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Zimoun met une fleur à sa bétonnière.

Publié le 15 avril 2017 par Pantalaskas @chapeau_noir
Zimoun met une fleur à sa bétonnière.

658 prepared dc-motors, cotton balls, cardboard boxes 70x70x70 Zimoun 2017

L’art cinétique bouge encore. Rien de désobligeant dans ce constat pour qualifier le renouveau d’un courant artistique dont l’apogée remonte aux années soixante. Mais comme l’artiste Suisse Zimoun est né en 1977, c’est une voie originale que trace cet artiste tout en recourant aux techniques déjà utilisées par ses aînés d’un mouvement qui a connu un engouement spectaculaire dans ces années soixante et soixante dix. Plus encore que ceux qui, dans le passé, utilisaient le son dans leur oeuvre cinétique, Zimoun accorde une place centrale à cette dimension sonore. Depuis son enfance l’artiste joue de plusieurs instrument, tout en pratiquant le dessin, l’animation et la photographie. Autodidacte, il a développé depuis le  début des années 2000 un travail de sculptures sonores qui renouvelle l’approche du son dans les oeuvres cinétiques.

Zimoun met une fleur à sa bétonnière.

255 prepared ac-motors, 328 kg roof laths, 1,8 km rope Zimoun 2015

Un paramètre supplémentaire personnalise sa démarche : la notion d’accumulation d’un même élément ajoute une dimension particulière a ces œuvres qui, installées ici au 104 à Paris, occupent totalement les espaces impressionnants du centre d’art. Associée à cette accumulation c’est la répétition d’un mouvement unique sur chaque pièce qui donne à ces étranges concerts leur spécificité. « Ce que vous voyez est ce que vous entendez » précise Zimoun pour mieux souligner l’osmose qui s’établit entre l’accumulation répétitive des poièces installées et la production d’un son résultat à la fois d’un programme mécanique et d’un aléatoire pourtant provoqué.
L’artiste construit des systèmes simples utilisant des matériaux basiques (boites en carton le plus souvent, pièces de bois) qui se mettent ensuite à générer quelque chose de plus complexe : « Un aspect de ma pratique est l’étude de microstructures vibratoires. L’œuvre explore le rythme et le flux mécaniques de dispositifs préparés. À la fois sonores et visuelles, des unités d’intense activité forment la base des compositions, dont la durée et les contours sont déterminés in situ. »
De fait chaque installation visible au 104 donne au visiteur le sentiment de découvrir une sorte d’Hydre envahissante composée elle-même de centaines de micro-organismes possédant sa vie propre et donnant à l’ensemble cette apparence quelque peu monstrueuse. Dans cet espace visuel singulier l’environnement sonore créé par l’animation de chaque élément indépendant des autres souligne  davantage encore l’accumulation de ces pièces faites de matériaux « pauvres ». Parfois même l’accumulation prend l’allure d’un pénétrable dans lequel il est déconseillé de pénétrer, chaque barre verticale émettant en heurtant le sol un son multiplié à la mesure du pénétrable. Dans tous les cas, le visiteur enveloppé dans la monumentalité de l’installation perçoit pleinement les effets de ces propositions visuelles et sonores.

Zimoun met une fleur à sa bétonnière.

49 prepared concrete mixers, 2017 Zimoun 104 Paris 2017

Zimoun accentue ce principe d’accumulation dans une installation extérieure qui se distingue de toutes les autres. Quarante neuf bétonnières rutilantes, soigneusement alignées à la manière d’un défilé militaire, toutes en action, transforment, là encore, chaque machine en fantassin d’une armée inquiétante au service d’on ne sait trop quel objectif caché.
Cette fois l’art cinétique de Zimoun est objectivé par la fonction technique de chaque bétonnière tournant cependant à vide, inutile et superbe au service d’un artiste qui a décidé de « mettre une fleur à sa bétonnière » dirait Jacques Prévert.

Photos de l’auteur

Zimoun : « Mécaniques remontées »
Le Cent Quatre-Paris
Du 25 mars au 6 août 2017
5 rue Curial, 75019 –


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