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Rêves inachevés, poèmes de Sabine Sicaud interprétés par Michèle Bernard

Publié le 27 juin 2017 par Onarretetout

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Michèle Bernard un jour a chanté un poème de Sabine Sicaud. C’était en 2006, parmi d’autres textes. Une Éducation sentimentale dont on n’a pas pu lire les dernières pages, et, pour écrire une chanson, elle disait : « J’ prends la vie entière, j' la coupe en morceaux / L’amour, la colère et les petits oiseaux / C’est tout ce que j'aime, en concentré, / La musique et les mots emmêlés / Qui s’envolent ». Le poème de Sabine Sicaud, c’était Jours de fièvre : « Qu’est-ce que je veux ? Une carafe d’eau glacée ». Elle le reprend ici, parmi d’autres poèmes de cette jeune fille, morte à 15 ans, après de terribles souffrances dans une maison nommée « Solitude ». Ce ne sont que quelques textes choisis dans deux ouvrages qu’on peut lire sur internet et qu’on peut aujourd’hui écouter sur les deux CD produits par Patrick Campistron, textes accompagnés de pièces interprétées au piano par João Paulo Santos.

Compositeurs (Antonio Fragoso, Gabriel Dupont, Guillaume Lekeu, Lili Boulanger) et poète, ils ont vécu à la même époque, au tout début du XXe siècle, et ils sont morts jeunes, de maladies dont on ne savait pas encore guérir celles et ceux qui en étaient atteints. Leur assez bref passage sur la terre, ils l’ont marqué en créant des oeuvres qu’aujourd’hui encore on peut lire ou écouter. Ce ne sont donc pas des oeuvres de jeunesse ; ce sont les oeuvres d’une vie.

Michèle Bernard prête sa voix aux poèmes de Sabine où celle-ci évoque des chemins « creusés d’ornières », où elle se demande si la paix dort, « vieux Corot, dans les brouillards dorés ? / Dans les tiens, couleur de lavande, / Doux Puvis de Chavannes ? dans les tiens, / Peintre des Songes gris, mystérieux Carrière ? / Ou s’épanouit-elle, Henri Martin, dans ta lumière ? », elle qui est née à la veille de la guerre 1914-1918. À quatorze ans, elle se blesse et commence une année de souffrance que ses mots vont traquer : « cette douleur qui vous fait seul au monde (…) Cette douleur, mon Dieu, cette douleur qui tue… » Elle saisit pourtant le printemps lui faisant oublier, un instant, la douleur, et espérant voir un jour, « quand je serai guérie (…) Des paysages qui toujours se renouvellent (…) J’ai besoin de sorbets et de liqueurs glacées, / De fruits craquants, de raisins doux, d’amandes fraîches. / Peut-être d’ambroisie… / Ou simplement mordre au coeur neuf d’une pêche ». Revient alors cette chanson qu’interprète Michèle Bernard : « cette eau, dans ma pensée, / Ruisselle doucement comme d’une fontaine. / Elle est blanche, elle est bleue à force d’être fraîche. / Elle vient de la source ou d’une cruche pleine. / Elle a cel argent flou qui duvête les pêches / Et l’étincellement d’un cristal à facettes ».

Il faut remercier Patrick Campistron pour avoir su entendre ces mots, Michèle Bernard pour avoir dit et enregistré les textes étonnants de Sabine Sicaud, et la mère de cette jeune fille qui n’a jamais abandonné l’espoir de publier les poèmes de sa fille, ce à quoi elle parviendra trente ans après sa mort, un ans avant son propre décès, aux Éditions Stock, en 1958. Grâce à eux, ces mots, ces poèmes ne disparaîtront pas.

J'ai entendu ces textes au Forum Léo Ferré, à Ivry-sur-Seine (94).


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