Magazine Beaux Arts

Expositions “Gravitation” Pauline Zenk – “Développement durable” Neil Beloufa | MRAC – Sérignan

Publié le 23 juin 2017 par Philippe Cadu @ContempodeLArt

Du 01 juillet 2017 - 22 octobre 2017 - Vernissage vendredi 30 juin 2017 à partir de 18h30

http://mrac.languedocroussillon.fr

Au travers d'installations complexes dans lesquelles dialoguent et s'entrechoquent films, sculptures et peintures éclatées dans l'espace sans hiérarchie apparente, Neil Beloufa développe depuis quelques années une oeuvre qui interroge et déjoue les systèmes de nos représentations contemporaines. Son travail apporte un regard à la fois grinçant et engagé sur le devenir-design de nos sociétés, où l'esthétique et le langage sont au service d'un réel façonné et instrumentalisé par une industrie du spectacle toute-puissante ou tout au moins qui se pense comme telle.

La prolifération actuelle des images et des objets entraine bien souvent une voracité nauséeuse où l'homme contemporain ne cesse de courir après une pseudo-nouveauté qui au final le paralyse. Le philosophe et romancier Tristan Garcia nomme joliment ce symptôme : l'épidémie des choses*. Une telle épidémie semble à l'oeuvre dans les installations de Neil Beloufa : les films sont déconstruits par des dispositifs de monstration qui projettent et démultiplient les images à la fois sur les murs, sur des tableaux et sculptures hybrides, opérant un brouillage tant visuel que conceptuel. Totalement immergé dans les installations de l'artiste, le spectateur ne sait s'il est embarqué dans quelque futur dystopique ou bien au coeur de nos névroses contemporaines. Mais ce qui semble évident, c'est que l'artiste joue d'une connivence avec le spectateur, en activant, s'appropriant et par la même déjouant les lieux communs et stéréotypes qui peuplent notre quotidien. Le spectateur est ainsi placé dans une situation tout à la fois active et inconfortable : physiquement d'abord, car la rétine et le corps sont sollicités jusqu'au vertige ; conceptuellement ensuite, tant les propositions de l'artiste jouent sur de multiples ambiguïtés, dont celle, et non des moindres, qui consiste à utiliser les armes de séduction massive du marketing pour mieux les interroger et les déjouer. Les caméras de surveillance, les prothèses visuelles ou auditives présentes dans nombre de ses installations, rejouent ainsi les mécanismes de contrôle de nos sociétés à l'autoritarisme soft.
Il y a quelque chose d'Ulysse chez Neil Beloufa, un Ulysse maître de ce que les grecs appelaient la Mètis, une structure de pensée dans laquelle on ruse avec la règle pour mieux la déjouer. Car ne nous y trompons pas, le désenchantement affiché par l'artiste côtoie un engagement et un attachement sincère dans des modèles alternatifs et une forme de désir dans le collectif comme lieu d'une transformation
possible. Lire La suite...
Sandra Patron
* in Tristan Garcia " Forme et objet - un traité des choses ", 2011.

La Palmeraie présente :

En utilisant les médiums traditionnels de la peinture et du dessin, Pauline Zenk interroge notre mémoire individuelle et collective et notre façon de construire notre relation au monde. A l'origine de son travail, l'artiste recherche et collecte des images, issues d'internet, de magazines, d'archives publiques ou privées. Sa peinture qui tente de faire resurgir des images enracinées dans la mémoire collective, opère par ce biais un dialogue fécond avec la photographie - et plus largement avec l'image telle qu'elle est produite et diffusée dans nos sociétés contemporaines.

La série Gravitation, présentée au cabinet d'arts graphiques du Mrac, s'inspire d'images d'archives de la migration espagnole vers le sud-ouest de la France durant la première moitié du XXème siècle. Le terme gravitation est ici à prendre dans son double sens, celui de la gravité d'une situation humaine complexe qui pousse des populations à fuir leur pays d'origine, mais aussi celui de la gravitation terrestre, qui tout à la fois nous retient au sol, à la terre, et dans le même temps produit le mouvement, le flux et le reflux, celui des marées comme celui des hommes. Et en effet, au-delà de la diversité des sujets traités par l'artiste dans ses différentes séries, le corps est au centre de ses préoccupations, corps en mouvement dans des activités sportives de groupe avec la série La difficulté d'un premier cours de vol (2016) ; corps féminins qui s'exposent nus sur internet ( Nudes, Doppelgaenger) ou corps exténués des migrants qui traversent les paysages en quête d'un ailleurs désirable. Ces corps, troublants par leur fragilité que le pinceau révèle à coups de touches délicates et de coulures telles des larmes qui tomberaient en silence, sont soumis à la pression du groupe ou plus tragiquement aux vicissitudes de l'Histoire. Pauline Zenk propose par ce biais un regard empathique sur notre difficulté intime à exister, sur notre rapport complexe entre le singulier et le commun, le public et le privé, dans un monde saturé d'images où les corps s'offrent au public via les nouvelles technologies.

La facture de la peinture, classique de premier abord, joue de ses propres limites, elle est par endroit brutalisée : ici la toile est découpée en son centre, provoquant une césure dans le portrait féminin proposé ; là la toile est déchirée, rejouant en acte la déchirure symbolique de ces destins malmenés par l'Histoire. Chaque recherche de l'artiste est traitée par série, les postures conventionnelles sont traitées jusqu'à épuisement. Plus que de " portraits ", il faudrait parler chez Pauline Zenk de " figures ", et donc d'archétypes, de notre corps comme métaphore de notre relation au monde, qui oscille sans cesse entre le désir de s'affirmer comme une altérité et la nécessité de faire partie d'un groupe pour faire corps avec lui.

Commissariat : Sandra Patron

L'exposition Honey, I rearranged the collection, dont le titre a été emprunté à une série d'oeuvres d'Allen Ruppersberg, révèle une partie de l'extraordinaire collection Lempert, patiemment constituée pendant plus de cinquante ans, une collection atypique et unique qui aborde la création artistique par ses marges supposées : le poster.

Pourquoi tant d'artistes - spécialement depuis les années 1960, ont produit une telle somme de posters, principalement pour communiquer sur leurs propres expositions, refusant par la même que les outils de communication soient laissés entre les mains de tiers (graphistes, galeries, institutions) ? Pourquoi, encore aujourd'hui, tant d'artistes continuent de produire des posters, alors même que cet outil semble devenu obsolète par le développement de la communication électronique, moins onéreuse et plus efficace pour assurer la promotion des expositions ?
Pour la plupart des artistes présentés ici, les posters ne se limitent pas à communiquer sur l'oeuvre, mais en font partie intégrante. Dans leurs affiches, ces artistes mettent en avant les préoccupations, les idées, les langues et les attitudes qui caractérisent leur travail à un moment donné. Les posters ont ainsi une valeur en eux-mêmes et pour eux-mêmes, malgré (et parfois au détriment de) leur fonction promotionnelle et souvent en totale défiance des critères d'efficacité de la communication.
En conséquence, vu comme un ensemble, l'exposition Honey, I rearranged the collection nous offre un voyage surprenant et fascinant à travers le travail de ces artistes. En cheminant à travers l'exposition, nous parcourons de manière particulièrement audacieuse l'histoire de l'art de ces 50 dernières années vue par le prisme d'un média bon marché et ouvert sur le monde.

Commissaire invité : Miguel Wandschneider.
En collaboration avec Culturgest, Lisbonne.

MRAC, 146, avenue de la plage - BP 4 - 34 410 Sérignan. Tél : 04 67 32 33 05

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Philippe Cadu 34619 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte