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(Anthologie permanente) Antonio Rodriguez, "encore une fois nous entrons dans un braille sans relief"

Par Florence Trocmé

RodriguezAntonio Rodriguez publie Après l’union, chez Tarabuste, second volume d’une trilogie inaugurée avec Big Bang Europa, publié en 2015 également chez Tarabuste.
Le livre se compose de quatre grandes parties « Noces en Birkenie », « Europe de chambre », « Cartes postales d’Omaha » et « D’un rêve de Verdun ».
L’Europe, ses drames, son avenir y sont des thèmes centraux, intimement mêlés à la vie personnelle de l’auteur, en un tressage fort et très émouvant.
  Écouterune lecture à haute voix du « Prologue » du livre.
nos noces furent d’arbres, de bouleaux bordant les routes, de troncs traçant le cadastre du continent, tout près des morts, Birken, tu les vois, Birken, ils bougent et ne disent mot, on n’en revient pas, on ne revient pas des feuilles qui remuent, elles ne disent mot, et de nos noces on ne revient pas, j’aime cette forme suspendue en brume le matin, c’est toi, belle brume suspendue qui se lève lentement le matin, tandis qu’ils apparaissent au loin, les bouleaux nous traversent, nous suturent l’un à l’autre, avec cette odeur de Pologne au sein, tout près du lieu qui fut, encore une fois Birken élève son aube de troncs, encore une fois nous entrons dans un braille sans relief, arborescence d’une main sur son ventre et ton odeur suave de Pologne, pendant que nos têtes se dressent dans le blanc, le code reste sans lecture

Cracovie était notre destination

du sable d’Omaha, monument érodé des plages, en cet été de vagues et d’enfants, je foule les débris (loin de vous et de vos formes à l’abri), mon enjambée te relie aux averses éparses, au vent mollissant, Omaha de sable sous mes pieds qui fouillent le sol, notre union continentale faite d’images filandreuses que je confie à ton ventre, effritement des corps se compose ici d’éclats dorées, d’enfants qui rient, grains adhérant pas à pas, les uns près des autres, quelque chose a lieu sous l’intensité du soleil gris contemporain, je foule la matière des trépassés, entre dune et écume je salue l’épouse porteuse du temps, en cet été de vagues et d’enfants, avec ces mots qui poursuivent Omaha

À voix basse la Manche ressasse les noms

le rêve revient par le vert, brume toujours brume, que portent les collines, brume dans la solitude d’un vallonnement, une photo de vous à la main, floue, ondulante, des formes lointaines (son épaule douce de mère garde la petite au chaud), j’endosse l’uniforme bleu gris des mots pour fouiller la matière d’ici, celle dont j’ai eu vent à Omaha, origines venteuses du continent, paysages venus me visiter en cette terre à l’odeur de demeure humide, continent d’humanité épongée, lieu commun pour l’écorce des chênes, échappées des murmures, « c’est une fille », sens-tu monter la brume et ces forêts qui nous prennent, tes narines hument-elles avec les miennes, le nuage vert s’infiltre-t-il dans tes poumons

Quelque chose me retenait dans la Meuse

Sont ici proposés les premiers textes des sections « Noces en Birkenie », « Cartes postales d’Omaha » et « D’un rêve de Verdun ».
Antonio Rodriguez, Après l’union, Tarabuste, 2017, 104 p., 13€, pp. 17, 55 et 75.
On peut aussi lire des notes prises en lisant ce livre : « Il se pourrait qu’ici Antonio Rodriguez soit en phase avec la remarque de Walter Benjamin citée par G. Didi Huberman : « C’est pourquoi l’art de mémoire, dit Benjamin, est "un art épique et rhapsodique" ». (lire ces notes)


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