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Marseille : musée haut, musée bas

Publié le 21 mai 2017 par Pantalaskas @chapeau_noir

Dans quelques jours s’ouvre le Printemps de l’art contemporain dans la sphère de la Métropole Aix-Marseille Provence. Pour la neuvième édition de cette manifestation, cinq  parcours d’art contemporain concernent la ville de Marseille pendant le week-end de l’ascension, un rendez-vous d’art dans les quartiers Nord en juin et une clôture à Aix-en-Provence et ses environs. Déjà quelques événements associés à ce Printemps sont ouverts et révèlent au passage les différences de visibilité qui distinguent les lieux marseillais consacrés à l’art contemporain.Marseille : musée haut, musée bas

MAC

Le MAC, Musée d’art contemporain, ouvert depuis 1994, souffre d’une situation très excentrée dans la ville, supposant pour les visiteurs ne disposant pas de véhicule, de se voir contraints à un parcours laborieux par métro et bus. Le MAC propose « Hip hop : un âge d’or » contribuant à faire entrer à son tour dans l’enceinte d’un centre d’art  les expressions urbaines du street-art, de la musique venue du Bronx pour se répandre en Europe jusqu’à Marseille. Musique, danse, mode, cinéma, écriture, graffiti, tag, photographie retracent dans l’exposition cette vie à la marge que rien ne prédisposait à un tel adoubement institutionnel. Au croisement de la recherche ethnologique et de l’investigation artistique ( la manifestation est organisée conjointement avec le MUCEM ), l’exposition témoigne de cette mémoire générationnelle. Cette ouverture en direction d’une culture populaire permet-elle de conquérir un public nouveau susceptible de découvrir dans le même temps les collections permanentes du MAC ?

Marseille : musée haut, musée bas
FRAC

Bénéficiant d’un espace privilégié au cœur du centre ville près du vieux port, le nouveau bâtiment du FRAC Provence-Alpes-Côtes d’Azur (ouvert en 2013) affirme une présence majeure avec l’architecture signalétique créée par Kengo Kuma. Intégré dans les volumes des immeubles voisins, le FRAC, sur cinq niveaux, offre plus de mille mètres carrés d’expositions, avec des salles vastes, baignées par le soleil. Pour le visiteur la sensation est à l’opposé de celle ressentie au MAC, bâtiment plus modeste aux volumes  restreints où les œuvres disposent d’ un éclairage essentiellement artificiel.
Au FRAC, dans le cadre du Printemps de l’art contemporain, la photographie est au centre des préoccupations. D’une part « Vers le but » présente les œuvres de Thierry Fontaine dont l’existence exclusivement photographique contribue à inventer une réalité improbable, incertaine, ambiguë.

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« Le fabricant de rêves » 2008 Photographie couleur Thierry Fontaine

D’autre part, l’exposition « Principe de réalité, chapitre 1 » montre qu’un artiste peut en cacher un autre, voire ici deux autres. En 2011, les artistes Damien Beguet et P. Nicolas Ledoux achètent contractuellement l’œuvre et le nom de l’artiste Ludovic Chemarin, après que celui-ci ait décidé en 2005 de mettre fin à sa carrière. Ils en poursuivent depuis l’exploitation sous le nom de Ludovic Chemarin© qui expose en France et à l’étranger, participe à des conférences, donne des entretiens, fait l’objet de recherches et d’articles. Là encore la photographie occupe une place stratégique insérée certes dans une démarche plus complexe.

Marseille : musée haut, musée bas

Ludovic Chemarin© le 18 juillet 2014 Photographie argentique

Cette œuvre en trompe-l’œil où l’artiste n’est plus l’artiste, cède la place à quoi ? En 2014 Damien Beguet et P. Nicolas Ledoux  demandent à Ludovic Chemarin de poser pour la réalisation du portrait officiel de Ludovic Chemarin©. Concept mais incarné, l’artiste acquiert une identité à responsabilité limitée, soumise au bon vouloir de maîtres cachés mais décideurs effectifs de ce qu’il nous est difficile de nommer. Pour légitimer davantage encore cette usurpation acceptée, une abondante documentation (contrats originaux, photographies, sérigraphies, vidéos ) corrobore cette mutation de la notion d’artiste.
A la différence du MAC  isolé géographiquement et qui s’ouvre à une culture populaire, le FRAC solidement implanté au cœur du centre ville de Marseille semble faire le pari d’une investigation exigeante, complexe dans ses espaces impressionnants qui attendent les visiteurs.

Photos: MAC et FRAC

Hip-Hop: un âge d’or
MAC
14  mai 2017- 14 janvier 2018
69 Avenue d’Haifa
13008 Marseille

Vers le but Thierry Fontaine
4 mars- 4 juin 2017
Principe de réalité chapitre 1
Ludovic Chemarin©

5 mai- 5 juin 2017
FRAC Provence-Alpes-Cote d’Azur
20 B de Dunkerque
13002 Marseille


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