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Jean Marc Flahaut : « BAD WRITER » Extraits

Par Poesiemuziketc @poesiemuziketc

ROMAN BLANC, POÉSIE NOIRE
il fut un temps où
je me rêvais
en auteur inspiré
à la Jack Torrance
martelant
trop de travail, pas assez de plaisir…
un roman par semaine
de plusieurs milliers de pages
toutes bonnes à balancer dans la cheminée
ou au vide-ordures
mais
à la vérité
j’étais bien plus proche
d’un Norther Winslow
écrivant
l’herbe est si verte, le ciel est si bleu…
un seul et unique poème
en douze ans
.
.


COMMENCER PAR LA FIN
je te vois passer
tu as l’air de te rendre quelque part
je ne te connais pas
je me réjouis pour toi
à peine
on se parle
on se frotte
on se touche
que déjà
on se brouille
que déjà
on se sépare
après avoir épuisé
toutes les formules
magiques, chimiques, mathématiques,
d’aires, d’appel, d’usage, de base,
d’adresse, de politesse, d’adieu
et maintenant
c’est l’heure des retrouvailles
le temps des excuses
& des réconciliations
on imagine
l’avenir qui s’ouvre
derrière nous
.
.


LA NOUVELLE
c’est un homme
il sort d’un bar
un cinéma un théâtre ou un restaurant
il vient d’apprendre
la terrible nouvelle
l’amour tue
il est sous le choc
il ne s’en remet toujours pas
l’amour tue
c’est écrit
noir sur blanc
et comme
il pense
qu’il est le dernier
à pouvoir aimer quelqu’un
dans cette ville
qu’il est à la fois
le tueur et la cible
l’antidote et le poison
il décide
sans tarder
de rentrer chez lui
.
.

MY BOSS IS DRIVING ME MAD
il y a
deux hommes en moi
l’un écrit
l’autre pas
il lit – il classe – il range – il trie
lorsque le premier
se met au travail par une question qui
en réalité
ne s’adresse qu’à lui-même
le second répond
en quittant la pièce
et part en quête d’un éditeur
avec le regard perdu
de ces animaux promis à l’abattoir
avec ces deux-là
j’ai souvent fait faillite
(et puis)
(et puis)
je me suis refait
et chaque fois que j’ouvrais à nouveau
boutique
ces deux-là m’attendaient
bien sagement
devant la grille
que je vienne leur ouvrir
les deux seuls à postuler
.
.

BLACK SPRING
il existe sur le Net
une vidéo particulièrement choquante
où l’on me voit sur scène
décapiter une sculpture
en papier mâché de Paul Valéry
et lire des haïkus à toute vitesse
avec autant de charisme
qu’un égouttoir à vaisselle
sous l’extrait de très mauvaise qualité
les commentaires des internautes déchaînés
m’implorent de laisser la poésie tranquille
et de fuir en Belgique
pendant qu’il en est encore temps


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