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Recomposition : Retour à la IVème République ?

Publié le 08 mai 2017 par Vindex @BloggActualite
Bonjour à tous,
Pas de surprise hier soir, pas de séisme voire de "cataclysme" : Emmanuel Macron est élu président de la République. Rien de surprenant tant on pouvait sentir cette arrivée de la "maturité du vide" selon Emmanuel Todd. Nous français, mettons souvent du temps à suivre les précurseur anglo-saxons : quand ceux-ci votaient Reagan et Thatcher, nous votions François Mitterrand. Quand ceux-ci votent pour le Brexit et Trump, nous leur opposons Macron. Fierté d'être à contre-courant ou train de l'histoire raté ? Nous le verrons assurément, mais ce résultat ne clôt en rien le débat idéologique ni ne donne blanc-seing à un président qui a bien conscience d'un gros score qui sonne pourtant creux en terme d'adhésion. 
Au-delà de ces considérations historiques internationales, il me semble que cette campagne a un autre mérite. Certes, elle fut probablement la plus délétère et pauvre de toutes en débat. Mais ses nombreux rebondissements offrent à notre paysage politique un recomposition inédite depuis des lustres. C'est tout le mérite d'Emmanuel Macron et de son mouvement En Marche, qui pourrait avoir bien du mal à gouverner dans un schéma qui pourraient ressembler à celui de la défunte IVème République.

Trois forces politiques


Emmanuel Macron le disait pendant l'entre-deux tours suite à l'annonce du soutien de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen : le paysage politique va se recomposer autour de trois forces : une gauche radicale (autour des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon), les "progressistes" (En Marche et ses forces coalisées venant du PS et de LR, accompagnés de l'UDI et du Modem) et une droite qu'il appelle "réactionnaire" autour du Front National.
Si l'émergence du Front National a ces dernières années constitué un bipartisme et demi (le FN ne pouvant jamais conclure dans les deux chambres parlementaires), c'était pour mieux accoucher d'un tripartisme bien plus clair et limpide. Cela ne fut néanmoins possible que grâce à Emmanuel Macron et la dynamite qui a provoqué un "42 avril" : le PS et Les Républicains furent tout deux privés de second tour cette année.
Venons-en à la IVème République : une telle recomposition, voulue sans aucun doute par Macron, Mélenchon et Le Pen, n'est pas sans rappeler l'organisation parlementaire de la IVème République.
Entre 1947 et 1951, puis lors de l'agonie de la IVème République (1956-58), les trois forces étaient :
-Le Parti Communiste Français (100 à 180 députés selon les législatures)
-Le Rassemblement du Peuple Français (gaullistes, 120 pendant la législature de 1951-1955)
-La Troisième Force, une coalition allant du centre-gauche au centre-droit (SFIO, Radicaux, MRP et Modérés). Cette force s'est aussi appelée "Front Républicain" entre 1956 et 1958 pour contrer le poujadisme.
Si l'on traduit avec notre langage politique actuel, on pourrait obtenir les trois forces qui suivent :
-Les Insoumis (avec pour satellites une partie du PS, des Ecologistes...).
-En Marche (avec pour satellites l'autre partie du PS, l'UDI, le Modem et une partie de LR).
-Le Front National (ou toute alliance souverainiste d'un autre nom) avec DLF et l'autre partie de LR pour satellites.
La polarisation très nette qui pourrait ressortir de ce schéma de type IVème République n'est pas forcément synonyme de stabilité, la trajectoire de cette dernière nous le rappelant...


Difficultés politiques et troubles ? 

