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Ceci n’est pas « L’Origine du monde »…

Publié le 13 mai 2017 par Savatier

Les passionnés de Gustave Courbet se retrouveront certainement le lundi 12 juin à la vente annuelle de prestige qui aura lieu au château d’Artigny (Montbazon, Indre et Loire). Les commissaires-priseurs Philippe et Aymeric Rouillac y disperseront en effet (les 11 et 12 juin) des objets et œuvres d’art d’exception, parmi lesquels, sous le n°409 du catalogue, la célèbre copie de L’Origine du monde qui fut reproduite pour la première fois en 1967 dans l’ouvrage Le Sexe de la femme du Dr Gérard Zwang et passa longtemps pour être l’original – lequel appartenait alors à Jacques Lacan.

J’ai raconté dans mon essai (pp. 199 à 212 de la dernière édition de 2015), l’étonnante histoire de ce tableau dont le propriétaire à la fin des années 1960, Joseph-Marie Lo Duca, fondateur des Cahiers du cinéma et grand spécialiste d’art érotique, disait qu’il avait été réalisé par René Magritte.

Ceci n’est pas « L’Origine du monde »…

Lors de mes recherches, il y a une douzaine d’années, j’avais pu le retrouver alors qu’on le croyait perdu. Il ne s’agit pas d’un faux, comme le prouvent les différences de format et de palette, mais sans aucun doute d’une copie réalisée à partir d’une photographie en noir et blanc. Il n’y aurait rien d’étonnant à cela, puisque Foujita, par exemple, en réalisa aussi une, dispersée en 2011 dans une vente publique. Le Comité Magritte, auquel l’œuvre a été récemment soumise, n’a pas confirmé son attribution au maître bruxellois, mais Jane Graverol, peintre surréaliste belge qui fut à la fois amie de Magritte et de Lo Duca, l’avait présentée à ce dernier, disait-il, comme de la main de l’artiste. On ne peut, en outre, s’empêcher d’établir une communauté d’esprit entre cette toile et l’un des fragments de L’Evidence éternelle (1948, The Metropolitan Museum of Art), autre cadrage serré sur un sexe féminin.

Magritte ou pas Magritte, donc ? Le mystère reste entier. Demeure le caractère tout à fait exceptionnel de ce tableau qu’avec mes consœurs co-commissaires de l’exposition « Cet Obscur objet de désirs, Autour de L’Origine du monde », nous avions accueilli au musée Courbet en 2014. Son destin est forcément lié à celui de Courbet, à son histoire pleine de rebondissements. L’estimation (2000 à 4000 €) semble des plus raisonnables et devrait être dépassée. Les acquéreurs seront en outre confrontés à un choix assez insolite : conserver la toile « dans son jus », c’est-à-dire recouverte d’une fine couche de nicotine déposée au cours des années dans le bureau de Lo Duca qui était un grand fumeur et où elle était accrochée, ou bien la faire nettoyer pour restaurer les couleurs originales telles que reproduites dans l’essai de Gérard Zwang.

On trouvera la notice de ce lot dans le catalogue en suivant ce lien.

Illustration : Copie de L’Origine du monde, © Etude Rouillac.


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