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Une application pour réduire la circulation dans la Silicon Valley

Publié le 26 mai 2017 par Pnordey @latelier

Misant sur des incitations financières, le développement d’une application de navigation holistique et une meilleure intégration entre les différents systèmes de transport public, la "Fair Value Initiative" souhaite promouvoir des alternatives à la voiture individuelle pour fluidifier le trafic routier.

Si la Silicon Valley est un foyer d’innovation et de talents comme il en existe peu d’équivalents dans le monde, il est un problème que la région n’a toujours pas réussi à régler : celui des embouteillages. San Francisco a ainsi récemment été classée comme la quatrième métropole la plus congestionnée au monde, et la troisième des États-Unis, par Inrix, une entreprise de Seattle spécialisée dans l’étude du trafic routier. Une initiative, lancée par Joint Venture Silicon Valley, une association à but non lucratif dont l’objectif est d’identifier et résoudre les problèmes d’intérêt général dans la région de la Baie, vise aujourd’hui à prendre ce problème à bras-le-corps. Baptisée "Fair Value Commuting", elle consiste en une feuille de route pour les deux années à venir, mariant leviers politiques et innovation technologique afin de désengorger les routes. Elle a remporté l’édition 2017 du concours World Changing Ideas, organisé par le média américain FastCompany, dans la catégorie transports. L’initiative entend principalement agir sur le nombre d’individus se rendant au travail seuls dans leur véhicule. Ils forment aujourd’hui 75% de la population active de la région de la Baie, un chiffre que Joint Venture Silicon Valley souhaite faire passer à 50%.

Convaincre un million de personnes !

Ce qui implique de convaincre un million de personnes de troquer leur véhicule contre les transports en commun, de prendre des passagers lors de leurs trajets quotidiens ou d’avoir recours eux-mêmes au covoiturage : tout ce qui peut éviter qu’un individu se retrouve seul dans sa voiture.

Une application pour réduire la circulation dans la Silicon Valley

Pour atteindre cet objectif ambitieux, dans un pays où l’amour de l’automobile n’est plus à démontrer, Joint Venture Silicon Valley a rédigé une proposition de loi à destination des autorités locales. Cette dernière a pour but d’encourager les entreprises à mettre en place des incitations financières pour leurs employés. Concrètement, si la loi venait à être votée, chaque entreprise se verrait indiquer, en fonction de sa taille, un seuil maximal d’employés recourant à leur véhicule individuel pour se rendre au travail. Les entreprises dépassant ce seuil devront mettre en place un programme incitatif pour réduire cette proportion, consistant à taxer trois dollars par jour les employés utilisant leur véhicule individuel, argent employé pour rembourser une partie des frais de transport des autres employés. Un programme économiquement neutre pour l’entreprise, donc.

Promouvoir les alternatives au véhicule individuel

Mais inciter les individus à ne pas prendre leur véhicule ne suffit pas : des options de rechange doivent également leur être proposées. C’est pourquoi le dispositif imaginé par Joint Venture Silicon Valley implique aussi la création d’une super-application de mobilité, intégrant l’ensemble des modes de transport disponibles dans la région : applications de mobilité à la demande (Uber, Lyft) et de covoiturage (Scoop) ; services hybrides, entre transport en commun et taxis à la demande (Chariot, Leap) ; vélo, scooters partagés et transports en commun. Il devrait également être possible de payer pour les différentes options de transport directement via l’application. L’objectif étant de fournir aux utilisateurs un outil leur permettant de prévoir facilement l’intégralité de leur trajet du point A au point B, pour rendre les alternatives à l’automobile individuelle plus attractives. Toujours dans cette optique, le programme prévoit également de repérer les défaillances dans le système de transport et de trouver des solutions pour y remédier. L’analyse des masses de données issues des déplacements quotidiens des citadins permet en effet de repérer les itinéraires les plus empruntés et de mettre en évidence les carences du système de transport. Ce qui peut par exemple impliquer de disposer de stations de vélos ou de scooter partagés pour relier une ligne de train à une ligne de bus, ou encore d’inciter les entreprises à payer des trajets en Uber ou Lyft pour aider leurs employés de gagner leur lieu de travail depuis la station de train la plus proche.

Une application pour réduire la circulation dans la Silicon Valley

Offrir un écosystème holistique

Enfin, dernier volet du programme : développer et moderniser le système de transports actuellement en place dans la Baie, en facilitant la communication et les synergies entre les différentes agences de transport (on en compte vingt-quatre différentes dans la région). Cette initiative illustre les problèmes que rencontrent les autorités américaines pour améliorer la mobilité, dans un pays où les infrastructures de transport sont, en réalité, très peu développées. À cet égard, la région de la Baie est d’ailleurs plutôt bien lotie. La situation est bien pire à Los Angeles, au sud de la Californie.

Si la voiture autonome suscite beaucoup d’espoirs, elle ne constitue pas une solution miracle. Mal utilisée, elle pourrait même aggraver la situation : le conducteur n’ayant plus à focaliser son attention sur la route, il pourrait être davantage tenté de prendre son véhicule. Ce qui aboutirait à une hausse du nombre de véhicules privés sur les routes. Les applications de mobilité à la demande, Uber et Lyft en tête, sont souvent vues comme un bon moyen de pallier le manque de transports en commun (à San Francisco, de nombreux citadins se déplacent quasi uniquement en recourant à ces services). Mais pour cela, celles-ci doivent être employées comme des outils de covoiturage, et non comme des taxis privés et plus modernes. Ils ne constituent donc pas non plus une solution miracle. Selon la San Francisco Municipal Transportation Agency, les deux entreprises auraient ainsi aggravé le trafic automobile dans la ville.

 

Le Big Data à la rescousse

La solution doit en réalité combiner différentes variables. Au niveau de l’automobile, de nombreux experts vantent le modèle d’un écosystème de taxis autonomes, électriques et partagés, qui circuleraient de manière permanente et que les utilisateurs pourraient commander via une application mobile. Ce système permettrait de réduire drastiquement le nombre de véhicules sur les routes (de 90%, selon certaines estimations), les accidents, la pollution, et de dégager de la place pour construire des infrastructures publiques ou des espaces verts à la place des parkings. Des entreprises comme Uber, Lyft ou Tesla peuvent faciliter la transition vers un tel modèle. Les initiatives « Drive Sweden » en Suède et « Optimus Ride » aux Etats-Unis visent également au même objectif.

En parallèle, la ville doit devenir un écosystème de transport holistique et cohérent, recourant aux masses de données (Big Data) et à l’intelligence artificielle pour suggérer en temps réel aux utilisateurs la combinaison la plus efficace pour se rendre à destination, incluant l’ensemble des possibilités de transports offertes par la ville. Les applications de navigation jouent en la matière un rôle crucial. L’initiative « RTPlatform », instaurée dans la ville d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, est à ce titre extrêmement prometteuse.

 

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