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Les souvenirs de lecture

Par Anne Onyme

J'aime les livres, vous vous en doutez, naturellement. J'aime les regarder, les ouvrir, lire quelques lignes, les replacer, les déplacer, les ranger, les montrer, en parler. Ils ont leur chambre juste pour eux à la maison, agrémenté d'un divan confortable, de coussins, de couverture chaudes, de plantes de toutes sortes, de signets, d'un carnet où écrire, d'une tablette regorgeant de thés pour accompagner une belle lecture. Un livre qu'on a aimé c'est comme un vieil ami qu'on retrouve. Chaque livre pour moi a son histoire. Je me rappelle où je l'ai acheté. Je me souviens qui me l'a offert ou de quelle façon je me le suis procuré. Si je l'ai lu, des souvenirs y sont rattachés. Certains sont passés rapidement dans ma vie, le temps d'une lecture agréable, sans plus. Certains ont longtemps trônés sur ma table de chevet. Certains livres, je ne peux me résoudre à laisser d'autres personnes les ouvrir. Ils sont précieux, comme de petits trésors.

* * *

J'ai lu Une année à la campagne de Sue Hubbell à un moment de ma vie où je me demandais si j'avais fais le bon choix de quitter la ville pour la campagne. Ça effrayait beaucoup de gens autour de moi qui avaient peur que je m'ennuie. Ce livre m'a conforté dans mon choix et m'a donné définitivement envie de rester ici. J'avais fais le bon choix. Je garde ce livre sur ma table de chevet, je ne le prête pas. C'est une édition folio, tout ce qu'il y a de plus courant. Mais pourtant ce petit livre représente un trésor à mes yeux...

84, charing Cross road de Helen Hanff ne sort pas de la maison non plus. Il est dans la belle édition Autrement. Je me l'étais procuré pour une bouchée de pain. J'ai lu, lu et relu ce recueil de lettres. J'ai toujours du mal à trouver pourquoi ce livre m'a tant plu, mais il m'arrive de temps en temps de repenser à Helen et ses amis de la librairie Londonnienne...

Le treizième conte de Diane Setterfield est entré dans ma vie par la poste. Un gros colis, envoyé avant sa sortie en français. Un manuscrit fraîchement traduit. Une pile lourde de feuilles au format non standard. Je me suis assise la pile sur les genoux. Nous étions à quelques jours d'Halloween. Le livre était de circonstance. Je carburais au thé, enchaînant une théière après l'autre. Pendant deux jours, j'ai traîné ma pile de papier d'une pièce à l'autre. Lorsque je repense à ce livre, c'est une atmosphère que je ressens. Un excellent moment de lecture.

J'ai lu tout Jean-Jacques Pelletier dans le métro, un livre à la suite de l'autre. Je suis devenue fanatique de ses mondes d'espionnage. J'ai raté nombre de stations de métro, la tête plongée dans ses livres. J'oubliais tout. Je dévalisais les librairies dès que je voyais son nom en rayon. J'attends très très impatiemment son dernier opus!

J'ai découvert Patrick Senécal avant qu'il soit connu, alors qu'il était édité chez Guy Saint-Jean Éditeur. J'ai lu la fin de 5150 rue des Ormes en marchant dans la rue. Je ne pouvais le lâcher, même si j'étais arrivée à destination. Ce livre reste mon préféré de Senécal, pour avoir quelques frissons.

J'ai été profondément bouleversée et marquée lorsque mon professeur de littérature américaine nous a fait lire Le voyage d'Anna Blume. Je venais de découvrir Paul Auster. Depuis, je collectionne ses livres et je me laisse des années pour les lire. Pour avoir toujours un Auster sous la main que je n'ai pas lu...

J'ai découvert Jane Austen à la bibliothèque. Je regrette aujourd'hui d'avoir emprunté Orgueuil et préjugés plutôt que de l'avoir acheté. Je me le procurerai un de ces jours. J'ai lu le livre en une journée, jusqu'à en avoir mal aux yeux. Je ne comprends pas pourquoi j'ai tellement aimé. Néanmoins, c'est délectable! Mon côté romantique peut-être...

