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Mahmoud Darwich – Il est paisible, moi aussi

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Il est paisible, moi aussi.
Il sirote un thé citron
je bois un café,
c’est ce qui nous distingue.
Comme moi, il est vêtu d’une chemise rayée
trop grande.
Comme lui, je parcours les journaux du soir.
Il ne me surprend pas quand je l’observe de biais.
Je ne le surprends pas quand il m’observe de biais.
Il est paisible, moi aussi.
Il parle au serveur.
Je parle au serveur…
Un chat noir passe entre nous.
Je caresse la fourrure de sa nuit,
il caresse la fourrure de sa nuit…
Je ne lui dis pas : Le ciel est limpide aujourd’hui,
plus bleu.
Il ne me dit pas : Le ciel est limpide aujourd’hui.
Il est vu et il voit.
Je suis vu et je vois.
Je déplace la jambe gauche,
il déplace la droite.
Je fredonne une chanson,
il fredonne un air proche.
Je me dis :
Est-il le miroir dans lequel je me vois ?

Puis je cherche son regard,
mais il n’est plus là…
Je quitte précipitamment le café,
et je me dis : C’est peut-être un assassin
ou peut-être un passant qui m’a pris
pour un assassin.

Il a peur, moi aussi.

*

هو هادئٌ، وأنا كذلك

هُوَ هادِئٌ، وأنا كذلكَ
يَحْتَسي شاياً بليمونٍ،
وأَشربُ قهوةً،
هذا هُوَ الشيءُ المغايرُ بَيْنَنَا.
هُوَ يرتدي، مثلي، قميصاً واسعاً ومُخططاً
وأنا أطالعُ، مثلَهُ، صُحُفَ المساءْ.
هو لا يراني حين أنظرُ خِلْسَةً،
أنا لا أراه حين ينظرُ خلسةً،
هو هادئٌ، وأنا كذِلكَ.
يسألُ الجرسونَ شيئاً،
أسألُ الجرسونَ شيئاً…
قطَّةٌ سوداءُ تعبُرُ بَيْنَنَا،
فأجسّ فروةَ ليلها
ويجسُّ فَرْوَةَ ليلها…
أنا لا أقول لَهُ: السماءُ اليومَ صافيةٌ
وأكثرُ زرقةً.
هو لا يقول لي: السماءُ اليومَ صافيةٌ.
هو المرئيُّ والرائي
أنا المرئيُّ والرائي.
أحرِّكُ رِجْليَ اليُسْرى
يحرك رجلَهُ اليُمْنَى.
أدندنُ لحن أغنيةٍ،
يدندن لحنَ أُغنية مُشَابهةٍ.
أفكِّرُ: هل هو المرآةُ أبصر فيه نفسي؟
ثم أَنظر نحو عينيه،
ولكن لا أراهُ…
فأتركُ المقهى على عَجَلٍ.
أفكّر: رُبَّما هو قاتلٌ، أو رُبّما
هو عابرٌ قد ظنَّ أني قاتلٌ
هو خائِفٌ، وأنا كذلكْ!

*

He’s Calm, and I Am, Too

He’s calm, and I am too
He’s drinking tea with lemon,
and I’m drinking coffee,
this is the difference between us.
He’s wearing, as I am, a baggy striped shirt
and I’m reading, as he is, the evening newspaper.
He doesn’t see me when I steal a glance,
I don’t see him when he steals a glance,
he’s calm, and I am too.
He asks the waiter something,
I ask the waiter something…
A black cat passes between us,
I pet its night’s fur
and he pets its night’s fur…
I don’t say to him: The sky was clear today
and more blue.
He doesn’t say to me: The sky was clear today.
He’s the seen and the seer
I’m the seen and the seer.
I move my left leg
he moves his right leg.
I hum a song’s melody,
he hums a song with a similar melody.
I think: Is he the mirror I see myself in?

Then I look toward his eyes,
but I don’t see him…
I leave the café in a hurry.
I think: Maybe he’s a killer, or maybe
he’s a passerby who thinks I’m a killer

He’s frightened, and I am, too!

***

Mahmoud Darwish (محمود درويش‎‎, 13 mars 1941, Al-Birwah, Galilée – 9 août 2008, Houston, Texas, États-Unis)Ne t’excuse pas (Actes Sud, 2006) – Traduit de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar – Translated from the Arabic by Fady Joudah

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