hepburn, Eva Green et pour les français, Berenice Marlohe, qui même sur le plan humain doit être formidable, - elle me fascine -, Jean Reno, Isabelle Huppert qui me donne parfois quelques frissons, dans Valley of love par exemple, qui est l'un de mes films français préférés...

[Interview] Keyvan Sheikhalishahi : portrait d'un cinéaste très précoce
Tu tiens un blog, Fenêtre sur écran, sur lequel tu écris des critiques de films, ce qui t'a valu d'être invité dans l'émission de Beigbeider Le cercle puis de participer aux Golden blog awards...

C'est plus trop des critiques de films, car je n'aime pas la critique facile. Il y a juste une chose que je n'aime pas, c'est la triche, c'est le fond vert, le numérique. C'est pour ça que j'aime les James Bond. Pour Vesper par exemple, je suis allé chercher de vraies images d'étoiles, je ne suis pas allé les récréer. Le fond vert c'est bien, mais il ne faut pas en abuser.

Sur mon blog, il y a aussi des analyses de films, pour comprendre comment on construit un scénario, comment on créé les personnages, et comment on met en images le processus narratif. J'ai été invité sur le plateau de Beigbeider pour parler du film Spectre, puis j'ai été nommé aux Golden blog awards en 2015 dans la catégorie cinéma. J'ai été juré du même concours par la suite...

Y-a-t'il une expression ou une devise qui te motive dans la vie ?

Pas une devise mais une philosophie : vouloir et travailler. À plusieurs moments de ma vie ça a donné de bons résultats. Par exemple j'ai été mauvais en physique en terminale, et je voulais absolument de très bonnes notes et j'ai travaillé jours et nuits et j'ai triplé ma note !


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