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Aller où ça fais mal [Journal #7]

Par Kaeru @Kaeru

Aller où ça fais mal [Journal #7]
En thérapie, la psy m'a dit un jour : vous êtes plutôt indolente. Sur le coup, je me suis sentie insultée. Et après, j'ai réfléchi. C'est le propre d'une bonne psy de balancer ce genre d'affirmation, surtout en fin de séance, pour que ça bouge, que ça remue à l'intérieur. Rétrospectivement, je suis assez d'accord avec son qualificatif.
Je suis du genre à faire dans le facile. À plier plutôt que d'aller au conflit... jusqu'à un certain point. Gamine, j'ai grandi dans un cadre privilégié. Maison dans un lotissement de classe moyenne supérieure. Une maison spacieuse. J'ai suivi les désidératas de mes parents, jusqu'à un certain point.Fait des concessions, renoncé à des études d'art pour m'orienter vers les sciences sociale, refusé la prépa et négocié une université à Paris, avec une dose de prestige.Dans ma vie pro, quand j'ai commencé à m'affirmer, rapidement, c'est parti en vrille. Méchamment. Peut-être parce que je n'avais pas fait mes armes avant, ou que ma nonchalance me conduisait à accepter, à plier... jusqu'à un certain point.
Au delà, c'était l'explosion nucléaire.
Aller où ça fais mal [Journal #7]
Avec l'âge, j'ai appris à faire moins de concessions et aussi, moins d'explosions.
Jusqu'à mes trente ans, j'ai la ferme conviction d'avoir toujours choisis le chemin le plus facile. Pas forcément exempt de difficultés, vu de l'extérieur, il en restait néanmoins le chemin qui évitait soigneusement que je me conforte à certains aspects nauséabonds de mon caractère, de mes désirs, certains acquis de mon éducation ingurgités et digérés puis stockés, comme on met de coté le trop, et surtout, comme on met de coté les trucs impossibles à assimiler.
Toxiques. 
Aller où ça fais mal [Journal #7]
Après mes trente ans, le corps a lâché. Les premiers messages remontaient à mon adolescence. Il en a eu marre de ma sourde oreille. Lui aussi a fonctionné par explosion nucléaire, ou plus tôt, un arrêt complet de la centrale après fusion du réacteur. Une leçon d'humilité qu'on oublie pas de sitôt.Puis, j'ai appris que parfois, aller où ça fait mal, paradoxalement, permet d'aller mieux.Rien de conscient, sauf en thérapie.Là, c'est dans le contrat. L’introspection n'est pas un acte indolore. Jamais. Sinon, c'est de la complaisance, de la plainte mais pas une remise en cause.
Aller là où ça fait mal, pour ensuite aller mieux. Pas par masochisme, pas par plaisir, mais par certitude qu'après, je me sens libérée, légère, et surtout, que les mots et l'écriture coulent.
Aller là où ça fait mal, parce que, paradoxalement, depuis que je choisis ce chemin sans tergiverser, je découvre qu'après le mur de ronces et d'orties, la voie s'ouvre sous une canopée heureuse. 
Aller où ça fais mal [Journal #7]
Les photos ont été prises au cimetière de Montmartre
Copyright : Marianne Ciaudo

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