J'ai oublié mon souper sur le feu le jour où j'étais plongée dans La fille du pasteur Cullen de Sonia Marmen. Moi, j'étais déjà en Écosse, à arpenter les cimetières... Mon riz a brûlé et tout collé au fond de la casserole.

J'avais lu une critique de Quelqu'un d'autre de Benacquista. J'ai emprunté le livre. Je l'ai conseillé à une autre bloggeuse. Elle a adoré. Quelques semaines plus tard, elle m'envoyait le livre autographié par Benacquista lui-même... Je le garde précieusement.

C'est en cherchant des livres de Noël à la bibliothèque que je suis tombée sur le très beau Livre de Noël de Selma Lagerlöf. Je venais de découvrir un petit bijou qui de fil en aiguille m'a mené sur les traces de l'auteur. Je ne le regrette pas!

J'ai lu Miles et Isabel, L'Amérique pauvre, Une seconde avant Noël et pleins d'autres, pendant le mois qui m'a clouée au lit, suite à une chute. J'ai des souvenirs de mon lit confortable, dont je profitais toute la journée, à lire, lire, lire jusqu'à en avoir mal à la tête. Je ne faisais rien d'autre. Je ne pouvais pas marcher. J'ai lu jusqu'à l'overdose. À la fin, j'avais hâte de pouvoir me relever!

J'ai découvert Paul Rabagliati par mon frère, grand amateur de bd qui me le conseillait fortement. Je suis devenue accroc. Paul m'est sympathique. Je le retrouve toujours avec grand plaisir.

J'ai lu Salinger en mars, où étonnamment, les deux pieds dans la neige, derrière la maison, la journée était si clémente que j'ai pu lire dehors. Tout fondait autour de moi. J'étais à New York...

J'avais amené Quatre filles et un jean en vacances avec moi en Gaspésie. J'étais dans une mauvaise période, je venais de démissionner de mon travail, j'avais besoin de vacances, d'une lecture légère, légère. Dans notre tente au bord de la mer, je découvrais Tibby, Lena, Carmen et Bridget...

J'ai lu De grandes espérances lorsque j'étais jeune adolescente. Une drôle d'édition tout en bleu, emprunté à la bibliothèque d'à côté. Je souffrais de fortes allergies qui me gardaient à l'intérieur, congestionnée et mal en point, alors que tout le monde allait jouer dehors. Enfoncé dans une chaise rembourrée, dans la chambre de mes parents, je découvrais Dickens...

J'ai lu La dernière saison de Louise Tremblay-D'Essiambre dans la bibliothèque. J'avais ouvert le divan-lit. J'étais grippée, je ne dormais pratiquement pas. Ce livre m'a fait pleurer pendant des jours. Il m'a fait réfléchir à la vie. Il m'a bouleversée. Je lis en ce moment le deuxième volet. Et entre les coussins du divan, j'ai retrouvé une pastille du temps de ma première lecture, quand j'étais malade...

J'ai lu Chambre Froide en pleine période de rénovation. J'ai lu ce livre sur une trop longue période et je ne l'ai pas vraiment aimé. Je le retrouvais avec peu de plaisir. C'était le seul que j'avais sortis des cartons. Les soirées étaient longues et nous étions épuisés après des journées à travailler. La maison n'était pas habitable. Aucune pièce n'était terminée. Quand je revois ce livre sur les tablettes, il me semble presque sentir l'odeur du plâtre et voir un nuage de poussière en sortir...

* * *

J'ai lu des centaines et des centaines de livres depuis que je sais lire. Certains sont passés en coup de vent. D'autres m'ont apporté plein de belles choses. Certains sont reliés à une odeur, à un souvenir. Être lecteur, c'est comme vivre dans un monde parallèle au sien. Et parfois les souvenirs de lectures s'entrecroisent avec les vrais souvenirs...


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