On le voit donc, il semble que la seule manière de trouver une majorité pour les Marcheurs (trop fraîchement arrivés en politique pour bénéficier d'une solide assise électorale) est de puiser dans les ressources centristes au alentours et de former une coalition. Il a d'ailleurs finalement accepté les transfuges du PS et de LR, en les incitant toutefois à se présenter sous la bannière En Marche. C'est une obligation pour lui car il doit dérouter au maximum les deux partis traditionnels (PS et LR qui sont un gros réservoirs d'élus) pour aiguiller leurs électeurs vers lui et ainsi remporter le jackpot. Il doit également permettre la recomposition vers les deux autres pôles pour apparaître clairement central.
Cependant, ce n'est pas sans risque : la IVème République a connu 28 gouvernements en plus de 10 ans. Seuls deux gouvernements ont duré plus d'un an. Cette instabilité est due à la difficulté à trouver une majorité sur certains sujets et a provoqué une incapacité à gouverner le pays.
Deux sujets intéressants ont fortement divisé pendant la IVème République et l'un d'entre-eux a même fait chuter celle-ci :
-La Communauté Européenne de Défense, dans un cadre de construction européenne naissante (CECA, puis CEE) a échoué du fait des oppositions gaullistes et communistes, faisant échouer une vision fédéraliste et atlantiste de l'intégration européenne, par le biais d'une armée européenne. Cela a d'ailleurs fait chuter le gouvernement de Pierre Mendès(France.
-La guerre d'Algérie, question insoluble, a fait chuter une IVème République aux abois incapable de rassembler des français diviser sur la question algérienne, tout en apaisant les volontés indépendantistes algériennes.
On pourrait rapprocher par analogie des questions actuelles : il est probable que dans une telle configuration, une accélération de l'intégration européenne soit très vivement débattue, quand on connaît la forte opposition entre Emmanuel Macron (qui souhaite remettre en avant la question européenne) et les deux autres pôles probables (bien plus eurosceptiques). De même, les violences croissantes que connaît notre pays (terrorisme, violences en banlieues, manifestations qui dégénèrent) pourraient être la "guerre d'Algérie" à venir...
Bien évidemment, il faut reconnaître de telles analogies, si elles paraissent intéressantes, sont quelques peu artificielles, d'autant qu'il n'est pas certains qu'une telle configuration "tripolaire" se mette en place.

Les obstacles à une telle mise en place


Si de nombreux hommes politiques souhaitent (et ont fait le pari) de la recomposition, celle-ci n'est pas encore actée : il reste encore deux round qui auront lieu les 11 et 18 juin prochains lors de législatives inédites.
En réalité, de nombreux obstacles pourraient empêcher une telle recomposition :
-Le système électoral est un premier point "noir". En effet, la IVème République élisait ses députés à un tour et à la proportionnel, ce qui permettait d'avoir des élus très facilement, même pour des partis minoritaires. Dans notre cas, il faut gagner 577 mini-élections présidentielles à deux tours avec dans de nombreux cas, un possible front républicain. Cela signifie que ce sera très difficile pour le Front National (et même pour les Insoumis) de convertir leur forte poussée en une assise parlementaire conséquente.
-Si le Parti Socialiste est laminé en potentiel électoral et divisé sur la marche à suivre (sic), il semble toutefois que Les Républicains n'aient pas dit leur dernier mot. Certes, leur candidat est éliminé et certes ils ont appelé à voter Emmanuel Macron. Mais leur défaite n'est due qu'à l'obstination d'un homme embourbé dans les affaires et il est possible qu'une mobilisation électorale les porte début juin prochain, car c'est bien François Baroin qui mènera la bataille et pas François Fillon. Toutefois, des fractures existent au sein de la "Droite Républicaine", comme le montre la main tendue par Bruno Lemaire à Emmanuel Macron. Il y a fort à parier que LR perdra des élus au profit d'En Marche, mais résistera bien. Il n'est pas dit que la force incarnée par Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan (qui sera en difficulté en Essonne pour conserver son siège) gagnera beaucoup de transfuges des Républicains.
-Enfin, même si En Marche peut rassembler une majorité aux prochaines élections, il y a fort à parier qu'une bonne résistance des Républicains les forces à une coalition, ce qui pourrait faire repartir certains élus vers le PS. Et la, il faudra trouver une majorité à chaque question : avec la gauche pour les questions sociales, avec la droite pour les questions économiques, et... aucune pour l'Europe ?
On le voit, la recomposition qui s'offre à nous est inédite pour la Vème République. La France, rappelons-le, n'a pas massivement adhéré à Emmanuel Macron mais à rejeté Marine Le Pen, qui incarne encore aux yeux d'une majorité un parti d'extrême-droite, malgré la dédiabolisation. C'est ce fait qu'il faut avoir à l'esprit. La recomposition qui peut avoir lieu pourrait rappeler la IVème République et certains des Insoumis ne manquent pas de dire que la Vème République est déjà morte. Mais cette recomposition n'est pas garantie. Ce qui est certain en revanche, c'est que notre pays sera très difficile à gouverner et à réformer pendant les 5 années à venir...
Vin DEX

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